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22 mars 2008 6 22 /03 /mars /2008 00:26
Voilà.
Ca y est.

Inutile de se voiler la face, on ne peut plus reculer. Il fallait y penser avant. Maintenant, c'est trop tard.


A tout seigneur tout honneur, si j'ose dire. Deux ans et demi de dur labeur pour Fabien et d'amateurisme au clavier pour votre serviteur et finalement, nous y sommes:


L'album est désormais prêt à sortir, le 27 mars 2008, chez tous les bons libraires. (En est-il de mauvais?)



Tout d'abord, un petit moyen mémo-technique pour le reconnaitre dans les rayonnages. C'est tout simple, il ressemble à ça:


couv_envoi_low.jpg

Et quand vous l'ouvrez, vous pouvez trouver de belles choses comme ça - mais avec du texte:


01-seigneur-des-couteaux-d-.jpg

Ou bien comme ça, aussi:


02_seigneur-des-couteaux-de.jpgNe nous voilons pas la face, Fabien et moi sommes ravis.

Cet album est magnifique, promis à un brillant avenir, lequel passe par une place de choix dans le plus grand nombre possible d'étagères de lecteurs déchainés. A commencer par vous, fidèles lecteurs de ce blog. (Vous sentez l'appel du pied à grands coups de rangers taille 56?)


Ce qui passe par une communication appuyée, pour laquelle nous n'allons pas mégoter. Nous avons même déjà commencé, avec une première séance de dédicace lors du lancement de l'album au Salon du Livre de Paris, le week end dernier.

Plutôt que de vous infliger une note entière sur ce baptême du feu - à laquelle vous n'échapperez de toute façon pas dans un avenir proche - et parce que les images parlent souvent bien mieux d'elles-mêmes (et en tout cas bien mieux que moi), ceux qui ont raté cet évènement peuvent voir un sélection de photos souvenirs sur le site du Seigneur des Couteaux, que l'adorable Glam a monté pour l'occasion, qu'elle en soit remerciée ici.

Glam est également photographe, et elle est pour beaucoup dans la réussite de la couleur de l'album, puisqu'elle a préparé chaque planche pour Fabien et a fait un dernier passage pour y rajouter le texte. Elle est accessoirement dotée d'une patience d'ange puisqu'elle a réparé sans broncher la catastrophe technique que j'ai déclenchée en trifouillant dans ledit site. (Quand je vous dis que je suis Web 0.9)




Allez y jeter un oeil, ça marche du tonnerre, et ça vous aurait même une certaine allure.

Nous alimenterons progressivement la bête, mais vous pourrez déjà voir combien Fabien met du coeur dans ses dédicaces, proprement splendides. Et combien un scénariste se tourne les pouces en dédicace, mais ceci est une autre histoire.

A ce propos, je sais ce que vous allez dire. Déjà que je ne poste pas beaucoup sur ce blog, si en plus je dois alimenter un site supplémentaire....

Mais vous êtes mauvaises langues. Et puis vous n'avez pas vraiment le choix.


Concernant la petite merveille - l'album, donc - il se murmure qu'il est déjà disponible en librairie ici et là, une vieille coutume ancestrale voulant en effet que tout carton réceptionné par un libraire digne de ce nom soit immédiatement éventré, et son contenu avantageusement exposé aux yeux de tous.

Je confirme ces rumeurs. Je l'ai moi-même vu trôner dans un rayonnage pas plus tard qu'aujourd'hui.

Ce qui me fait revenir à cette angoisse qui m'étreint depuis que j'ai réalisé l'erreur fatale qui était la notre:




Si les gens peuvent désormais le voir et l'acheter, cela veut dire que les journalistes aussi.






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8 mars 2008 6 08 /03 /mars /2008 16:21
100K.JPG

Ca, c'est ce à quoi le monde entier a échappé. 

Sauf vous, fidèles lecteurs, puisque vous bénéficiez de la version director's cut, bonus et scènes coupées inclus.

Dan Simmons a écrit un excellent article sur la question de la photo de l'auteur, soulignant son importance essentielle.

Croyez-le ou non, un élément a priori aussi anodin que votre photo peut rapidement prendre des proportions dont vous ignoriez tout jusqu'au moment où votre éditeur vous demande de lui en communiquer une pour son site internet et plus généralement pour la promotion de votre album.


Evidemment, vous êtes complètement pris au dépourvu. Vous n'y aviez pas pensé une seule seconde pendant toute la réalisation de votre album et du coup, vous vous retrouvez à fouiller vos archives pour dénicher LA photo qui collera parfaitement à ce que vous vous désirez communiquer.


Et là vous passez rapidement en mode gestion de crise de niveau 4: aucune photo préexistante ne remplit les critères que vous avez définis à la volée.

Quels sont-ils ces critères?

Oh, rien de bien sorcier. Il s'agit juste de "faire auteur" sans en avoir trop l'air, d'être un minimum sérieux sans tomber dans la photo de prisonnier, et de paraître sympathique sans être un ravi de la crèche. Et, bien sûr, d'être un minimum joli garçon. En noir et blanc, de préférence. Parce que le noir et blanc, c'est tout simplement la grande classe.

Entre vos photos de vacances en tong sur le bord de la piscine ou de votre dernier Jour de l'An tellement arrosé que vous n'êtes pas sûr d'être à nouveau étanche, votre bref tour d'horizon de ce que vous avez en stock achève de vous convaincre:

Il va falloir en passer par un shoot photo.

Ce sera vite fait, pensez-vous, quelques clic-clac et c'est marre.

Erreur fatale.

D'abord, parce que si vous pensiez que votre photographe - généralement un membre de votre entourage -allait vous lâcher la bride, alors vous vous rendrez vite compte que vous n'y étiez pas du tout. Vous vous retrouvez rapidement trimballé du canapé au balcon, d'un mur de brique dans tel quartier "idéal" pour "ce qu'il vous faut" au salon d'amis.

Ensuite, bien que vous ayiez juste demandé "quelques photos" à votre photographe improvisée, vous avez sous-évalué sa volonté de "faire ça bien" et son entousiasme pour cet aspect très matériel et très pratique, bien plus amusant que vos éternelles questions sur la structure dramatique du sous-texte de l'acte 3 de votre prochain scénario ou même votre demande d'avis sur telle ou telle couleur pour ce projet en cours de réalisation.

Enfin, après avoir été manipulé dans tous les sens à grands renforts "baisse la tête", "tiens toi droit", "ne souris pas comme un niais", "on t'a dit de ne pas bouger", "et si on essayait ton autre profil?" , "ah c'est toi qui a demandé une photo", ou encore "attends j'ai une idée" et autres "ah non cette pose est atroce", alors que vous pensez qu'enfin le cauchemar s'achève, c'est alors que les vrais ennuis commencent.

Il faut sélectionner une photo.

Encore tout déboussolé par la quantité non négligeable de flash qui vous colle à la rétine, vous êtes alors plongé dans une négociation farouche avec votre entourage. Chaque cliché est abondamment commenté, assorti de remarques ironiques - c'est aussi à ça que sert votre entourage, à vous remettre à votre place - et bien entendu, les photos que vous préférez sont précisément celles qu'on vous "refuse".

Finalement, la pression et la fatigue aidant, vous rendez les armes et vous vous rabattez sur une photo plus acceptable, moins m'as-tu-vu. Force est de constater: vous pensiez tout contrôler.

Hé bien vous aviez tort.
La vérité est autre.

Tout cela va vous échapper, en grande partie.

Et si cela peut sembler déroutant au premier abord, ce n'est pas forcément un mal non plus. En effet vous n'êtes pas le meilleur juge quand vous en arrivez à votre image ou tout du moins à ce que vous pensez communiquer de vous. En la matière, rien ne remplacera jamais les recadrages critiques bienvenus de votre entourage.

Alors, me direz-vous, en définitive, quelle photo fut-elle retenue? Car c'est quand même ce que vous attendez tous, c'est même la raison précise pour laquelle vous avez poliment bien que difficilement lu cette note du début à la fin.

La fameuse photo...

... se trouvera bientôt sur le site de Casterman.

Avec ma bio.

Car en effet, au moment où vous pensiez être sorti d'affaire, vous relisez attentivement le mail de votre éditeur et vous découvrez qu'il veut en plus que vous écriviez un topo sur l'auteur. A savoir vous-même.

A côté de ça, la séance photo était une partie de plaisir, croyez-le.
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25 février 2008 1 25 /02 /février /2008 21:53
En ce moment, j'atteins le seuil communément appelé "masse critique".  Je m'en vais vous entretenir du sujet sous peu.

Mais avant, pour ne rien changer aux bonnes habitudes, une petite digression.

Je l'ai déjà dit et je maintiens.

Il n'y a rien de pire, pour un scénariste, qu'un autre scénariste.

Maintenant que la chose est entendue, voyons quel instinct contre-nature a bien pu me pousser à prendre un coscénariste. 

Si vous pensez que vous êtes trop dur envers vous-mêmes, que vous ne vous pardonnez rien, et que vous vous plongez fréquemment tout seul dans des océans de doute abyssale, dites vous bien qu'à côté de la crampe qu'est l'écriture à quatre mains, vos angoisses existentialo-créatives, c'est des vacances en famille à Bornes les Mimosas, par 75 centimètres de fond au pire du mauvais temps. 

Parce qu'un coscénariste, ça prend les rares idées lumineuses dont vous étiez si fier, et ça les réduit en lambeaux d'une remarque lapidaire, sans même entamer son propre crédit. 

Votre séquence d'introduction digne des plus grands? Elle devient tout à coup une exposition d'une platitude clichée confondante. Votre personnage principal aux petits oignons? Un vague ersatz de choses faites et vues mille et mille fois. Vos trois répliques définitives? Elles sonnent tellement faux que c'en est risible.

Mais votre interlocuteur (ou interlocutrice) est trop bien élevé pour exprimer son hilarité. Par contre, son bref froncement de sourcils et la moue fugitive qui lui tord le nez sont autant de banderilles qui vous achèvent. 

Il pensait bien faire et vous vivez le pire: il a de la commisération pour vous. 

Un coscénariste, c'est le type qui débarque chez vous, pille le frigo, met les pieds sur la table du salon et, après avoir copieusement semé des miettes sur toute la surface disponible du canapé, se plaint que la bouffe n'est pas terrible. 

A tout prendre, préférez un réalisteur ou un producteur. Voire, un éditeur. Eux, au moins, ignorent de quoi ils parlent. Il vous reste donc votre Joker habituel, le fameux "chacun son métier, m'énerve pas ou je fais le tour de la table", pour vous en sortir. 

Ce qui ne marche pas une seconde pour votre coscénariste.
Puisque, cruche que vous êtes, vous l'avez choisi expressément pour sa qualité. De scénariste, s'entend.

Le coscénariste - puisque c'est "un" en l'occurence - c'est le gars qui va venir poser ses sales pattes sur vos personnages chéris, les tripoter dans tous les sens, et vous les rendre dans un état bien différent. Il fera pareil avec tout, d'ailleurs. Il vous crucifiera sur vos dialogues, soumettra les motifs pourtant en béton armé de vos personnages à la Grande et à la Petite Question puis il
achèvera votre structure, façon Sidney Pollack.

Car le coscénariste ne fait pas les choses à moitié, et généralement d'autant moins de quartier.

Vous allez être acculé dans vos derniers retranchements, vous devrez vous battre à mort pour le moindre trait de charactère d'un personnage secondaire, la moindre virgule dans un dialogue, le moindre terme dans une didascalie.

Pire encore, vous devrez abandonner une séquence complète, il y aura du sang de votre création partout sur les murs, et votre histoire ne sera plus qu'un champ de ruines fumantes au bout du compte.

Votre coscénariste, il va vous faire bosser à la dure. Il va vous prendre vos dimanche après-midi, il va fusiller vos interminables séances de Wow quotidiennes, il va vous forcer à lire vos dialogues à voix haute, vous sortir une batterie de tableaux décortiquant votre structure narrative, et faire cracher leurs tripes à vos personnages.

Et vous savez quoi?

Hé bien cela va vous faire le plus grand bien.

D'abord, cela va ravager votre ego. Pas exactement la voie la plus rapide vers le succès solitaire et flamboyant que vous auriez imaginé au départ, mais finalement, être deux a ses avantages.

Lorsque vous serez en pleine séance de lecture de votre script sous l'oeil impavide d'un producteur, un réalisateur, voire un diffuseur, que les répliques fusent entre vousdeux, que vous répartissez les personnages à la volée, 15 ans de jeux de rôles peuvent vous sauver la vie dans des moments pareils.

Ca, et le bon coscénariste. Celui avec lequel vous avez des  heures de vol  communes,  tellement qu'il est le seul à pouvoir vous suivre dans la pièce, voire vous précéder, tandis que vous vous escrimez à expliquer votre propos à des gens sans imagination.

Le simple fait de constater que quelqu'un autour de la table comprend ce que vous dites peut rassurer, voire convaincre plus d'un décideur.

C'est le même coscénariste qui saura appuyer vos propos enflammés d'une assertion impeccable, dite dans un tempo idéal, plaçant un bon mot, la remarque qui tue, la précision essentielle. Sans lui, vous pourrez sans doute épater la galerie, mais beaucoup moins probablement enlever le morceau, le seul qui compte.

Au delà de ce numéro de duettistes, vous vous rendrez compte du plaisir que vous avez à échanger constamment, rebondir, construire ensemble une histoire, accoucher des personnages.

Ce jour-là, vous serez content d'avoir fait ce bond dans l'inconnu et d'avoir fait monter à bord cet être étrange qui n'était qu'un collègue de travail, bien qu'un compagnon de table fort agréable au demeurant.

Qu'on ne s'y trompe pas, transformer une collaboration d'écriture non pas en réussite assurée - rien n'est jamais garanti de la part des décideurs - mais en véritable révélation créative, est particulièrement rare.

Il est dix fois plus facile de trouver un modus vivendi acceptable avec un dessinateur, c'est vous dire l'ampleur du défi que réprésente la coécriture.

C'est pour cela que je tenais ici à saluer l'excellentissime Zaz, avec lequel j'ai le bonheur de travailler (parce que oui, je travaille, d'où l'absence de note sur ce blog) sur plusieurs projets, dont j'espère pouvoir vous dire plus d'ici quelques mois.

Oui, ça fait loin.

MAIS

j'ai tout un tas d'excellentes nouvelles à venir, sous très peu - et là on parle en jours. Je peux déjà vous dire que je n'ai pas fini d'être en mode de masse critique. Un bon sujet pour une prochaine note, ça, tiens.

En attendant, ruez-vous sur le site de Zaz, achetez ses livres, et amis dessinateurs de passage, supliez-le de ressortir pour vous l'un de ses trop nombreux projets remisés dans un tiroir.

Vous ne le regretterez pas.

Parole de feignasse.





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28 janvier 2008 1 28 /01 /janvier /2008 22:38
Je devais vous pondre un petit article spécial scénaristes roublards, vantant les mérites du tirage de couverture à soi, au détriement de votre victime préférée, le dessinateur. Mais avant, un petit rappel s'impose.


On ne le redira jamais assez:

Le festival d'Angoulême est le pire endroit du monde où vendre un projet BD.


C'est même pour cette raison que j'y suis descendu la semaine dernière.

Pas spécialement par goût immodéré du défi ni par masochisme. Non, plutôt comme les enfants qui décident de mettre les doigts dans la prise malgré les mises en garde répétées de leurs parents.

Pour voir.

Pour montrer, surtout. Il faut dire que des éditeurs voulaient en voir plus sur un certain projet que je développe avec le toujours plus talentueux Tarumbana. Et que Djib et Elbe me proposaient un hébergement cinq étoiles - je ne répèterai jamais assez combien je fus ravi de mon séjour rue de Vauban. Enfin, on m'avait réservé un badge "auteur".

Refuser autant de perspectives alléchantes, c'était friser la faute déontologique. Or je me targue de faire primer la déontologie avant toute chose.

Donc, Angoulême.

Première constatation, Angoulême n'est pas une petite ville de province. Ah, je ne dis pas qu'on n'a pas vite fait le tour de la vieille ville - qui a un charme fou. Juste qu'on en a vite fait plusieurs fois le tour. De nombreuses fois. Ceci, dans un foule plus ou moins praticable, avec un sac qui pèse rapidement trois tonnes.

Car bien sûr, on a auparavant rempli sa besace de ces jolis dossiers confectionnés avec amour, après une demi-journée éreintante à courir dans tout Paris pour trouver l'imprimeur qui saura le mieux faire honneur au chef d'oeuvre que vous vous êtes mis en tête de placer aupèrs d'un éditeur majeur, contre moultes espèces sonnates et trébuchantes et une promesse de gloire éternelle signée de son sang.

Oui, les scénaristes sont souvent de doux rêveurs.

Conséquence de quoi, ils ratent souvent certaines étapes pourtant fondamentales de la réflexion la plus élémentaire.

Comme le fait que mon dossier, l'éditeur n'a aucune envie de se le trimballer dans le train - ou l'avion pour les plus VIP - en rentrant fourbu et encore à moitié ivre du festival. Même minimaliste, le moindre dossier se transforme vite en une tonne de briques, lorsque compacté en plusieurs exemplaires dans votre sac.

Deuxième constatation, ils sont légions à avoir envie de mettre les doigts dans la prise. Une chose est sûre, à Angoulême, vous allez avoir chaud, avec tous ces auteurs qui courent les mêmes stands que vous - ceux des éditeurs qui payent..euh..les plus prestigieux.

Un esprit de bonne composition en déduirait que du coup, on se sent moins seul, la fraternité entre ces membres de la grande famille de la BD jouant à plein. Bonne composition, peut-être, mais clairvoyant, laissez-moi rire.

Disons le tout net: aller démarcher à Angoulême est le meilleur moyen de se coller un grand coup d'angoisse existentialo-artistique. Un truc carabiné, au beau milieu d'une marée d'angoisses du même calibre. Celles des autres, pour le coup.

En plus, ça vous tombe dessus de préférence au moment le plus opportun. juste après vous être fait briser les genoux par un éditeur, par exemple.

Les doigts dans la prise, sans ligne de terre, vous dis-je.

Troisième constatation, la vie ne vous a rien appris, l'expérience ne vous a rien apporté: pitcher un projet en direct à un éditeur qui attend patiemment que vous vous gauffriez est toujours aussi difficile.

Evidemment qu'il ne guette pas le faux-pas à tout instant. Par contre, vous avez une imaginationdébridée, une déformation professionnelle qui peut vous jouer des tours dans ce genre de situation. Du coup, vous vous emmêlez les pinceaux, un comble pour un scénariste, et vous vous retrouvez à nouveau à jouer votre vie à chaque mot, à chaque terme employé. Vous êtes le seul à jouer, et pourtant vous êtes capable de marquer contre votre camp.

Et c'est précisément à ce moment, lorsque toutes les alarmes se déclenchent simultanément dans votre esprit, que des hectolitres de sueur viennent s'ajouter à ceux produits par la chaleur ambiante, alors que vous sentez que vous perdez pied, que vous le prenez, paradoxalement.

Votre pied, s'entend.

Peut-être l'histoire se finit-elle bien, mais pour le moment, il est un peu tôt pour le dire.
Mais il se passe des choses en coulisse, j'avoue. C'est même pour cela - par superstition, notamment - que je ne vous ne dirai pas plus.

                                             Pas pour le moment, en tout cas. Mais restez branchés, plein de news plus excitantes les unes que les autres arrivent bientôt!


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14 janvier 2008 1 14 /01 /janvier /2008 23:14
Ne vous excitez pas, je n'ai strictement aucune idée de ce que je vais bien pouvoir vous dire ce soir. Mais puisque c'est de saison, on va causer un peu succès, et la voie la plus rapide - que dis-je, l'Autoroute - pour y accéder.

Nous avons déjà vu deux ou trois astuces de grand débutant pour bien se faire voir du public - choisir son meilleur profil, réciter sa leçon avec application, et bien souligner combien l'ouvrage défintif sur la question que le lecteur tient entre ses mains est le fruit de longues et minutieuses recherches.

D'accord.
Mais ça, ça ne vaut que le prix du papier et de l'encre.

Vous pouvez faire mieux.

En BD, en tant que scénariste, vous avez un ennemi héréditaire, votre dessinateur. Servez-vous en.

Vous avez couché sur le papier l'une des cinq histoires mythiques qui marquent une décennie, quand ce n'est pas l'album de la génération. La fulgurance de votre propos vous éblouit vous-même et vous sortez tout juste d'une longue transe, nécessaire au retour de ce long voyage qu'est toute quête narrative ascétique telle que la votre.

Et vous découvrez votre première critique.
Assassine, forcément.

Qui plus est, dans un magazine incontournable pour tout fan de BD qui se respecte.

Ce même magazine qui avait publié cette lumineuse interview de vous-même en double page, juste entre l'énième biographie interdite d'Hergé et les planches du dernier Loisel, vous consacrant, à juste titre, comme la star d'entre les stars que vous avez toujours été.

Vous dites? Non, le dessinateur n'avait pas pris part à l'interview.

Et c'est bien normal. L'homme - ou la femme - de lettres, c'est vous. De plus, il est fortement déconseillé de mêler un dessinateur à toute conversation de grandes personnes où sont employés des termes un peu trop techniques pour lui. Ca a tendance à le déstabiliser, et ça fait tourner les planches comme le lait.

(Bref, préservez absoluement votre dessinateur de tout ce qui est interview et discussion sur les droits d'auteurs.)

Le mot que vous cherchez est "dénégation plausible" ou "manoeuvre de contingence". En gros, courage, fuyez. En plus, ça va être facile.

Car pour vous couvrir, vous avez le meilleur allié du monde, toujours prêt à vous soutenir: votre dessinateur.

Expliquez à qui veut bien l'entendre qu'au départ, votre histoire était bien plus complexe que cela, avec des personnages riches en contradiction et confondants d'humanité, lesquels vivaient des aventures hors du commun - on parle de budgets astronomiques, là.

N'oubliez pas de préciser que le premier lecteur, avant toute chose, c'est le dessinateur. Et qu'en tant que tel, il a eu une énorme influence sur les choix défintifs. Bref, en sous-main, les gens qui comptent comprendront à quel point ce sagouin a massacré votre chef d'oeuvre.

En plus, vous l'aurez tellement sevré pendant les longs mois de réalisation et de promotion de l'album, le baillonnant durant les dédicaces, qu'il sera chaud comme la braise et montera au créneau. Comme un seul homme.

Et c'est bien l'objectif de l'opération. Vous désolidariser totalement de lui, et le laisser prendre les coups.

Vous y gagnez sur tous les tableaux.

D'abord, parce qu'indépendamment d'une bonne ou une mauvaise critique, vous pouvez tout à fait vendre un album. Et bien le vendre.

Ensuite, parce que votre dessinateur sera tellement touché dans son orgueil qu'il voudra à toute force se refaire sur le tome 2. Vous allez bénéficier d'un deuxième tour gratuit.

De plus, vu qu'il refusera désormais tout contact avec la presse, cela vous laisse le champ libre pour rafler un maximum d'exposition. Profitez-en, c'est pour vous, c'est offert par la maison.

Enfin, parce qu'échaudé par l'expérience, il écoutera plus docilement vos remarques et en tiendra d'avantage compte que par le passé.  Et ça, ça n'a pas de prix.

Dans le doute, à la sortie du tome 2, recommencez.
Car c'est comme le bon vin, ça se bonnifie avec le temps.

Dans une prochaine note, nous étudierons comment vous arranger pour tirer parti du cas inverse.








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7 janvier 2008 1 07 /01 /janvier /2008 22:29
Parfois, on échoue. 
Souvent, même. L'avantage, c'est que c'est garanti de façon quasi contractuelle, et ça ne coûte pas (trop) cher.

Plus rarement, on réussit.
On touche même à une fulgurance, le temps d'une réplique bien sentie, une ellipse particulièrement maîtrisée. C'est évidemment nettement moins garanti.

La plupart du temps, on n'a pas vraiment idée de ce qu'on fait. Ni réellement de pourquoi telle chose marche et telle autre pas. Ou pourquoi tout foire d'un seul et grand coup.

A un moment, on est ravi de recevoir sa première interview, l'instant d'après on se demande bien ce que l'on va pouvoir dire qui soit "dans le bon ton", ni trop, ni pas assez. On est fou de joie à la perspective de la sortie d'un album et puis très vite, on se rend compte qu'on n'est prêt ni pour le succès, ni pour le désastre.

2008, donc.

J'ai une ou deux vagues bonnes résolutions, comme mettre ce blog à jour plus souvent. Ce qui, soyons honnêtes, va représenter un exercice de haute voltige.

Entre le site que nous allons lancer, Fabien et moi, pour la promotion de l'album (grâce au concours de sa chère et tendre, qu'elle en soit remerciée ici), le tome 2 dont je commence l'écriture ( Fabien piaffe déjà d'impatience, à croire qu'il aime se faire violence - note pour plus tard: un dessinateurf fiable est un dessinateur maso), d'autres projets sur lesquels je me fais plus discret mais dont nous reparlerons bientôt, soyez-en sûrs, et en grandes pompes avec ça - c'est pas du 36 fillette ça, mesdames, messieurs - bref, vous avez compris: pas dit que je la tienne, celle-là.

Mais je ferai tout pour. Promis.

Une autre résolution est de vendre 2 projets.
Non, le tome 2 du Seigneur des Couteaux ne compte pas.

Cela veut dire qu'il va falloir cravacher, que ce soit avec l'ami Tarumbana, qui me sort planche éblouissante sur planche éblouissante - promis, on vous montre ça bientôt - avec le sieur Redec, à fond dans le recadrage de strip, parce qu'il est un peu comme ça, le garçon, ou encore Djib', qui va vous étonner, je n'en doute pas, les possibilités sont vastes et les chances de succès sérieuses.

Ou en tout cas existent-elles. Quelque part. Bien planquées. Peut-être. (Ou pas)

Je ne parle pas des tentatives audiovisuelles impliquant Zaz et François Ferracci.

C'est à la fois un peu tôt et pas assez graphique pour en parler maintenant. (C'est l'avantage de la BD: un dessinateur produit de l'image bien plus vite qu'un réalisateur. Je ne vous ai jamais parlé de ces gens bizarres que sont les réalisateurs? Faites-moi penser à vous pondre une note sur le sujet. Ou deux.)

Par contre ça promet de franches rigolades -par exemple: on va directement partir sur un long métrage avec François. Rien que ça. Juste parce qu'on n'a rien d'autre à faire. Estime-t-il. (Quand je vous dis qu'il faut que je vous donne mon point de vue sur les réalisateurs...)

Et je n'inclus évidemment pas les collaborations futures dont j'ignore tout et qui font le sel de ce métier.

2008 va être riche de rencontres, de projets, d'aventures scénaristico-négociatrices, et d'inconnues en pagaille. Une chose est sûre: vous serez les premiers au courant!

Maintenant, assez larmoyé, on se remet au boulot, et on envoie les hectolitres d'hémoglobines promis dans ma dernière note.

Mais avant, je vous souhaite à tous une excellente et très heureuse année 2008!

Ou, pour citer l'excellent Julien Blondel: "Santé, bonheur, et droits d'auteur" à tous!
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30 décembre 2007 7 30 /12 /décembre /2007 19:13

 

 

 

Vous allez rire.

 

J’ai complètement oublié de vous dire :

 
 

Fabien a achevé la réalisation de Frères de Sang, le premier tome du Seigneur des Couteaux.

 

Cela ne vaudra jamais le plaisir d’un livre tout neuf, mais en basse définition, sur votre écran d’ordinateur, cela donne quelque chose comme ça :

 

 

 

 

 

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  (C'est promis, un jour, je comprendrai comment fonctionnent les liens qui agrandissent les images)

 

Il faut dire que pour une nouvelle, c’est une bonne nouvelle. A plus d’un titre.

 

 

 

Tout d’abord parce que cela signifie que nous allons sortir dans les temps – quelque part en février 2008, plutôt vers la fin. Chez Casterman, et dans toutes les bonnes crèmeries.

 

 

 

Ensuite, parce que cela signifie que Fabien va pouvoir dormir.

 

 

 

On ne le répètera jamais assez : accumuler des mois de nuits de trois à quatre heures d’un sommeil agité, c’est déconseillé par les médecins et par les scénaristes qui savent l’importance de ménager leur dessinateur. Surtout quand vous en avez besoin pour la suite des opérations. (Vous n’allez quand même pas faire les dédicaces vous-même, si ?)

 

 

 

Enfin, parce qu’après des mois d’une attente anxieuse, je vais enfin avoir droit à une nouvelle partie. Je vais enfin pouvoir tout reprendre de zéro, pour le second tome, à commencer par la signature d’un nouveau contrat. Et bien sûr, l’exploration d’un tout nouveau territoire encore vierge, à savoir le script du tome suivant.

 

 

 

La mauvaise nouvelle, c’est que je vais devoir bosser. Mais personne n’a jamais prétendu que ce serait facile – même si j’aurais préféré.

 

 

 

Plus sérieusement.

 

 

 

Je tenais à tirer ici un grand, grand coup de chapeau à l’artiste.

 

C’est un boulot de près de deux ans et demi qui s’achèvera avec le réglage des derniers détails avant envoi du tout à l’imprimeur en janvier. Deux ans et demi de boulot acharné, de doutes, de planches grattées au cutter, de dialogues mille fois retouchés, de nuits plus courtes les unes que les autres, de sacrifices, aussi – je ne suis pas sûr que Fabien soit au courant que nous avons changé de président et perdu une coupe du monde de rugby, entre autre.

 

 

 

Si la BD ne se résume pas à des chiffres, la simple somme des heures que Fabien a passé sur cet album suffirait à en faire défaillir plus d’un, sans parler de la complète remise en question d’un axiome aussi idiot que « travailler plus pour gagner plus ». