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3 juillet 2007 2 03 /07 /juillet /2007 23:00
Je n'ai pas de théorie préconçue sur la création des personnages.

Certains les réduisent à 3 lignes, d'autres pondent un roman sur non seulement le personnage en question mais également sur ses ancêtres en remontant jusqu'à la 5ème génération en amont. L'un et l'autre ont leurs avantages comme leurs défauts.

Je pourrais avoir une théorie sur la question, notez. Faudrait pas me pousser beaucoup pour que je vous en ponde une là, tout de suite, sous le coup de l'inspiration. Mais non. Je peux en revanche vous donner ma façon de créer des personnages.

A moins que cela ne définisse le caractère du personnage, je ne donne que très peu de descriptions physiques d'un personnage, à un dessinateur ou à moi-même d'ailleurs. Il y a plusieurs raisons à cela - et non, l'une d'entre elle n'est pasl'excès de cette flemmardise qui me caractérise. (Zacharie, mon retour est à moitié écrit, Fabien, les planches arrivent)

Tout d'abord, la principale raison est que je veux laisser au dessinateur la liberté de s'approprier le personnage, d'y apporter sa touche, son empreinte, de le façonner. Ensuite, la BD étant par essence un médium ne souffrant que difficilement la nuance et les longs développements psychologisants, plus le personnage a été modelé selon une description psychologique, plus sa complexité est visible dans son expression graphique. Enfin, cela permet également d'étalonner le degré de compréhension non pas du dessinateur, mais entre le dessinateur et moi. (En gros, si nous avons la même idée des mêmes notions)

Je donne des indications sur le physique, bien entendu. Il faut un point d'accroche au dessinateur, un profil psychologique complet ne suffirait pas sans quelques pistes physiques. Mais l'essentiel d'un personnage, à mes yeux, se passe dans sa tête. Oui, j'ai bien dit dans sa tête.

Pas dans la votre.

Vous pensez avoir tout prévu, tout plannifié. Vous avez tissé la toile, forcément complexe et admirablement alambiquée, nappée d'un soupçon de cette subtilité dont vous seul(e) savez faire preuve, des relations entre vos personnages. Untel aime Machine qui en pince pour Chose qui a décidé de tuer tout le monde car Bidule a volé le tricycle de son arrière grand-père, le tout sur fond de prémisses d'une guerre civile d'une ampleur inégalée.

Vous saisissez le principe: vous être seul maître à bord après Dieu, et encore, il vous demande votre avis sur tout.
Bref, tout ce beau monde va dérouiller sévère au gré de vos accès démiurgiques qui sentent bon la nécessité de consulter - mais on s'en fout, c'est vous l'auteur.

C'est bien.
Non, vraiment, bravo.
C'est un bon début, en tout cas.

La trame est déroulée avec son lot de scènes bientôt cultes et de grands moments d'émotion culminante. C'est du velours, vous dis-je, vous contrôlez la situation à 150%.

Et puis vous relisez tout ça, et il y a quelque chose qui vous chiffonne. En fait, plus vous fixez votre texte, et plus l'angoisse monte. Au bout d'un moment, vous saturez: ça ne va plus du tout.

Pas de panique. Vous avez juste oublié de demander leur avis aux principaux intéressés.

Non, tonton Henscher n'est pas subitement devenu sénile, il n'a pas perdu la boule après un énième refus par un éditeur de ce chef d'oeuvre qu'il tente de placer depuis des mois, il sait très bien ce qu'il raconte.

Vous avez créé des monstres, et maintenant, il va falloir en assumer les conséquences.

Mais comme on m'a fait remarquer, à bon endroit, que mes notes étaient un peu longues, vous n'aurez la suite que demain. Hé oui, c'est comme ça. C'est mon blog, je fais ce que je veux.

En attendant, lisez La Confrérie du Crabe, c'est une pure merveille. Et pour une démonstration de puissance scénaristique à chaque fois renouvelée, prenez Long John Silver. Dans les deux cas, pouvez y aller les yeux fermés.
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25 juin 2007 1 25 /06 /juin /2007 22:50
Je vous ai dit dans ma dernière note que le propos de votre histoire était ce qui vous sauverait du désintérêt massif et manifeste que tout le monde va porter à votre travail.

J'avoue, je ne vous ai peut-être pas dit l'entière vérité. Voire, je vous ai un petit peu menti. (Cela dit, je vous avais consciencieusement cassé le moral auparavant, donc pas trop de choses à la fois, tout de même)

Il se peut, je dis bien il se peut, donc ce n'est pas assuré, que vos interlocuteurs s'intéressent à votre histoire. De bien plus près que vous ne l'auriez désiré au départ. Et là, c'est le début des problèmes.

Car tout le monde peut écrire.
Dit-on.
Disent-ils.

Avant d'aller plus loin, entendons-nous bien: c'est complètement faux. Peut-être la pire contre-vérité qui soit, de celles qui font beaucoup, mais alors beaucoup de mal à l'industrie du divertissement en général, et en son sein les branches impliquant un travail d'écriture poussé en particulier. (Cinéma, bande dessinée, télévision, jeu vidéo, aussi - je vous assure!)

Tout le monde ne peut évidemment pas écrire. Et tout le monde le sait. Sauf que ce même tout le monde pense que cette vérité absolue - une des rares que vous trouverez sur mon blog - ne s'applique qu'aux autres. Il faut bien comprendre ce que vous représentez, vous, le scénariste.

Vous exercez une activité à la fois très mal comprise et fascinante au plus haut point, qu'elle soit votre principale façon de faire bouillir la marmite ou un à-côté qui vous permet de vous libérer des contraintes de votre travail rémunérateur. Vous possédez un don particulier, une aptitude, qui est de pouvoir formaliser de façon intelligible, évocatrice et originale, le regard que vous portez sur le monde. N'importe qui appréhende le monde à sa façon, intégrant ce qu'il voit, pense, éprouve. En revanche, peu sont ceux qui parviennent à retranscrire leur vision de façon à la fois personnelle et universelle - intelligible et divertissante pour autrui, donc.

Sans avoir forcément rien fait de plus que les autres à cette fin, vous avez une facilité à vous exprimer, à jongler avec les mots, les concepts, les images qui marquent. Bref, vous savez écrire et raconter des histoires - deux choses très distinctes, soyez en sûr.

"Ca", cette aptitude, c'est magique.
Au sens propre.

Cela ne s'explique pas, vous ne pouvez pas l'expliquer, vous savez juste le faire. Les autres non.
Vous le savez et ils le savent. Et ils détestent ça.

Pour une raison difficile à expliquer, l'aspect "créatif" est le fantasme ultime de bon nombre de personnes. Prenez dix personnes, dans n'importe quel endroit, la moitié ont eu, ou ont toujours d'ailleurs, une idée qui ferait une super histoire pour un film, une BD, un roman. (Dans certains endroits de Los Angeles, la légende veut que ce taux grimpe à 100% de détenteurs d'un ou plusieurs scripts près à être soumis à un producteur, mais restons franco-belges. On est pas si mal lotis dans notre vieille Europe)

De fait, il leur est encore plus facile de s'exprimer sur un matériau pré-existant. N'importe qui, moi le premier, a toutes les facilités du monde à rebondir sur une histoire pré-écrite que de se fader la tâche de travail assez phénoménale qui consiste à organiser puis développer trois idées qui se courrent après dans un coin de sa tête.

