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21 octobre 2007 7 21 /10 /octobre /2007 23:58
C'est assez singulier, mais c'est la vérité toute nue.

Vous n'avez pas besoin de particulièrement bien écrire pour publier.  Le talent littéraire serait plutôt un handicap. Paolo, Marc, Maxime et les autres l'ont largement démontré pour nous.

Entrez chez votre libraire favori et chéri (chérissez toujours votre libraire, vous comprendrez pourquoi plus loin dans cette note). Regardez les livres mis en avant, à l'entrée, bien en vue. Ouvrez-en, un, deux, trois. Lisez quelques lignes.

Oui, je sais, c'est atroce.

Ne partez pas vous suicider tout de suite. Si ces livres se vendent, ce n'est pas pour la qualité du style de leurs auteurs, ni pour ce qu'ils apportent comme contribution à la littérature.

Comprenons-nous bien, je ne dis pas que tout ce qui a du succès est mauvais. Et encore moins que ces auteurs ont volé leur succès. C'est même tout le contraire, d'ailleurs, d'un certain point de vue.
Même le petit Maxime C. a un talent fou, qui manque à beaucoup d'entre nous, dans la très vaste majorité.

Tous ces auteurs ont compris et accepté une idée qui peut paraître révulsive à première vue: le talent, c'est un métier. Le succès aussi.

De fait, suer jour et nuit sur votre manuscrit n'a qu'un intérêt très limité.La bataille se gagne toujours à l'extérieur, en terrain découvert, jamais dans l'intimité de votre bureau. Et la victoire décisive s'obtient en fourbissant votre argumentaire de vente. En clair, là où vous pensez vendre des livres, en fait, c'est vous que vous vendez, avant toute chose.

Vous ne vendez pas une histoire, vous vendez une oeuvre, dont la pièce maîtresse n'est autre que vous-même. Vous vendez ce qui fait que vous valez d'être remarqué, porté aux nues, distingué du reste du commun des mortels.

Que vous soyez un architecte qui, passé la quarantaine, a laissé tomber son métier pour se confronter aux affres de la "vraie" création afin de laisser une trace à son fils, et qui a fini par vendre les droits de son premier roman à Steven Spielberg, ou bien un jeune prodige travailleur qui a sorti le polar français de son nombrilisme socialo-glauque et qui a prouvé qu'un auteur français pouvait écrire à l'américaine, la problématique est la même.

Vous vendez une histoire, certes. Mais cette histoire, c'est avant tout la votre.

Si vous ne savez pas pitcher cette histoire là, si vous vous contentez benoitement de penser que la littérature passe avant le reste, que la force de vos mots convaincra le public de vous donner massivement son obole, vous n'y êtes pas du tout.

Au mieux, vous êtes particulièrement optimiste - car le succès peut vous tomber dessus par surprise, sans même que vous l'ayiez demandé ou recherché, si, si, cela arrive. Si la cristalisation d'un succès de librairie de qualité est évidemment délicat à obetnir, il peut bien entendu survenir. Il prend souvent sa source dans un soutien passionné de nombreux libraires, qui auront pris le risque de conseiller et de mettre en avant ce roman écrit par un(e) inconnu plutôt que le dernier best-seller. Cela peut prendre du temps, mais finalement, qu'est-ce qui n'en prend pas?

Au pire, vous allez finir complètement fou. C'est que ça peut faire particulièrement mal, de voir des auteurs à la plume plus que médiocre faire le tour des plateaux télé, vendre les droits de leurs livres vite et mal écrits à des producteurs de cinéma pour des sommes folles. Ca peut finir par vous vriller le cerveau, un truc comme ça.

Faut pas vous faire autant de mouron, au contraire.

De toute façon, tout le venin que vous lâcherez sur ces plumitifs de bas étage, c'est autant d'énergie que vous ne mettrez pas dans votre plume. Ou, plus important, dans la longue course d'obstacles qu'est le chemin vers la publication. Alors cessez de vous lamenter immédiatement et regardez un peu les choses de façon objective.


Vous voulez que je vous dise quel est votre problème avec tous ces soit-disants auteurs?

La jalousie. Pure et simple. (Ouh, que c'est vilain, d'être jaloux comme ça!)

Oh, il ne s'agit pas forcément des millions d'albums ou de livres qu'ils écoulent à chaque fois que leur cerveau produit une demi-idée. Ni de leurs fans énamourés qui propagent la bonne parole à travers le Net, les cons.

Non, ce que vous leur enviez réellement, c'est la dose de confiance, uniquement transportable par porte-container, qu'il leur faut pour se pointer chez un éditeur et lui vendre leur prose. Et cette absence la plus complète - le vide sidéral- de la moindre trace de doute résiduelle dans leur esprit, laquelle leur permet de dire à qui veut l'entendre qu'ils font oeuvre d'écriture. Certains gagnent même des médailles et des prix avec ça.

Tout cela vous fait horreur.
Bravo, c'est tout à votre honneur.
Mais maintenant, soyons sérieux.

Il va falloir vous y mettre, vous aussi.

Il va vous falloir acquérir cette capacité de démonstration totalement décomplexée de l'intérêt littéraire majeur de ce que vous proposez et, plus important encore, de l'intérêt économique KOLOSSAL qu'il représente - pour faire simple, vous êtes la poule aux oeufs d'or.

Oui, je sais. Cela viole un nombre certain et particulièrement élevé de règles de bienséance et de bon goût littéraire.

Ces règles là, il va falloir les oublier.
Et en apprendre quelques unes, simples et radicalement efficaces.
Mais, je vous préviens tout de suite, particulièrement nauséabondes.
Le plus beau, c'est que cela ne veut pas dire que vous écrirez de la merde.
Je vous l'ai dit: tout cela n'a qu'un rapport lointain avec la littérature.
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2 octobre 2007 2 02 /10 /octobre /2007 21:42
Aujourd'hui, on va causer littérature.

Mais avant, quelques mots sur mon nouvel ami imaginaire, appellons le Maxime. Maxime C. Parce que ça fait classe, le C. Et vous allez voir, tout est lié, y compris ma dernière note. 

Maxime C., c'est un peu mon idole. Une sorte de modèle. Un exemple à suivre pour nous tous, auteurs en herbe qui tentons péniblement mais consciencieusement de produire quelques modestes histoires, en espérant y insuffler une once de talent et de sens. Voire, d'y tenir un propos à peu près intéressant. 


A nous tous, donc, puisque je m'inclus dans la masse laborieuse, Maxime C. a montré la voie. 


Il l'a même carrément tracée au bulldozer. 


Il va de soi que je n'ai jamais eu le plaisir de le rencontrer, mais il a l'air d'un garçon charmant. Du moins, si j'en juge par la splendide photo pleine page couleur qui ouvre mon nouveau livre de chevet - appellons le l'Ame du Mal. Certes, la photo en question a tout de la gravure de mode tirée tout droit d'un catalogue des 3 Suisse des années 80. Et la Suisse, il doit connaître, vues les palanquées d'ouvrages qu'il fourgue au public à chaque nouvelle sortie. 

Un bulldozer, vous dis-je. Mais attention, avec un petit air coquin et une belle gueule, pour  mieux vous accueillir dans son livre, mesdames.


Le-Petit-Maxime.jpg

Certes, le petit Maxime n'est pas exempt de quelques maladresses, mais elles sont très probablement dues à son statut de jeune auteur débutant, donc je ne vais pas en parler.

Ou alors très brièvement, car il faut rétablir quelques contre-vérités assez injustes.

Par exemple, je ne mentionnerai pas ses avant-propos systématiques expliquant combien il a travaillé dur sur son nouveau livre, annonce qu'il répète fort oportunément -pour le lecteur un peu distrait - dans son après-propos, en fin d'ouvrage. 

Dans la même veine, je passerai sous silence l'extrème inélégance consistant à ne donner que les initiales des gens qui ont contribué à l'écriture de son roman. C'est à mon avis plus le fait d'une délicatesse décidément bien rare chez les auteurs modernes, afin de préserver le légitime désir d'anonymat de ces quidams. Rien à voir, donc, avec l'impérieuse nécessité quasi égotique de ne voir figurer en toutes lettres que ses seuls noms et prénoms, plusieurs, un maximum de fois, partout, dans son livre. 

Ce que vous êtes mauvaises langues, tout de même. 


Enfin, je jetterai un voile pudique sur l'amour que le petit Maxime C. porte au Scrabble. (Marque déposée)
C'est cette passion torride pour ce jeu responsable de la mort d'innombrables dictionnaires ayant finis en projectiles improvisés, qui le pousse à toujours choisir les mots les plus riches pour définir ses personnages, leurs actions ou leur environnement.

C'est bien cela, et non une morgue et un mépris certains envers le lecteur lambda, qu'il s'agit d'épater à chaque chapitre, chaque paragraphe, chaque ligne, qui décide de ses choix du mot le plus compliqué, le plus abscond possible. 

Et puis, sinon, comment distinguer l'auteur du lecteur, si ce dernier n'est pas un tant soi peu (et généreusement) éduqué? Hein, je vous le demande?

Voyez comme vous êtes: le petit Maxime C. ne veut que votre bien.
Voire même, votre illumination.

C'est d'ailleurs pour ça qu'il a compulsé les mêmes livres et les mêmes films que votre serviteur, probablement à la même époque. Et c'est dans un grand élan de générosité humaniste qu'il a tout régurgité dans le désordre mais à peu près sous la même forme: Seven, le Silence des Agneaux, Bone Collector, Lovecraft, tout Thomas Harris, et une partie de Millenium.

Du même coup, il vous épargne la peine de tout lire et de tout voir. Un peu la même oeuvre de salubrité intellectuelle publique que, je ne sais pas moi, mettons, le Reader's Digest.

Hé, il y a mis du coeur, alors soyez gentils. Il le dit lui-même: il a même pris des cours de criminologie, rien que pour vous! Il a soigneusement pris des notes, qu'il vous fait même partager à longueur de chapitres, si c'est pas adorable, ça.

Oh,vous avez idée de ce que c'est difficile de prendre des notes à la fac? Non, sérieusement, avec les profs qui débitent leur cours à la mitrailleuse, qui ne prennent pas de question parce que sinon ce serait trop long?

Avouez qu'il vous fait une fleur, Maxime. (Oui, maintenant que vous le connaissez mieux, on peut l'appeler Maxime)

Oui, je sais, j'étais censé parler littérature.
Mais avant, je termine sur le petit Maxime.

Il a tracé la voie au bulldozer, disais-je.
Et je le redis: ce garçon a un talent fou.

Oh, certes pas pour l'écriture.

Non, au niveau littéraire, on frise les pâquerettes, entre une intrigue tellement convenue qu'on a l'impression de se retrouver dans un pitch-meeting à Hollywood durant les années 90, période faste des thrillers gentillets tels que Copycat ou La Toile de l'Araignée. et, il faut bien l'admettre, le roman à l'eau de rose dans la plus grande tradition du genre - la meilleure. Le tout sur fond d'images toutes plus... inventives les unes que les autres - lisez le à haute voix à votre conjoint(e), fou rire garanti, vous sauvez votre soirée après une engueulade bien copieuse. Je vous donne un exemple parce que je vous vois douter:

"L'orage grondait un félin titanesque. La nuit était déjà bien avancée et l'éclairage relativement tamisé de la bibliothèque - forcément occulte, NdR - n'aidait pas à conserver toute sa vivacité intellectuelle.
A plusieurs reprises, Brolin -
c'est le héros, Josh(ua) Brolin, NdR  -se surprit à mélanger les lignes qu'il lisait, devinant avec retard que ses paupières glissaient sur ses yeux comme un rideau de magasin que l'on ferme.
Juliette était animée de cette excitation estudiantine, celle qui gagne le chercheur lorsqu'il sent les combinaisons s'assembler au fur et à mesure qu'il engrange les informations. Jusqu'ici, elle n'avait rien trouvé mais la fièvre du rat de bibliothèque s'était emparée de son corps et de son esprit. Les pages succombaient les unes après les autres, sous ses doigts habiles. Ses yeux engloutissaient les mots comme on vide un verre d'eau après l'effort."

Après, ils baisent au milieu des grimoires occultes, donc je jetterai un voile pudique sur la scène. Il faudra aller vérifier par vous mêmes, bande de petits coquins. (Promis Nerval, tu auras la réponse avant tout le monde)

Je sais pas vous, moi je trouve ça assez audacieux, léger.
Aérien.
A la limite de l'aérianité - aérianitude? - du Kinder Bueno (marque déposée). J'ai tapé comme ça au débutdu chapitre 50.
 
Cela dit, à peu près n'importe quel chapitre aurait fait l'affaire.

A part , peut-être, le prologue, étrangement bien troussé, avec la méthode Stephen King respectée avec la plume sur la couture du pantalon. Et le final, un chouille surprenant - le petit Maxime a plus d'estomac qu'il ne le laisse penser de prime abord.

Par contre, il cherche toujours son style.
Enfin j'espère.

Même si je sais que non. Et c'est bien là qu'il est fort, le petit Maxime.

Car cet exemple criant de vérité - rien d'inventé, que du vécu au bord d'une piscine pendant mes vacances en Turquie, sous un parasol me protégeant d'un soleil de plomb - illustre à merveille la démonstration que je vous ferai dans ma prochaine note.

A savoir:

Pour être publié, il ne suffit pas de savoir écrire.
C'est même extrèmement secondaire.
Ne riez pas, c'est désespérant pour l'esthète.
Mais c'est une excellente nouvelle pour tous les autres:
écrire n'est jamais que 20 à 30% du travail.

Et encore, à la louche.


Note: Maxime Chattam n'est probablement pas une marque déposée, mais on est jamais sûr de rien. Par contre, l'Ame du Mal et l'extrait qui en est tiré, issu de la page 350 de l'édition parue chez Pocket (Michel Laffon), bref, tout le bousin, c'est de et à eux, et pas à moi. Ni à vous. Pareil pour la photo. Tous droits réservés à leurs responsables...euh..auteurs et ayants-droits respectifs.

Note 2 (si je veux d'abord): comme je suis sport, je vous mets l'adresse de son site. Un modèle du genre. Pour ceux qui aiment. Pour les autres, c'est rigolo. Souvent. Bref, tout ça ici: www.maximechattam.com/fr/intro.php










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19 septembre 2007 3 19 /09 /septembre /2007 00:41
Faites moi plaisir: allez voir ça.


BournePoster.jpg

Tout bien réfléchi, allez  le  voir  deux  fois,  et  puis  on  s'en  reparle. 


Côté lecture,  plutôt que l'innénarable  monsieur Maxime Chattam,  lisez plutôt ça:


american-gods-copie-1.jpg

Parce que ça,  n'en déplaise à monsieur Chattam - sur  le cas duquel je reviendrai plus ou moins longuement  dans une prochaine note - ce garçon est un cas  de deux écoles à lui tout seul , bonne - pas beaucoup - et mauvaise  - la liste est longue.  Mais pour faire court: évitez, c'est à la fois arrogant, prétentieux,  et  surtout  très mauvais. 

N'en déplaise à monsieur Chattam, donc, ce que fait Neil Gaiman, ça, ça coco, ça c'est de la littérature, de la vraie, de la grande. Et la couverture ne ment pas. C'est vraiment un chef d'oeuvre.

Voilà, ce sera tout pour ce soir. Oui,  ça fait léger comme note, mais je suis encore en vacances,  moi, et entre deux  destinations, encore.  Alors j'en profite.  Cela dit c'est promis, les oeuvres citées ci-dessus constitueront la base de ma prochaine note. Donc je m'expliquerai plus en détails.

Ou comment on peut "vendre" tout en faisant bien son boulot.
Contrairement à certains.
Tel monsieur Chattam.
Par exemple.

Mais pas que.

 
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10 septembre 2007 1 10 /09 /septembre /2007 02:04
... le temps des vacances, bien évidemment. Croyiez quoi, que vous alliez me couper  le sifflet comme ça? Voire...

Puisque c'est d'usage, bonne rentrée à tous. Pour ma part,  je vous reviens dans 15 jours,  une fois les batteries rechargées,  avec plein de  notes  à  poster.  
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28 août 2007 2 28 /08 /août /2007 20:08
J'ai prévenu, mais je réitère: ça va tâcher un peu.

S'il est une espèce que tout scénariste abhorre, c'est un autre scénariste. Hé oui. Et de préférence, non pas ces éminents confrères qui ont depuis longtemps démontré l'étendue de leur talent, qui sont bien installés dans le métier, et qui ont de facto une légitimité incontestable. Ceux là, on les chérie, on les idolâtre. Bien qu'on ne puisse s'empêcher d'estimer de loin en loin que, tout de même, ils baissent, qu'ils n'ont plus cette verve ni cet éclatant brio qui nous a fait temps les adorer. Et encore, on ne persifle qu'en comité restreint, sous le sceau du secret et généralement sous le coup de l'alcool.

Non, lorsqu'on est à ce délicat moment de la percée potentielle, à la croisée des chemins, où les destins se cristallisent, on réalise soudainement qu'on ne hait rien autant que les petits jeunes qui en veulent.

Ceux qui poussent déjà derrière, en somme.

Oh, ils sont assez aisément identifiables. Ils ont une vingtaine d'année, une niaque pas possible, ils débordent de projets dont ils inondent les forums et dans la masse, vous pouvez être sûr que votre crainte d'en voir exploser une poignée signifcative est plus que justifiée. Alors que faire, me direz-vous, pour se prémunir contre cette angoisse sourde de n'être pas encore arrivé à destination et de se sentir déjà menacé par la jeune garde?

C'est tout simple, il suffit de relativiser.
Car voyez-vous, c'est facile, pour les petits jeunes. Trop facile, même.

Je m'explique.

Cette espèce honnie n'a aucun impératif d'aucune sorte.

Ils se nourrissent chichement de quelques pâtes mal cuites, ils dorment peu et récupèrent très vite, ils vont en cours quand cela leur chante - quand ils y vont -, ils courent de fille en fille, le divertissement sous toutes ses formes leur arrive gratuitement sur leur PC (ou Mac, pour cette sous-espèce encore plus redoutable qui a des parents nantis), et le concept même de doute raisonnable leur est proprement inconnu.

Seul compte pour eux leur art, soit donc toutes ces histoires qu'ils ébauchent fiévreusement jusqu'à fort tard dans la nuit, assurés qu'ils sont que le monde, qu'ils ne connaissent pas, les attend impatiemment, les bras grands ouverts.

Ils ont grandi dans une ère de starification instantanée à la portée du premier imbécile venu (TF1 et M6 s'étant chargé de les en persuadés à grands renforts d'émissions ad hoc) et d'ultra-communication tout azimuth, qui leur permet d'expédier leurs innestimables écrits à tous les éditeurs de la terre. On leur concocte des logiciels toujours plus perfectionnés, qui leur permettraient presque de dessiner sans avoir jamais touché un crayon.

Les éditeurs, ces sociaux-traîtres, en rajoutent une couche en multipliant les appels du pied via une surproduction d'opus (opi? Mon Latin n'est plus si jeune lui non plus) de qualité diversement appréciable, dans des collections spécial jeunes auteurs. Lesquels, tout feu tout flamme, sont prêts à travailler comme des ânes à des prix misérables, pour la gloire.

Sérieusement.
Comment voudriez-vous lutter?

Hé bien, assez simplement, en patientant. Car la formule "qui va piano va sano" n'a jamais pris autant de sens que dans ce métier.

Ils se contentent de pâtes premier prix? Croyez-moi, cela va leur passer. Et plus rapidement qu'on le croit. Ca leur passe tous.

Ils n'ont pas besoin de repos? Ce genre d'habitude se paye cher quelques années plus tard. Et, si un peu de fatigue n'a jamais nuit à la création, une trop grande dose conduit irrémédiablement à des créations de plus en plus approximatives. Mélangez cela avec une nourriture déséquillibrée plus une surconsommation de tabac quand ce n'est pas de produits plus stupéfiants, et vous obtiendrez une arme de destruction massive de l'étoile montante.

Ils ne vont jamais en cours? Il viendra bien un jour où ils devront assumer leur propre subsistance eux-mêmes. Le retour (l'arrivée?) à la vie réelle sera d'autant brutal: il faudra aller bosser. Ce qui signifie que le temps disponible pour leurs projets va chuter drastiquement. Non seulement il sera pris par des tâches dévolues à toute autre chose que l'écriture, mais en plus la fatigue induite - physique mais aussi psychologique - viendra rogner sur leurs soirées. Sans parler des vacances qu'ils ne passeront plus forcément à écrire, comme le prouve le point suivant.

Ils courent de fille en fille, vous dites? Faites confiance à l'ami Cupidon: lorsqu'ils seront en couple, ils se retrouveront confrontés à la dure réalité de la vie à deux, toutes ces choses qui prennent du temps et qui vous détournent de votre Grand Oeuvre.

Bref, ils vieilliront.

Avant cela, pour les plus dégourdis qui passeront entre les mailles du filet - il y en aura forcément, de ceux qui n'abandonnent jamais et qui sacrifieront tout à leur Art - une partie d'entre eux ira s'échouer sur des rivages amers, après un, peut-être deux, albums qui ne se vendront pas. Tout à coup, les gentils éditeurs leur couperont les ailes d'un revers de plume défintif, et l'alcool achèvera ceux que le désespoir n'aura pas emportés.

Mais, me direz-vous, pendant ce temps là, vous aurez vieilli, vous aussi, donc vous serez encore plus dépassé. C'est là que réside toute l'ironie salvatrice de la chose.

Vous ne publierez pas avant vos 30, 35 ans. Vous ne ferez pas de carton absolu avant vos 40, si jamais vous parvenez à obtenir un succès d'estime, voire critique, avant vos 50.

C'est vrai.

Seulement voilà. Vous, vous serez encore là à 60 ans.

Vous aurez construit votre oeuvre patiemment, sans doute dans la douleur, probablement sans avoir atteint votre Graal. Vous aurez accumulé cette maturité, cette capacité de recul, qui vous permettra d'avancer pas à pas, sans aucun combustible pour brûler les étapes, et chaque nouvelle étape, chaque nouvelle victoire, sera d'autant plus savoureuse que vous ne vous serez pas goinfré, ni usé, pendant cette longue période où l'auteur se forme, lentement, mais sûrement.

 La Fontaine, qu'on ne cite jamais assez  alors qu'il est d'une pertinence lumineuse pour tout une série de cas pratiques que vous rencontrerez dans votre carrière de scénariste, l'a dit plus simplement: il ne sert à rien de courir, il suffit d'arriver à point.

Et c'est exactement ce que vous ferez: vous construirez pour durer.

En attendant le jour béni de votre pendaison de crémaillère artistique, je vous promets de tenter d'aborder un sujet plus théorique dans la prochaine note, pour fêter la rentrée.

J'hésite entre l'innanité de la culture manga ou la nécessité pour tout scénariste qui se respecte de voir  la série des Sopranos. En fin de compte, je pense qu'il sera plus drôle de traiter de la célébrité comme objectif.
Ou encore de vous entretenir de l'intérêt de posséder quelques notions de marketing quand vous commencez une histoire. Ce sera la surprise.

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31 juillet 2007 2 31 /07 /juillet /2007 00:04
Me concernant, les doutes, les errements, l'autocritique constante sur mon travail, la tentation du renoncement, l'angoisse de la page blanche, la confrontation avec la page blanche, sont autant de notions qui définissent mon activité d'écriture.

Ca, et la procrastination - un mot savant qui revient à la mode pour signifier poliement et de façon élégante qu'on est une grosse feignasse.

Sauf que chez moi, la remise à un autre jour est portée à une dimension quasi mystique, sinon religieuse.

Je n'écris pas tous les jours. Loin de là.

Je devrais, notez bien.

Tout scénariste digne de ce nom se doit d'écrire un minimum de lignes par jour. Il y a même d'excellentes méthodes pour s'y tenir.

Comme, par exemple, se fixer une durée minimale, même infime.
Cinq minutes par jour. Chaque jour. 365 jours par an.
Quel que soit le jour ou l'endroit.

Vous pouvez varier les supports, mais vous ne devez pas modifier votre ligne: un jour, un minimum de cinq minutes. Tout ce que vous prenez de temps supplémentaire est du bonus. Vous verrez, il paraît que c'est infaillible. Au fur et à mesure, vous augmenterez sensiblement votre temps d'écriture. Rien de garanti, par contre, sur la qualité de votre travail. Mais le volume de production sera au rendez-vous.

Il va de soi que je vous conseille ça, mais que je ne l'ai jamais mis en pratique.

Mes période d'écriture sont généralement des accès de "fièvre créatrice", qui, comme toutes les fièvres, font long feu. Le reste du temps, je joue à Wow et je regarde des série télévisées au kilomètres. (Attention, que du Premium: Sopranos, The Shield, Heroes, Deadwood, Prison Break...) Ce qui me rappelle que moi aussi, je veux écrire des choses comme ça. Et que je devrais être à mon clavier.

Une sorte de cercle vicieux, si vous voulez. 

Autre méthode, ne faites pas la vaisselle ou le ménage.

Pas au moment où vous en ressentez une furieuse envie, en tout cas. Faites ce genre de tâche ménagère - faites les, hein - quand elles sont pénibles, quand rien ne vous attire. généralement, se dit-il, une forte envie de tâches ménagères n'est rien d'autre qu'une tentative particulièrement hypocrite d'échapper à l'écriture, pile quand elle vous appelle, et quand vous savez qu'une fois assis, vous aurez le plus grand mal à sortir la moindre phrase.

Hé bien il faut vous forcer.

Ca, j'ai fait, et ça marche. (Disclaimer: ceci n'est pas un encouragement à justifier votre manque de participation aux choses du quotidien auprès de votre cher/chère et tendre. Inutile d'invoquer mes conseils pour échapper au récurage de la salle de bain.)

Enfin, une autre méthode est de casser vos routines, non pas d'écriture - si vous parvenez à écrire tous les jours entre 5 et 6 heures du matin, non seulement vous avez mon respect, mais en plus il faut continuer - mais de vie.

Ce qui marche très bien pour moi, c'est en rentrant du travail le soir. Au lieu d'ôter mes chaussures et d'aller me délasser un peu, je file directement dans mon bureau, j'allume l'ordinateur et je me mets au boulot. (Le vrai, pas l'alimentaire) C'est généralement dans ces moments là que je débloque les situations que je pensais insolubles et qui m'empêchaient de dormir sereinement la veille.

Car évidemment, bien que je n'écrive pas tous les jours, je suis la plupart du temps absorbé dans mes projets - d'où un naturel assez distrait pour ne pas dire lunaire.

Beaucoup de scénaristes ont cette tendance lourde à avoir toujours, en une sorte de tâche de fond continuelle, l'esprit en partie parasité par leurs histoires et leurs personnages. Ce qui rend généralement encore plus pénible les moments de doute, où vous ne parevenez pas à écrire alors que votre cerveau sature.

Et je m'inclus dans le "vous".

Comme quoi, malgré ce que j'ai longtemps cru dans ma prime jeunesse où je pondais des récits d'une qualité encore plus affligeante que ma production actuelle, la page blanche ça n'arrive pas qu'aux autres.

Apprendre à laisser aller - je n'ai pas dit "se" - à accepter ce blocage forcément temporaire, pour mieux revenir. Car on revient toujours. J'en veux pour preuve l'accès d'inspiration qui ne m'a plus lâché depuis que cet après-midi, Djib et moi avons enfin décidé de nous attaquer à notre Grand Oeuvre.

Mais cela est une autre histoire, que je vous raconterai en temps voulu. Et pas forcément dans ma prochaine note.

Non.
Dans ma prochaine note, je vous expliquerai la sainte horreur que m'inspirent les p'tits jeunes de 20 ans qui en veulent. Ou comment un "vieux" scénariste justifie son "retard" créatif. Ce sera confit de mauvaise foi, nappé d'excuses toutes plus pitoyables les unes que les autres - bien qu'inventives.

Ca tâche un peu, mais vous allez adorer.


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17 juillet 2007 2 17 /07 /juillet /2007 22:51
...

Quoi?

Ah, oui. L'option numéro 3 me direz vous? Oh elle est toute simple.

Option numéro 3: vous décidez qu'aucun accord digne à la fois de ce nom et de votre oeuvre n'est possible, et vous rompez toute négociation. Soit pour voir la réaction de l'éditeur, au cas où il soit plus impressionable que ce qui se dit, soit en votre âme et conscience, par réelle conviction que la réussite ne se fait pas à tout prix.

Il faut être particulièrement solide dans ce cas là. Et particulièrement seul sur votre projet, car en cas de co-auteur, cette décision n'implique pas que vous, mais également les attentes, les espoirs, les rêves même d'une autre personne, qui vous a aidé à parvenir jusque là. Jusqu'à ce refus que vous voulez exprimer avec vigueur et panache.

Je n'ai jamais été dans cette situation, mais je me permets tout de même de vous déconseiller d'y recourir dans le cadre d'une collaboration. Il faut déjà un sacré courage pour un auteur seul, alors gérer cela pour deux, en admettant que les deux soient effectivement d'accord....

Il ne s'agit pas ici de pousser à la signature à tout prix, plutôt à la prise de conscience qu'à un moment ou à un autre, quand on veut effectivement être publié, il faut savoir être plus souple qu'on ne se le serait imaginé. Je ne suis pas partisan du "Pour mériter, faut en chier", loin de là.

Cependant, dites-vous bien que, quelle que soit la tête du contrat, quels que soient les sacrifices consentis, les opportunités sont suffisamment rares pour que vous ne négligiez aucune d'entre elle, non pas par arrivisme forcené.

Bien plus simplement, si écrire, dessiner, raconter des histoires que d'autres vont lire, même si c'est à la sauvette en librairie, comme nous avons tous fait, c'est effectivement ce que vous voulez faire, alors cela non plus, ça n'a pas de prix, qu'il soit minimum ou maximum.
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17 juillet 2007 2 17 /07 /juillet /2007 22:08
Suite de la note précédente. (Vous êtes vernis, ce soir c'est double dose, je viens de terminer le script définitif du tome 1 du Seigneur des Couteaux . Fini. Terminé. Plus toucher. Dans les mains de Fabien désormais, pour nous emmener vers la gloire.)

Vous avez décidé de négocier, en sachant pertinemment que vous n'aviez aucune chance de faire valoir vos droits légitimes (filles à volonté, montagne de coke sur son lit de billets de 1000 dans un écrin de limousine, 20h00 de Claire - Chazal, voyons!).

C'est très courageux.
Sincèrement.
Si.

D'autant plus que l'intégralité des éditeurs européens a refusé votre projet.

Là se pose LA question: que négocier? Ou plutôt, que pouvez vous espérer négocier si les astres vous sont particulièrement favorables.

Règle numéro 1: vous pouvez négocier.

C'est autorisé par la loi, ce n'est pas sale, et pour peu que votre éditeur soit une maison pourvue d'un service juridique digne de ce nom, votre interlocuteur aura l'habitude- ce qui est à la fois un avantage (vous pouvez négocier, il peut presque tout entendre) et un désavantage (vous n'avez absoluement aucune idée de ce que vous êtes en train de faire, lui - ou elle - oui)

Règle numéro 2: dès que cela touche à de l'argent, vous ne pouvez pas négocier.

Que ce soit les droits cinématographiques (potentiellement trèèès juteux), les droits tout court (idem), les produits dérivés (idem), vous ne parviendrez pas à négocier, sauf à recourir à l'option numéro 3 que nous dévoilerons tout à l'heure. L'avance, c'est particulier. Je reste convaincu que vous pouvez demander un peu plus que ce qu'on vous propose, la plupart du temps. La somme avancée est indicative et le négociateur a une marge de manoeuvre, même étroite, lui permettant de remonter un peu ses prix.

Règle numéro 3: quand ça ne coûte rien, vous pouvez négocier.

Nombre de tomes sur lequel vous vous engagez (TOUJOURS signer un contrat par tome, ne JAMAIS signer pour plusieurs albums - en cas de succès, vous serez lié par ce que vous aviez signé et il est par essence beaucoup plus difficile de renégocier un deal qui vous oblige à pondre 4 albums à un prix donné), délai de réponse de l'éditeur pour un deuxième tome, nombre de soumissions du deuxième tome, diverses menues choses sur le droit moral, votre acceptation en cas d'adaptation cinématographique, voire votre participation à l'écriture du film/série animée. (Non, ce n'est pas garanti par défaut, mais cela se "plaide")

Règle numéro 4: ça prendra le temps qu'il faudra.

Renseignez vous autour de vous, prenez l'avis de gens compétents en matière juridique - le Syndicat des Auteurs de BD est très bien, par exemple. Un avocat de votre connaissance c'est encore mieux, mais vous allez le rendre fou à signer un papier de toute évidence scandaleux à ses yeux.  Quoiqu'il en soit, ne faites jamais ça tout seul avec votre co-auteur. Même si cela ne vous permet pas d'obtenir tout ce que vous voudriez, c'est psychologiquement plus facile d'être "entouré". Et si vous avez besoin de 3 semaines pour cela, l'éditeur peut attendre. Je vous l'ai dit, il a l'habitude.

Règle numéro 5: accordez vos violons.

Si vous êtes deux (ou plus), il est impératif que vous vous mettiez d'accord avant et que vous parliez d'une seule voix. Il est normal et logique que la partie d'en face fonde sur le moindre de vos désaccords visibles. C'est le jeu, donc préparez vous en conséquence.

Règle numéro 6: soyez bon perdant.

Vous allez perdre. Vous obtiendrez un ou deux changements mineurs, mais vous vous doutez bien qu'il s'agit d'éléments qui ont pratiquement été placés là pour que vous ayez le sentiment d'avoir obtenu quelque chose. Mais au global, vous n'aurez pas ce que vous voulez. Va falloir non seulement faire avec, mais en plus rester courtois et poli avec le monsieur - ou la dame. Vous êtes un professionnel, rappelez-vous.

Règle numéro 7: conservez et enrichissez votre liste.

Vous allez perdre sur pratiquement toute la ligne, mais avec un peu de chance et beaucoup de travail, vous serez dans une meilleure position pour négocier la prochaine fois. Vous connaitrez mieux l'éditeur,les problématiques qui sont les siennes, et ce qui est réellement important pour vous. Tenez vous au courant des pratiques dans la profession, des tarifs, de ce qui se fait et de ce qu'il ne faut pas faire.

Bref, apprenez le métier, pas à pas, étape après étape, en vous inscrivant dans le long terme.

Règle numéro 8: ce n'est pas (encore) une question d'argent.

Autant il vous faut fuir lorsqu'un éditeur vous assène qu'il ne fait pas ce métier pour l'argent - car cela serait vrai que cela n'enlève rien au fait qu'il y a un contrat entre vous. Si ce n'est pas une question d'argent, pourquoi vous faire signer tous ces papiers alors?

Par contre, ce qui est vrai, c'est que vous ne faites pas ça pour l'argent. Vous faites cela parce que vous avez quelque chose à dire, et que pour le dire, vous avez besoin d'un partenaire qui croit un minimum en ce que vous faites et qui vous aide à toucher un maximum de gens. Et c'est notamment très vrai au départ, où il vous faudra faire des efforts, consentir un grand nombre de sacrifices et travailler d'arrache-pied pour, financièrement, des clopinettes.

Sauf que le succès peut vous tomber dessus. Curieusement, vous vous rendrez vite compte que ce n'est pas l'argent - certes tout de suite plus conséquent - qui compte, dans le succès. Non, bien plus, ce que vous gagnez en vendant 100 000 albums d'un de vos tomes (ou même en deux, trois tomes), c'est une plus grande liberté. Toutes ces portes que vous pensiez fermées s'ouvrent comme par enchantement et les collaborations que vous n'auriez pas pu espérer deviennent possibles.

Et ça, ça n'a pas de prix.


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17 juillet 2007 2 17 /07 /juillet /2007 21:28
Ce soir, c'est la fête à la maison, champagne et rab' de petits fours pour tous. Et pour cause.

Un éditeur a décidé de signer votre BD.

Sonnez trompettes, chantez angelots, ça y est: à vous la gloire et la fortune. La fortune, vous dites?

C'est encore à voir.

Je ne voudrais pas vous casser le moral une fois de plus - bien que je m'y emploie plus ou moins régulièrement (oui, j'ai été tenu éloigné de mon blog ces dernières semaines) - mais le pognon, dans la BD, y'en a pas. En tout cas, pas tout de suite.

Je ne vais pas vous dévoiler ici le montant d'une avance à la planche pour le Seigneur des Couteaux, mais ça ne fait pas lourd. Dans le métier, les prix oscillent entre rien du tout (pour les petites maisons) et des sommes assez confortables - on a parlé de 600 € par planche pour le dessinateur de Spirou, par exemple. Mais dans tous les cas, rien de vraiment mirifique.

Bref, vous ne ferez pas fortune dans la BD, ne rêvez pas. Donc se lancer dans ce genre d'aventure, que ce soit pour un scénariste ou un dessinateur, ne se fait pas par appat du gain.

J'ai dit ne rêvez pas, donc gardez les pieds sur terre et soyez réalistes: vous êtes peut-être assis sur une montagne de fric. Donc vous êtes obligés de vous préparer au succès, afin de ne pas être dépassé le jour où il vous tombera dessus sans crier gare. Tout en continuant à envisager que vous ne vendrez pas plus d'albums que vous connaissez de personnes - il est grand temps de vous faire un maximum d'amis.

Ce qui nous ramène à votre éditeur, lequel vous tend ce contrat tant espéré avec un sourire engageant. Il y a encore deux mois, deux jours, deux heures, voire deux secondes - avant ce coup de fil/mail fatidique et libérateur- on vous l'aurait dit que vous n'y auriez pas cru. Forcément, vous exultez.

Ensuite, vous lisez le contrat. Je préconise de faire cela au calme, seul dans votre coin. Non, je dis ça pour épargner les oreilles de votre entourage.

Parce qu'après une première lecture, vous allez hurler.
Notez, à la seconde lecture, vous hurlerez encore plus, parce que vous aurez mieux compris à quel point les conditions proposées à un auteur débutant sont scandaleuses.

Droits ridicules, main-mise de l'éditeur sur tout ce qui dépasse (produits dérivés notamment), provision pour retours (en gros vous payez une partie des frais de retours de l'album que les commerciaux de l'éditeur auront vendu à votre place), droits cinématographiques, on vous a fait la totale.

Mais avec le sourire, précisons le. Ca ne console pas, mais c'est déjà ça.

Vous avez deux options, trois si vous avez le coeur bien accroché, une volonté de fer chevillée au corps, des principes sur lesquels vous ne transigez pas et/ou (mais là c'est royal coco) plusieurs autres éditeurs pendus à vos basques, le chéquier à la main.

Première option: vous signez sans discuter. C'est une faute de goût évidente. Si vous n'avez évidemment pas de moyen de pression sur un éditeur qui tient votre destin créatif dans sa main, il est inenvisageable de ne rien dire, de ne poser aucune question, dérangeante de préférence, en mettant le doigt là où ça fait mal pour vous et où, de toute évidence, on se fiche ouvertement de votre pomme. D'une part, c'est un très mauvais signal à envoyer à l'éditeur. Vous êtes un professionnel nom de Dieu, et le contrat est un des moments clef où vous allez pouvoir, que dis-je, où vous DEVEZ le démontrer. Ratez cette marche, et il sera dès lors normal et légitime pour votre éditeur de vous rouler dessus et de faire une marche arrière pour s'assurer que vous ne bougez plus.

En plus, ça va vous causer un ulcère, donc mieux vaut verbaliser tout cela.

Ce qui nous amène à la deuxième option: vous faites une liste avec votre co-auteur s'il y en a un, et vous hiérarchisez les problèmes. Oui, va falloir la moitié d'une nuit et d'un bloc-note pour les lister tous, mais c'est important.

Croyez moi, à ce moment là, votre exultation du début est définitivement passée. Elle ne reviendra, si tout va bien, qu'à la sortie de l'album. Entre les deux, vous serez coincé en Enfer, pour un salaire de misère. 

Votre liste dressée, vous allez négocier.
Ou faire mine de.

Vous n'avez évidemment aucune chance.
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4 juillet 2007 3 04 /07 /juillet /2007 20:01
Je vous ai laissés sur une révélation fracassante, et vous voilà la langue pendante, les yeux hagards, la tête entre les mains, le coeur au bord d'un suspens insoutenable. Mais chose promise, chose due, je vais mettre fin à vos souffrances.

Quoi, j'en fais trop?
Pardon, j'abrège.

Donc en substance, oui, vous avez accouché vos personnages, vous les avez créés - hé, c'est pour ça qu'on va vous payer! -  façonnés, mitonnés aux petits oignons.Et non, vous n'avez pas le contrôle total de vos personnages. Les gens sont ingrats, que voulez-vous, la vie est ainsi faite, il va falloir faire avec.

De fait, vos personnages sont mûs par leurs envies, leurs objectifs, généralement contrariés sans quoi il n'y aurait pas d'histoire. Ou alors elle serait singulièrement chiante, si vous me passez le mot. Si tout va bien, les désirs et la nature même de vos personnages se rencontrent et s'opposent. Là, vous tenez votre récit, et surtout vous en tenez l'intérêt, ce qui fait que votre lecteur va accrocher à votre histoire, s'identifier aux uns et aux autres.

On crée très souvent ses personnages en interdépendances les uns avec les autres. Je m'explique: un personnage en appelle un autre, et ainsi de suite. Après, selon l'importance qu'on a décidé de leur consacrer dans le récit, ces personnages ont droit à plus ou moins de place. En fait, c'est souvent à ce moment là que les problèmes apparaissent.

Un peu comme si vous ratiez votre casting, si vous voulez.

Là où vous pensiez que ce personnage de mafieu au grand coeur n'allait faire qu'une maigre apparition dans votre récit, vous vous rendez subitement compte qu'il est dommage de le laisser de côté, et vous lui rajoutez une scène. Ou deux. Ce n'est rien de dramatique, vous n'êtes pas en train de perdre le fil de votre récit. Au contraire, il est en train d'apparaître, et ce personnage  représente l'un des meilleurs véhicules de votre propos . (On en revient toujours  là, mais les personnages y sont évidemment intimement liés)

Lorsque vous sentez que quelque chose bloque, reprenez vos personnages séparément, et accordez leur la même attention, quelle que soit l'importance que vous aviez décidé de leur allouer. Faites la comparaison entre ce que vous aviez mis dans leur fiche descriptive - dans laquelle vous aurez idéalement défini leurs buts dans la vie, la façon dont ils se situent dans le monde, ce qu'ils pensent être et ce qu'ils sont en réalité - et la façon dont vous les faites se comporter dans votre histoire telle qu'elle se présente en ce moment de doute abyssal.

Notez les différences. Elles sont parfois minimes, parfois assez significatives. Dans la majorité des cas, laisser le personnage agir "tel qu'il l'entend", c'est à dire en conformité avec la nature dont vous l'aviez doté, résout votre problème. Je ne dis pas que cela vous arrange, car cela peut signifier un rajout de travail, et nous savons tous combien le scénariste est une feignasse exploiteuse de dessinateurs morts de faim et de fatigue. Mais pour le coup, le résultat vaut vraiment la peine de suer un peu sur le clavier. Vous aurez au bout du compte une histoire bien plus fluide, qui vous surprendra peut-être par la direction qu'elle prend. Mais faites confiance à votre personnage.

Et puis il se peut que, alors que rien n'était prévu en ce sens, tandis que vous êtes en train de taper votre scéne au kilomètre, un personnage fasse totalement autre chose que ce que vous aviez défini au départ. C'est spontané, parfois très troublant, et cela sort tout seul sur l'écran - ou le papier, pour les tenants de la vieille école. Là, vous pouvez vous autoriser un petit rictus de jubilation bien mérité.

Cette action impromptue, qui peut fondamentalement changer le sens de la scène, voire de l'histoire, ou simplement en altérer le ton, cette action donc, est le signe que votre histoire vient de passer au vert. Vous allez dérouler sans réel problème jusqu'à la fin. Car vous tenez la preuve que ça y est, vous avez suffisamment itéré, réflêchi, essayé, trituré votre récit et vos personnages, et les pièces du puzzle sont en train de s'assembler "naturellement".

Il n'y a rien de naturel là dedans, bien entendu. C'est exclusivement dû à votre labeur. Mais c'est votre récompense, prenez la comme telle, vous la méritez amplement. Profitez-en, cet état un peu fébrile, très jubilatoire, est sufisamment rare pour qu'on le goûte totalement.

Vous allez pouvoir commencer à écrire.
Plus important encore, vous irez au bout. 

Bien évidemment, cela vaut surtout pour une histoire dite "character driven", par opposition à une histoire dite "story driven". Comme j'ai la flemme de vous expliquer la différence et que cela mérite bien une, voire deux notes, il faudra attendre -pas trop longtemps j'espère. Mais ce ne sera pas pour la prochaine fois.

Non, la prochaine fois, on passe aux choses sérieuses.
La prochaine fois, promis-craché-juré, on attaque le coeur de la meule.

On va parler pognon.

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