Vous en rencontrerez plein, à toutes les étapes de votre projet. Ils ne voudront que vous aider, diront-ils, avec une sincérité confondante, et réelle, pour le coup. Mais pour la plupart, plus ou moins (in)consciemment, ils voudront partager cette magie qui est la votre, s'y projeter. Rêver même un court instant qu'ils sont comme vous.

Et ceci vaut tout aussi bien pour les compliments réels "C'est génial ton truc! Tiens, ça me fait penser..." que pour les critiques les plus acerbes "Tu n'as rien compris, c'est pas ça qu'il faut faire, pas comme ça. Tiens, moi, ce que je ferais...". 

Faut tenir face à cela.

Je ne vous parle pas d'envoyer votre statut de scénariste à la figure du premier qui la ramène à propos de votre histoire, dans le plus pur style "Ecoute, je suis scénariste, je sais ce que je fais." (Notez bien qu'une fois vendus 100 000 exemplaires, personne ne viendra plus vous chercher sur ce terrain)
Bien plus, je vous parle de tenir votre ligne, de revenir à votre propos - on y revient toujours - et de comparer. De voir si cela colle avec ce que vous avez en tête, si la personne qui émet ce jugement d'une part a compris dans quelle direction vous vouliez aller, et d'autre part a apporté un élément significatif à ce même propos. C'est la plus simple façon de faire le tri.

Cela pourra venir d'un ami, d'un conjoint, d'un dessinateur, d'un autre scénariste, d'un éditeur, de vos lecteurs, même - que je vous souhaite nombreux, cela dit. Cela pourra également venir de vous, et dans ce cas redoublez de vigileance. On est souvent son pire ennemi en la matière. Les tentations sont grandes d'itérer à l'infini, de changer de direction constamment sous prétexte de "faire des recherches".

J'ai dit dans ma note précédente qu'il fallait itérer encore et encore. C'est vrai. Mais cela ne signifie pas réécrire indéfiniment le premier chapitre ou l'introduction de votre histoire - ne riez pas, cela m'est arrivé. Ce que je voulais dire était qu'il ne fallait pas tomber amoureux de vos premières idées. Elles peuvent changer, se transformer. Les personnages peuvent prendre un tour inattendu.

Mais ce sera parce que justement vous n'avez pas cédé, contrairement à ce que l'on pourrait croire. Vous avez gardé le cap.

Il n'y a aucun mépris pour "les autres" dans ce que j'ai écrit dans cette note. C'est juste la vérité toute nue, et il ne faut jamais la perdre de vue. Je vous ai dit que ces remarques partiraient d'un bon sentiment pour la plupart, et c'est bien le cas. Tout comme l'Enfer est pavé de bonnes intentions.

La résultante de cette situation est que l'on est très seul face à ce que l'on crée - je fais une distinction entre ce que vous allez écrire et ce qui sera le produit fini, fruit de votre collaboration avec le dessinateur en BD et le réalisateur en cinéma. On se laisse déjà trop facilement miner par les doutes, les longues heures de découragement, les mots qui ne veulent pas venir, pour ne pas en plus se rajouter le fardeau des remarques tous azimuths des uns et des autres.

A noter: cette velleité "créative" est très largement répandue chez les décideurs, de tous ordres. Avec votre propre concienscie, ce sont ceux qui vous donneront le plus de mal. Ceux en face desquels il sera le plus difficile de tenir, poliment mais fermement. Surtout si vous sentez qu'il s'agit d'une ingérence gratuite et sans autre fondement que le désir de se sentir légitime dans son rôle - oui, les "juges" sont souvent ceux qui ont le plus de mal avec leur légitimité et qui ont le plus besoin de démontrer cette qualité, aux autres mais aussi à eux-mêmes. Vous, la question est déjà réglée: vous ne décidez de rien, alors vous n'avez rien à prouver. Vous écrivez des histoires. Elles intéressent les gens ou pas, c'est votre seule légitimité.

Cela ne veut pas dire que l'avis des autres importe peu. Juste qu'il ne doit pas être votre principale boussole. Bien plus, voyez ces avis comme les courants, parfois voire souvent contraires, dans lesquels vous naviguez. Mais n'oubliez jamais qu'au milieu de tout cela, c'est vous qui tenez le gouvernail. (Non, je ne fais pas de bateau. Je n'ai même jamais rien "skippé" d'autre qu'un kayak, à quelques rares occasions. Et encore, sur lac, jamais en eaux vives.)

Tenez donc le cap d'une main ferme.

Paradoxalement, on peut aussi très bien ne jamais rien remettre en question de ce que vous faites. Vous croyez que c'est le Paradis, quand en fait c'est tout aussi rapidement l'Enfer. Le syndrome de l'imposteur n'est jamais très loin...

Je me contredis sans doute en partie par rapport à d'autres notes. Peut-être cela reflête-t-il le fait que, comme tout le monde, je suis parfois, voire souvent, également paumé au milieu de tout cela. 

La prochaine fois, je vous raconterai en quoi le moment où vos personnages décident de vous désobéir, loin d'être le signe d'un équilibre mental au stade terminal, est en fait une excellente nouvelle.
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21 juin 2007 4 21 /06 /juin /2007 23:02
Réflexion faite, j'ai déjà suffisamment cassé le moral de mes éventuels lecteurs mais néanmoins amis scénaristes, en déclarant qu'après tout, l'histoire, on s'en fout.

Oui, tout le monde s'en fout.

Le dessinateur s'en fout, c'est lui qui dessine. Donc ce qui ne lui plaît pas peut très bien être coupé au montage. Ce qu'il veut, lui, c'est composer de belles planches qui tuent la gueule.

L'éditeur s'en fout. Si les planches ne tuent pas la gueule, il ne lira même pas votre synopsis pourtant réécrit mille fois avec amour et ferveur, en tirant la langue sous le coup de l'application. C'est à peine s'il vous dira bonjour lorsqu'il vous recevra, votre dessinateur et vous. Et il ne se sentira aucunement obligé de vous poser des questions sur l'histoire après avoir signé votre projet, si les planches ont effectivement tué la gueule.

Ce n'est que justice. Une BD, ça se regarde avant de se lire - c'est d'ailleurs pour cela qu'on vous demandera de couper dans les dialogues. T'es pas dans la Pléiade, coco, alors ton délire littéraire tu l'oublies de suite. Efficacité, colle à ton lectorat, coco.

C'est aussi une chance. Une vraie, pour le coup. Vous pouvez mettre à peu près n'importe quoi dans votre histoire, faire passer les choses les plus scabreuses, tenir les propos les plus dérangeants. Cela n'a aucune importance, personne ne viendra vous reprendre.

Puisque je vous dis qu'on s'en fout, de votre histoire, des raisons obscures qui vous ont poussé à l'écrire, de la conviction intime qui se dissimule derrière chaque personnage, de la symbolique présente dans l'utilisation réccurente de tel ou tel mot.

Vous trouvez ça injuste, dérangeant, déprimant? Vous avez tort.
Il faut y voir une formidable opportunité.

L'histoire, c'est votre espace. C'est vous qui injectez ce que vous voulez, au nez et à la barbe de l'ennemi réuni en assemblée pleinière. Vous rêvez d'écrire cette histoire de science-fiction délicieusement, quoique violemment, anti-libérale? Faites donc! Vous voulez parler de la condition humaine à travers la parabole des aventures d'un vendeur de voitures? Servez vous, c'est gratuit. De la découverte de sa sexualité d'un adolescent derrière des apparences d'héroïc fantasy? Lâchez vous, parce que d'une part personne ne viendra vous le reprocher.

En plus, ça peut rapporter gros.

En effet, ce n'est pas parce que tout le monde s'en fout que cela ne compte pas. Bien au contraire. C'est juste que vous allez être singulièrement seul face à votre propos.

Qu'entends-je par propos?

Hé bien ma foi, tout ce que je viens d'évoquer plus haut, en mélangeant vraies BD disponibles dans le commerce et pure invention. Grosso modo, le propos, c'est ce dont vous voulez réellement parler mais que vous êtes obligé d'habiller, parce que sinon, personne n'en voudrait, du dessinateur à ce large public qui vous adulera bientôt, en passant par l'éditeur.

Ce que j'appelle le propos, c'est une expérience généralement universelle, ou en tout cas suffisamment répandue pour que cette question vous interpelle. C'est comme quand vous étiez à l'école, il se trouvait toujours quelqu'un pour poser une question qui taraudait en fait les trois quarts de ses petits camarades. Sauf que là, c'est vous qui posez la question - mais je suspecte que vous le faisiez déjà tout petit- et qui en plus, tentez d'y répondre.

Le deuil, l'ambition dévorante, l'amour destructeur, la folie, et toute une série de joyeusetés du même tonneau (la légitimité de la violence d'Etat, la passion du Christ, le libre-arbitre opposé à la prédestination, le rapport entre le créateur et sa création, entre autres) sont autant de thèmes qui sont les vrais sujets de nombres de grandes histoires. (Juan Solo est une formidable crise de mysticisme, Soda parle des rapports mère-fils, Gaston Lagaffe est une violente charge anticonformiste)

Si vous préférez, le propos que vous allez tenir correspond à une démonstration, et votre histoire n'est qu'une enveloppe, une parabole. Vous usez de métaphores pour démontrer votre propos.

Toutes les histoires ont un propos. Toutes les bonnes histoires, en tout cas.

Ensuite, ce qui va compter, c'est l'exécution, plus ou moins habile, plus ou moins subtile. Certaines démonstrations sont faites avec de gros sabots (Rambo 3, à peu près tout ce que Jerry Bruckheimer a produit, au hasard), d'autres sont bien plus fines, et en fin de compte plus fortes, car l'histoire racontée n'est pas parasitée par le "message" qu'elle véhicule. (Une bonne partie de ce que Clint Eastwood a fait en tant que réalisateur, 24 ou The Shield, dans une moindre mesure, et Deadwood et Oz, sans hésiter. Par exemple)

Un peu comme une bonne pub, en fait.

Ce propos, vous n'allez pas forcément le comprendre immédiatement. Vous n'allez pas non plus décider d'écrire une histoire à propos du libre arbitre. C'est en questionnant l'idée qui vous trotte dans la tête depuis un moment, en testant les fondations de l'histoire que vous couchez sur le papier, en soumettant vos personnages à un interrogatoire serré, que vous allez prendre conscience de ce que vous essayez de dire.

Ce n'est qu'ensuite que vous allez pouvoir réajuster le tir, et de fait, tirer ce qui fait partie de votre histoire - et donc sert votre propos -et ce qui n'en fait pas partie ou en tout cas relève de l'accessoire, ou d'un sous-thème qui est venu s'agglomérer à votre propos principal.

Je ne dis pas que l'accessoire doit être obligatoirement écarté. Cependant, si vous devez couper - et il faut toujours couper - c'est lui qui partira en premier, au risque de vous séparer d'une scène à laquelle vous teniez comme à la prunelle de vos yeux et qui vous faisait saliver d'avance. D'expérience, ces scènes là sont de toute façon les plus décevantes, une fois sur le papier, et ce sont leurs petites soeurs mal aimées qui se révèlent être des petites merveilles.

Alors, autant que faire se peut, traitez toutes vos scènes de la même façon. Cela augmentera votre taux de bonnes surprises. A cet égard, méfiez vous surtout de vos bonnes idées. Comme l'on dit, l'Enfer est pavé de bonnes intentions. Vous pouvez rapidement vous retrouver coincé dans un entrelac de scènes finalement pas si géniales que ça, mais tellement inter-dépendantes les unes des autres que si vous coupez quelque chose, pensez vous, tout va s'écrouler. Et donc vous préféreriez jouer la sécurité, vous contenter de cette structure certes un peu approximative, mais qui a le mérite d'exister.

Je ne vais pas vous blâmer, je serais le premier à faire comme vous. Mais vous savez quoi?

Allez-y à la masse.
N'hésitez pas.

Cassez les cloisons, virez-moi les décorations des encadrements de porte, martyrisez un mur porteur: votre propos est au milieu de tout ça. Il apparaîtra de lui-même, bien vivant, quand tout le reste ne sera plus qu'un tas de gravats. Et là, vous allez pouvoir commencer à travailler sérieusement, à construire sur du solide.

C'est promis, vous serez surpris de ce que vous découvrirez sur vous-mêmes et sur ce que vous n'auriez jamais pensé aborder. Si ça a marché pour moi, il n'y a pas de raison que ça ne marche pas pour vous.
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20 juin 2007 3 20 /06 /juin /2007 00:44
(Préambule court mais nécessaire: pour des raisons tenant essentiellement à mes compétences techniques proches du négatif, les planches montrées durant cette semaine de la promo sont de taille réduite, impossible à agrandir. Je vous encourage à aller les consulter sur les sites des artistes correspondant. Profitez-en donc pour plonger un peu plus dans leurs univers respectifs)

Oui, chez moi les semaines font 9 jours bien tassés. Il me faudrait bien ça pour tout gérer de front, et si possible des journées de 36 heures.

Je termine donc ma tournée promotionnelle de gens que je-les-aime-bien-et-qu'en-plus-ils-ont-du-talent. Et je ne finis pas par la moins talentueuse.

Je suis un fan inconditionnel d'Elbe.
Là, c'est dit.

Vous l'aurez remarqué à mes notes de trois kilomètres de long chacune, je suis incapable de faire dans cette épure sublime à laquelle j'aspire. Forcément, quand je rencontre quelqu'un qui y excelle avec une facilité déconcertante, je suis d'autant plus admiratif.

Elbe, je l'ai découverte grâce à ses trop rares incursions sur le blog de Djib. Quand j'ai vu ça...

Elbe-PB.jpg
... cela m'a fait hausser un sourcil. C'était nouveau, très différent de ce que Djib montrait sur son blog d'habitude, et déjà d'une belle efficacité.

Ensuite il y a eu ça...

Elbe-PB-Lectures.jpg... et là c'était terminé, j'étais emballé.

Mais elle a réussi à m'achever avec ça:

PB-Elbe-PluieNoire.jpg

Depuis, je suis fan inconditionnel.

Vous me direz, "mon pauvre garçon, tu as perdu l'esprit, ce ne sont que quelques planches". Sauf qu'à mes yeux, non.

Il y a dans l'oeuvre d'Elbe une poésie qui me touche tout particulièrement, un mélange d'intelligence éclatante, de simplicité évidente et lumineuse, et une sensibilité à fleur de trait, de plume, de papier, je ne sais, que je trouve presque émouvant, et fascinant. Cela s'appelle la puissance d'évocation.

Moins elle met d'effet gratuit - et il n'y en a pour ainsi dire pas du tout dans son travail - plus elle va droit à un essentiel qu'à mes yeux très peu de gens, connus ou non d'ailleurs, savent retranscrire. Il y a dans son trait noir, vif, nerveux, un sentiment d'urgence, de nécessité absolue, de véritable faim de créer, de communiquer, de transmettre.

Prenez la planche "Pluie Noire", visible plus en détails ici. Pour moi, il y a un monde dans cette planches, parfois case par case, en quelques traits simples. De la poésie pure, voilà ce qu'Elbe fait. Une poésie imprégnée de ses lectures, de ses rencontres, de ses voyages - c'est une grande voyageuse, réelle et imaginaire à la fois.

Il y a une richesse presqu'infinie, et une grande douceur derrière ce trait qui peut sembler aride de prime abord. En un mot, une véritable humanité, de celle que j'essaye désespérément de retranscrire dans ce que je fais, en sachant pertinemment que c'est illusoire, dans mon cas. Et Elbe y parvient, avec une économie de moyens qui frisent parfois l'ascèse artistique.

Elle fait d'autres choses, avec une touche de couleur, toujours en retenant ses "coups", qui sont superbes, mais je dois dire que je ne serai jamais aussi fan que lorsqu'elle assèche son propos, en noir et blanc, en peu de mots - mais il y a en a parfois quelques uns, car elle est aussi femme de lettres. Il y a mille projets pour elle dans mon tiroir à idées, mille narrations que je fais et refais pour moi seul, pour le moment.

Mais je n'ai pas renoncé à mon projet de collaborer avec elle, un jour. Demain. Quand elle veut. Quelque chose me fait cependant penser qu'elle préférera suivre sa route solitaire, sur laquelle je sais qu'elle ne se perdra pas.


Je ne finis pas ma semaine de la promo par la note la plus facile, ni par l'artiste la plus facile.

Il y a un niveau d'exigence, un pré-requis, pour entrer dans ce que fait Elbe, mais il faut accepter de se laisser faire, se laisser porter par ce trait, par cette universalité immédiate. Je sais qu'elle a encore un long chemin à parcourir, afin de trouver où elle veut aller, artistiquement. Elle explore une multitude de choses, de pistes, qu'elle cache jalousement et précieusement, comme autant de trésors qu'à mes yeux ils sont bel et bien.

A part sur le blog de Djib, vous ne trouverez pas ses travaux personnels sur Internet. Mais j'espère que cela sera le cas bientôt. J'espère que vous pourrez trouver ses oeuvres partout. Parce qu'elle ne le sait pas, ou bien elle ne s'en rend pas autant compte qu'elle le devrait, mais elle porte en elle des mondes entiers.

Qu'il me tarde d'arpenter et de faire découvrir au plus grand nombre.

En attendant le jour où Elbe éclatera au grand jour - et cela arrivera, soyez-en assurés - je déclare la semaine de la promo fermée. A la place, et pour changer, vous retrouverez très bientôt les considérations chaotiques et drôlatiques - enfin, on essaye - de tonton Henscher sur le dur métier de scénariste.

Et nous commencerons par ce qui fait une bonne histoire: le propos. Ou pas. C'est paradoxal, mais c'est promis, je vous démontrerai que la qualité du scénariste peut ne rien faire à la qualité de l'histoire.
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16 juin 2007 6 16 /06 /juin /2007 19:12
Pascal Barret est un type d'une gentillesse confondante, la crème de la crème.

Pourtant, la première fois que je l'ai croisé dans les locaux de la boîte - nous avons été collègues - il m'a plutôt fait peur. Il était concentré sur le character design du héros d'un jeu vidéo, le visage fermé, tout de noir vêtu, jusqu'à sa mine assombrie par la concentration, coupé du monde grâce à son casque vissé sur les oreilles, diffusant un titre de métal bien saignant, sous le regard des figurines macabres qui ornaient son bureau.

Pour un garçon timoré, bon chic bon genre, qui a toujours considéré que le piercing était le summum de la rebellion, ce gars était carrément rock 'n roll. Et surtout, ce qu'il dessinait avait de la gueule, très orienté façon comics adultes underground new yorkais. Je me souviens m'être demandé pourquoi diable il perdait son temps dans le jeu vidéo quand il aurait visiblement pu faire de grandes choses en bande dessinée. (Instinctivement, la réponse s'imposait d'elle-même: la BD, ça ne gagne pas, coco. Mais ça, j'étais encore à mille lieues de le réaliser. Il a fallu que je signe un contrat d'édition pour le comprendre - mais c'est une autre histoire.)

Ce n'est que plus tard, quand nous avons fait connaissance, que j'ai appris que de la BD, il en avait fait, il y avait plusieurs années de ça, et qu'il avait arrêté. Et que, contrairement à ce que sa production salariée laissait voir, son vrai truc, son dada à lui, c'était la ligne claire, l'école Franquin. Les vraies bonnes vieilles valeurs franco-belge. Et Mignola, aussi. (Nous eumes des discussions animées sur Hellboy, le film.)

Nous ne sommes plus collègues depuis un moment. Pascal a arrêté le jeu vidéo, et je ne peux que m'en réjouir, et vous devriez vous en réjouir avec moi. Non pas parce qu'il n'était pas bon dans ce domaine, il était et il est toujours un excellent DA, mais bien plus parce que désormais, il peut consacrer plus de temps au dessin et  à la BD.

Et croyez moi, ça dépote.

Il a plusieurs projets sous le coude, dont Calico avec Crisse au scénario, s'il vous plaît. Je lui pique une planche encrée qu'il a exposée sur son blog, où se presse le gratin de la BD depuis son ouverture en janvier dernier. Et on les comprend, jugez en plutôt:

newp-encre-cali-copie-1.jpg
Inutile de vous dire qu'elle rend mieux en grand format, donc foncez donc sur le blog de Pascal, vous y trouverez mille merveilles. Dont toute une série sur ça, qui me laisse invariablement baba:

spirou02.jpg

Je n'ai toujours pas compris comment il fait pour sortir des choses comme ça, tellement proches du travail du maître, dans le même esprit, et pourtant bien à lui. C'est si troublant que durant tout le printemps dernier, le Web a bruissé de rumeurs sur la reprise des aventures du groom par...Pascal.

C'est certes une affaire de goût, on pourra toujours jouer les grincheux en disant qu'il faut que cela évolue, MAIS, personnellement, j'espère très fort que Dupuis va enfin comprendre que le seul repreneur possible de Spirou, c'est bien Pascal. Développer les raisons qui m'incitent à le penser prendrait un peu trop de place sur cette note, qui a pour propos de vous faire découvrir un artiste talentueux et adorable, qui vous surprendra très bientôt et qui viendra se tailler une place de choix sur la "scène" de la BD franco-belge.

Mais de même.
Vous m'avouerez que les (nombreuses) images de ses "variations" sur le thème de Spirou sont la meilleure démonstration et la preuve éclatante de ce qu'il est le meilleur candidat à cette périlleuse entreprise.

Alors monsieur de chez Dupuis, si d'aventure vous êtes venus vous perdre en ce endroit paumé de la blogosphère, faites moi le plaisir de vous détourner immédiatement ici. Les choses vraiment importantes n'attendent pas!

Quand à mes peu nombreux (bien qu'en augmentation constante) mais fidèles lecteurs, n'hésitez pas à aller vous régaler sur le blog de Pascal, l'homme qui va vous prouver que la BD franco-belge vintage, classieuse, celle avec laquelle nous avons grandis, est loin d'être morte.
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16 juin 2007 6 16 /06 /juin /2007 02:21
Il y a une façon simple de vous pitcher le cas François Ferracci.

François, c'est l'image.
Sous toutes ses formes.

Un rapide coup d'oeil à son site vous convaincra que ce lascar là sait à peu près tout faire, du mate painting au composing, de la réalisation au story-board amoureusement - et remarquablement - crayonné dans les petits carnets qu'il trimballe toujours sur lui, en passant par le dessin pur.

Nous avons été mis en relation par des connaissances communes, rien moins que le patronnage de Matz et Chauzy. Cela commençait sous les meilleurs auspices (j'ai un doute affreux: un ou une auspice? Promis, je vérifierai, là il est un peu tard) et nous avons embrayé dérechef sur un projet de bande dessinée, un petit polar discrètement politique, une histoire de vengeance d'un flic sur fond de montée d'un groupe extrémiste light, avec des émeutes dans les banlieues. C'était en 2002. A l'époque, on nous a gentiment remis à notre place, en nous expliquant que c'était teeellement années 80, et pas très sexy.

Un quinquénat plus tard, je me mords encore les doigts de ne pas avoir poussé François à perséverer sur ce projet, qui avait rien moins qu'un côté prophétique. Mais à l'époque, notre entousiasme fut rapidement douché par une entrevue éclair chez un éditeur et nous décidâmes de laisser tomber la BD. François était de toute façon bien trop accaparé par ses projets de réalisation. Pour se faire pardonner - s'il en eut jamais été besoin vu que je lui passe tout - François me dégotta un dessinateur de ses amis et collègues, un dénommé Fabien Rondet...

Depuis ce temps, nous nous sommes promis de monter un projet ensemble, et nous travaillons actuellement sur un court métrage, dont la première mouture du traitement a été jugée un peu trop compliquée à financer. (Le saviez-vous: les scènes de fusillade coûtent une petite fortune. Forcément, quand comme moi, vous mesurez la réussite d'une de ces scènes à la quantité astronomique de munitions dépensée, cela peut poser un problème) Du coup, nous sommes repartis en écriture, et comme de bien entendu, je suis copieusement à la bourre sur ce projet.

François, c'est promis, je vais te le pondre ce script. Juré.

J'ai toujours connu François complètement débordé, toujours entre une salle de montage, un banc de post-prod, et des kilomètres de story-boards et de croquis dépassant de ses poches. Il aligne les contrats en freelance, et jongle en plus avec ses différents court-métrages. En plus de cela, il est professeur de perspective au cours préparatoire de l'Atelier de Sèvres.

Du coup, je n'ai toujours pas bien compris quand il dort, voire si il dort parfois.

J'ai toujours eu une grande admiration pour François, à la fois pour son parcours - à 28 ans, il a déjà plus de 10 ans d'une expérience fournie derrière lui- et pour ce sens de la ressource et de la débrouille, qui lui fait surmonter des obstacles qui m'apparaissent à chaque fois insurmontables. Pour quelqu'un comme moi au sens pratique extrèmement limité, c'est fascinant. En plus de cela, il a du talent à revendre, le bougre, et un entousiasme communicatif, qui vous fait abandonner toute réticence éventuelle. Avant même d'avoir compris ce qui vous arrive, vous voilà embarqué, et ravi de souquer ferme à ses côté.

J'ignore complètement si nous allons réussir dans notre entreprise - la chose importe et pas qu'un peu! Le but étant de le tourner, ce court de nos rêves qui remettra enfin du piment dans la production cinématographique française - mais rien que l'aventure est réjouissante. Travailler sur ce projet, itérer, réitérer, tout cela me donne un aperçu de ce que je veux réellement faire. Et me conforte dans la voie que j'ai choisie.

De plus, François est un réalisateur qui, s'il s'intéresse évidemment de très près au scénario, n'est ni dirigiste - il ne tente jamais d'imposer sa vision par procuration dans le script, chose trop courante en France, fruit de la conception du réalisateur/auteur - ni cynique - il accueille toutes les idées avec la même curiosité, la même bienveillance, même si bien sûr nous faisons le tri au fur et à mesure.

Il a cette capacité à vous galvaniser, à vous faire sortir des choses dont vous ne pensiez pas qu'elles existaient. Il ne le fait pas tout seul, et la synérgie, l'échange durant les sessions de travail, font que j'apporte également beaucoup de choses de mon propre chef, c'est même la raison d'être de mon métier. Mais François a ce sens de l'écoute, cette capacité à rebondir immédiatement et à m'entraîner sur des chemins dont je ne pensais pas que je voudrais les arpenter un jour. C'est assez rare, cet intérêt réel pour ce que les autres ont  à apporter, ce sens du partage.

Rien que de vous dire tout ceci me donne encore plus hâte de voir ce qu'il va faire de cette histoire, comment il va la traduire en images. Et pour cela, il faut que je joue ma part, donc que je retourne au charbon.

On va le faire ce film, François.
Et ce sera un putain de petit chef d'oeuvre, je te fais entièrement confiance là dessus.
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14 juin 2007 4 14 /06 /juin /2007 23:13
Richard Dansky est un scénariste et écrivain américain,  natif de Brooklyn (ne  vous aventurez jamais à lui dire qu'il est new-yorkais, malheureux!),  désormais installé en Caroline du Nord, où il travaille comme  directeur du design et de l'écriture chez Red Storm  Entertainment.  (Pour ceux qui suivent les jeux vidéos, ces gars là ont créé Ghost Recon et Rainbow Six)

Avant de travailler dans les jeux,  il a  expérimenté de nombreux  emplois,  d'assistant de laboratoire à  responsable  d'écriture d'à peu près tout ce que  White Wolf  a  compté  de  gammes  de  jeux  de  rôles.  Il a notamment écrit plusieurs romans tirés de ces univers (Vampire, Exalted), dont certains sont disponibles en français, ainsi que plusieurs nouvelles de fantastique/horreur, qui elles ne sont pas (encore) parues en France. Son premier roman de fiction "originale" (donc, non issue d'un univers préalablement existant) sort en janvier 2008. Il collabore également à de nombreux sites  d'écriture, dont  Storytellers Unplugged, dont je vous recommande la lecture, et pas uniquement  des articles de Richard. Il tient également un journal de bord souvent très drôle, même si de solides références en culture américaine sont préférables pour en saisir toutes les nuances. (Personnellement, je lui demande à chaque fois de m'expliquer trois références sur quatre)

Pour ceux qui lisent l'anglais dans le texte, je vous recommande chaudement de le commander à sa sortie. De cette façon, vous pourrez vous vanter lors des diners en ville d'avoir découvert le nouveau Stephen King bien avant tout le monde. 

Rien de moins, mesdames messieurs.

Alors je sais ce que vous allez me dire. Il y a des limites à tout, même à la promo, et il arrive un moment où il faut arrêter de raconter n'importe quoi. Et pourtant voilà, c'est la stricte vérité. Ce type, derrière ses airs de geek intégral, son look approximatif et sa passion immodérée pour les Red Sox (les éternels loosers du championnat américain, tellement que c'en est devenu un sujet de plaisanterie nationale, jusqu'à leur récente victoire), ce type est le prochain Stephen King.

J'ai le plaisir de travailler avec Richard depuis plus de 5 ans maintenant, et j'ai lu à peu près tout ce qu'il a écrit, dont son roman: il a un talent phénoménal. On réduit souvent la littérature de genre à des romans de gare vite écrits, vite (et souvent à moitié) lus, alors qu'en fait, certains auteurs transcendent le genre et font purement et simplement oeuvre de littérature. C'est ce que fait Richard.

Derrière une histoire de maison hantée, il vous livre le récit poignant d'un fils unique et de son rapport à sa mère disparue, ainsi qu'une plongée dans le Sud des USA dont il a fait à la fois sa demeure depuis bientôt 7 ans, et son territoire littéraire. Il n'a pas son pareil pour installer une ambiance qui ne ressemble à aucune autre, et transformer une région méconnue en un espace empli de mythes, de démons (au sens figuré comme, moins souvent, littéral), d'un exotisme suintant pour un pur "East Coaster" comme lui et dans lequel il est pourtant autant à l'aise que si il y était né.

Richard a une qualité d'écriture, que ce soit pour les personages ou les dialogues, proprement impressionnante. On peut très souvent juger un livre à la qualité de ses dialogues, un art dans lequel King excellait à sa grand époque. Les dialogues de Richard sont à la fois criant de vérité et d'un naturel jamais pris en défaut. Vous entendez littéralement les voix de ses personnages, ils sont d'une réalité troublante, vous pourriez les rencontrer au coin d'une rue, vous les reconnaitriez. 

Là où Richard fait très fort, c'est qu'il plonge ces personnages dans des situations où il ne fait que suggérer, et où ils se débattent d'une façon très humaine - à défaut de meilleur mot pour l'exprimer. C'est tour à tour touchant, drôle, émouvant et effrayant. Seule une nouvelle de Lovecraft - auquel il a d'ailleurs consacré sa thèse de fin d'études - m'avait réellement fichu la trouille avant sa nouvelle Shadows in Green. Et c'est toujours le ton juste, sans jamais paraître ni forcé, ni fabriqué.

Tout ce qui faisait le sel des meilleurs romans de Stephen King, avec cependant cette touche d'humanité en plus, ce style fluide et jamais systématique, est dans l'oeuvre de Richard.

Je pourrais gloser sur la capacité de travail proprement inhumaine de Richard, qui peut régler en 48 heures ce que 3 scénaristes mettraient 15 jours à entamer, sa gentillesse, sa patience d'ange, son érudition - il lit à la vitesse de l'éclair et retient tout - ou encore son professionnalisme à l'ancienne, loin de certains tâcherons soit-disant d'Hollywood auxquels j'ai pu avoir à faire. Mais non.

Car au delà de tout cela, Richard est avant tout un ami, et mon mentor.

Non pas un de ces mentors autoproclamés qu'il convient d'éviter comme la peste, mais une de ces rencontres comme on en fait très peu dans une vie, qui a une influence considérable et durable, humainement, professionnellement et artistiquement.

Je lui dois à peu près tout ce que je sais de l'écriture, de cette activité et de ce métier. Il m'a vu arriver novice, irréflêchi, désorganisé, trop fougueux pour pouvoir aller au bout de quelque chose, et il m'a patiemment appris le travail, la narration, les règles du jeu.

Bref, le métier.

C'est également à travers lui que j'ai changé radicalement de point de vue sur les Etats Unis et sur les Américains, que j'en ai saisi la complexité, la subtilité, au delà des préjugés très franco-français dont j'étais pétri, comme beacoup. C'est mon Amérique à moi, cultivée, intelligente, engagée, pleine d'un humour anglo-saxon dont je suis un grand amateur.

Vous pourrez penser que l'affection que je lui porte obscurcit quelque peu mon jugement, et c'est bien compréhensible. Mais de fait, je suis, je pense, en dessous de la réalité en ce qui le concerne.

Vous n'entendrez peut-être jamais parler des personnes que je vous ai présentées ici - même si j'espère bien que si! - mais je peux dire avec sérénité que vous entendrez parler de Richard Dansky.

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14 juin 2007 4 14 /06 /juin /2007 00:44
Ce qui m'a frappé chez Tarumbana, c'est la quasi unanimité qui a entouré la découverte de ses travaux pour un projet que nous préparons en ce moment. Les "gens" autour de moi ont été très clairs: "Lui, tu l'attrappes, tu le tiens bien, et surtout, tu ne le lâches pas!"

Les gens sont gentils, mais j'y avais pensé tout seul.
N'empêche.

Cela confirmait ma première impression sur ce garçon littéralement sorti de nulle part - même s'il est physiquement basé à Bruxelles - suite au post d'un pitch que j'avais rédigé dans la partie scénario du Café Salé. 

Pour ceux qui m'ont recommandé de ne pas laisser filer cette perle et pour moi-même, Tarumbana reste un mystère, une sorte d'ovni. Voilà un garçon pratiquement autodidacte (1 an de peinture à La Cambre et 9 ans de cours de BD...à raison d'un par semaine, ce n'est pas exactement ce que j'appelle un cursus très encadré), qui fait de temps à autres quelques petites choses - storyboard pour des court-métrages, affiches, rien de bien dispendieux- et qui n'a pas percé. Il a une activité salariée tout ce qu'il y a de plus éloignée du dessin- il est dans le fret - et il dessine durant son temps libre.

En plus de cela, c'est un grand timide, et un vrai modeste. Du genre sincèrement modeste, incapable d'estimer un tant soi peu objectivement la qualité de son travail, le dernier à s'envoyer des fleurs, quand il y pense tout court. Tellement modeste que je sais que pour le moment, il préfère garder pour lui les travaux qu'il a déjà effectués pour notre projet.

Donc malheureusement, je ne peux rien vous montrer, par respect pour sa volonté de ne rien sortir dont il ne soit pas suffisamment satisfait. Pour le moment, il vous faudra vous contenter de son blog. Où il fait des choses comme ça - c'est l'illustration qui m'a tout de suite convaincu qu'il était fait pour l'histoire que j'avais en tête:

archer2-.jpg

Moi, j'en ai vu plus, bien entendu.
Et je me suis pris une claque monumentale.

Pour vous décrire la chose, plusieurs personnes m'ont spontanément cité Alex Ross, à la fois dans le style et dans la qualité de l'exécution - pas à ce niveau là, bien entendu, mais il a encore une marge de progression gigantesque. Il y a une facilité dans l'exécution qui est à pleurer et il retranscrit à merveille des choses impalpables qui ne sont qu'en filigranne dans les pages de texte que je lui envoie. Il saisit les nuances, et le résultat à l'image est toujours en parfaite conformité avec ce que j'avais en tête.

Sur la plupart des projets, il faut s'habituer au décalage entre l'idée que l'on se fait d'une séquence et son expression sur le papier, et c'est bien normal. Avec Tarumbana, non seulement il se glisse instinctivement dans le récit - Fabien Rondet le fait également, mais en comparaison, nous travaillons ensemble depuis une éternité - mais en plus il fait ça avec une virtosité qui me laisse admiratif. Et constamment dans l'attente de ce qu'il va bien pouvoir me sortir au prochain envoi.

Qui plus est, c'est un garçon charmant, qui reprend sans rechigner les moindres remarques que je lui fais, qui suit le découpage à la lettre, tellement que j'ai du insister pour qu'il n'hésite pas à apporter sa patte, à apposer son empreinte sur cet aspect du projet.

Ce qu'il fit tout naturellement, me composant du coup des pages dix fois meilleures que ce que j'avais en tête au départ.

Ajoutez à cela que ce garçon est une crème, d'une exquise gentillesse, fin d'esprit, qui rebondit toujours sur mes remarques avec des mails aussi fournis qu'argumentés et pertinents, et vous arrivez à ce qui concerne ma plus grande interrogation sur Tarumbana: il n'est tout simplement pas là où il devrait être

Je ne vous parle pas de la gloire et des paillettes. Ce n'est pas le genre du personnage. Par contre, il est hors de question que ce garçon "n'explose" pas comme il se devrait. Et je compte bien que cela se produise, que ce soit sur le projet que nous préparons tous les deux, ou en solo, ou avec un autre.

C'est promis, dès que j'ai son feu vert, je vous montre tout ce que j'ai sur ce projet.
Je vous assure que l'attente en vaudra la peine.
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12 juin 2007 2 12 /06 /juin /2007 19:48
Nous continuons notre tour d'horizon des gens que j'aime bien et qui sont bourrés de qualités avec Fabien Rondet.

Oui, je sais.
J'avais annoncé Elbe, mais j'ai décidé de la garder pour la fin, en dessert. Je fais ce que je veux avec mon blog. Non mais.

On pense souvent qu'on ne doit rien à personne. On a un talent, une certaine réussite, même limitée, et on aime se dire qu'on s'est fait tout seul. C'est évidemment particulièrement erroné, et dans mon cas cela l'est d'autant plus que je sais ce que je dois à Fabien.

Fabien et moi avons été introduits par un ami commun, François Ferracci (qui aura droit à sa note cette semaine). Il voulait tenter l'aventure dans la BD après quelques déconvenues avec des éditeurs sur un projet dont il était seul maître d'oeuvre. Ca tombait bien, j'avais un scénario de cyberpunk qui me trottait dans la tête et déjà cette conscience aigüe de mon absence complète du moindre talent artistique. Donc, nous nous lançâmes dans l'aventure Pi, ou la fin du monde en mode binaire. Une sombre histoire de mercenaires dans un futur proche, mettant les pieds dans une dispute entre plusieurs groupes également dangereux, ayant pour objet rien de moins que l'Antéchrist. Ou en tout cas, quelque chose y ressemblant de très près.

En théorie, cela donnait quelque chose dans ce goût:

n-b.jpg

En pratique, après quelques mois de travail acharné, nous nous retrouvâmes fin août 2005, dans notre bar habituel, avec une liste de 14 refus - pas moins - d'à peu près tout ce que l'édition compte de grandes et de moins grandes maisons. Naturellement assez dépités par notre insuccès, nous qui nous nous rêvions déjà en haut de l'affiche, nous en vinmes à nous poser la question de la pertinence d'une autre collaboration, sur un autre projet.

C'est Fabien qui a insisté pour retenter l'aventure. Et moi je n'ai fait qu'accepter. J'avais dans mes cartons une histoire se déroulant à l'époque médiévale en Terre Sainte, mettant en scène des enfants embrigadés par un groupe de meurtriers que tout le monde connait mais dont on sait fort peu, les Assassins.

Là dessus, je suis parti en vacances.

A mon retour, Fabien avait une carte de l'Iran punaisée sur son mur, des livres d'art médiévale calaient ses meubles et colonisaient peu à peu son modeste studio, et il ne dormait déjà plus. 6 mois après, Casterman nous tendait un contrat - pas de cigare, mais je ne désespère pas.

Cela va s'appeler le Seigneur des Couteaux, et la sortie est prévue quelque part début 2008. Je vous dévoile donc en exclusivité presque mondiale la couverture du premier tome, en basse résolution, autant vous prévenir- je l'ai vue en vrai, c'est une petite merveille à laquelle cette image ne fait pas pas honneur.

couteaux-couverture-basse-d.jpg

Et le crayonné définitif de la première planche de l'album:

01-seigneur.jpg

Sans son insistance et son culot, ce projet n'aurait sans doute jamais vu le jour. Et pour cela, je lui suis redvable non pas éternellement, mais facilement sur quelques générations.

Véritable bourreau de travail, il a tombé pratiquement l'intégralité du story-board du premier album en un mois et demi - j'ai également bien cravaché de mon côté, puisque cela devait être dialogué, dans l'optique d'une présentation au comité de lecture de Casterman.

Et pour Fabien, un story-board, cela ressemble à ça:

p1.jpg

Soit donc pratiquement le produit fini.

Eternel perfectionniste, il peut recommencer une case, quand ce n'est pas une planche voire une séquence - si, si - s'il n'est pas satisfait, ou si un de ses trajets en métro lui a inspiré un nouveau découpage, plus efficace. Sur cet aspect, je lui soumets un premier découpage dialogué, puis nous discutons, il fait des propositions, des remarques, et nous tombons d'accord. De fait, nous avons une communication quasi constante, très ouverte, où ni l'un ni l'autre ne craint de formuler une critique. Et cela, croyez-moi, c'est suffisamment rare et précieux pour être souligné.

Fabien a également une idée très sûre de ce qu'il peut faire et ce qu'il ne peut pas faire. Tous les dessinateurs ont des forces et des faiblesses, mais peu savent les analyser correctement pour tirer le meilleur de leur potentiel. De ce côté là, Fabien règle très rapidement la question. Et pourtant, il me surprend à chaque fois en tenant - avec succès - des paris souvent très audacieux de prime abord, qu'il se lance "juste pour voir".

Si la BD demande évidemment du talent et une réelle passion pour ce médium, elle demande aussi du travail. Enormément. Un travail souvent ingrat, solitaire, physiquement éprouvant, fait de sacrifices dont peu imaginent l'étendue quand ils se lancent dans un projet. (Fabien travaille également comme professeur de dessin, il consacre donc tout son temps libre à la BD)

Et Fabien a cette volonté de fer, cette capacité inhumaine à se lever à 5 heure de matin et à aller s'enfermer dans un placard pour ne pas réveiller sa chère et tendre en allumant la lumière, et bosser, bosser, bosser. A l'heure où je fais le mariole sur mon blog, il est encore dessus, et il va y passer son été, sans aucune garantie de succès.

Je crois que c'est lorsque vous êtes capable de cette abnégation sans réserve que vous pouvez réellement dire que vous êtes dessinateur de bande dessinée. Avant cela, vous faites juste joujou avec des crayons.

Et Fabien est un sacré dessinateur de BD, vous aurez bientôt l'occasion de le constater par vous-mêmes. Je suis en tout cas très, très fier de partager cette aventure avec lui, et je lui souhaite de rencontrer un succès à l'aune de son talent: énorme.
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11 juin 2007 1 11 /06 /juin /2007 20:07
Je commence  paradoxalement par le plus facile et le plus gros morceau. 

Il est difficile de vous présenter Djib  sans vous dire qu'il est un peu mon quatrième frère - nous nous connaissons depuis plus de 10 ans désormais. Nous avons tout connu, il me suit depuis le début, nous avons partagé les joies, les peines, les drames de la vie. Nous nous sommes noyés dans les mêmes doutes, les mêmes incertitudes. Nous avons poursuivi - et poursuivons toujours- les mêmes rêves, en nous promettant de ne jamais oublier les gamins que nous étions encore lorsque nous nous sommes connus, et auxquels nous devons de continuer à tenter de réaliser les rêves qu'ils formulaient alors. 

Le  Djib et  le Henscher d'alors  ne comprendraient pas que nous renoncions. Pas maintenant que des portes s'ouvrent. Maintenant que nos rêves prennent une tournure réelle, forcément plus crue, évidemment moins rose, mais bien réelle tout de même. 

Donc Djib. 

La meilleure définition de l'animal est un syncrétisme, une sorte d'osmose, aux univers multiples. Il a digéré tout Burton, nappé d'une sauce aux films de SF bien connus par ici (Alien 1, 2, 3, 4, Abyss, Star Wars et j'en passe), avec une solide culture classique en entrée et un goût immodéré pour les dessins animés, jusqu'à l'écoeurement.
DossierPB-05-copie-1.jpg
Djib, c'est encore lui qui se résume le mieux à travers cette image. De multiples univers, plein de choses dans la tête, et seulement 24 heures par jour pour tout explorer. Ca n'a l'air de rien, dit comme ça, mais en vrai, c'est dramatique. (Ca pourrait être pire. Je pourrais être infoutu de modifier cette image pour virer le cadre blanc.)

Ce qui fait sa force, c'est sa colorisation, qu'il fait maintenant à l'ordinateur, mais pour laquelle il avait un talent fou en mode traditionnel, par le passé. Je ne désespère pas qu'il s'y remette, même si cela transformerait son bureau en toile de Pollock sous ecstas, en trois dimensions.

Sa colo, donc, et son sens du détail.

Aaah, son sens du détail... J'entends par là non la dépiction appliquée de décors surchargés - même si je peux être preneur de ce genre de choses - mais bien plutôt l'attention au petit plus qui va faire d'une belle image une image d'une vérité criante. Il a ce don de placer le boulon, la pancarte au titre réjouissant, exactement où il faut. Dans notre bande d'amis communs, Djib est spécialisé dans les évènements spéciaux. Anniversaire, mariage, enterrement de vie de garçon, promotion, baptême, il fait tout et trop - cela occupe du temps qu'il pourrait consacrer à d'autres projets plus commerciaux. Mais non, il a la main sur le coeur, qu'il a d'ailleurs gros comme ça, et du coup, il vous gratifie d'un petit - parfois grand! - dessin à la moindre occasion.

C'est toujours très amusant, très drôle, mais au delà de ça, c'est très touchant, lorsque vous vous rendez compte que sa caricature met tellement le doigt sur ce que vous êtes que vous vous rendez brutalement compte de l'attention qui vous est portée.

Avant de sombrer dans le lyrisme larmoyant, il faut préciser que ce garçon est une quiche intégrale: il doute de son talent.WrongPlace.jpg
Djib fait aussi de très belles choses en noir et blanc, très "radiKal" comme j'aime. Ici, mon personnage favori de Shadowrun, aka The Shaft. Avouez que ça vous a une certaine allure, non? 

Je veux bien douter du mien, à mes heures perdues (et je perds un temps fou), mais alors, lui, honnêtement, je ne vois pas.  Il sait pratiquement tout faire: des créatures d'une monstrueuse beauté, comme des petites bestioles adorables en diable (et dont certaines sont primées lors de concours), tout comme des personnages, simples, élégants, très bientôt près de chez vous chez les meilleurs libraires, je l'espère. Et c'est sans parler de sa série hilarante sur le thème de la Page Blanche. (N'hésitez pas à vous goinfrer l'intégralité de ses aventures, c'est du pur bonheur)


Bref, vous l'avez compris, cet homme là est multi-carte. En plus, il est plutôt joli garçon (ce qui ne gâche rien) bien que du genre carrément plutôt très pris (ce qui gâche un peu plus les choses, désolé mesdames).

Et puis il y a ce qu'il ne vous montre pas, ni sur son blog, ni sur son book online.

Il y a ce fameux projet.
Notre projet.

Cette planche encadrée, accrochée au mur de mon bureau, qui me rappelle, à chaque fois que je la regarde, qu'un jour, nous le ferons, cet album. Il mature depuis autant de temps que nous nous connaissons, et nous en parlons, le couvons depuis lors. Il ne s'agit pas de flemme - je peux témoigner que ce garçon est un bosseur, pour lui avoir infligé des soirées de java entières lors de notre colocation, tandis que lui continuait imperturbable, vissé à sa table à dessin.

Non, décidemment, cela me prendra le temps qu'il faudra, et toute mon énergie, mais vous entendrez parler de ce garçon très bientôt. Sans rire.

Plus discrète, mais jamais très loin (voire de plus en plus proche - soyons fous, soyons people), il y a Elbe.

Au départ, je voulais faire une note commune aux deux, mais autant le dire tout de suite, je suis un fan inconditionnel d'Elbe. Mais cela, je m'appliquerai à vous l'expliquer dans la future note auquelle elle aura droit toute seule, comme une (future très) grande qu'elle est.

Demain, par exemple. (Promis, d'ici là, j'aurai trouvé comment changer la couleur des liens. C'est vrai quoi, c'est très vilain, ce gris)



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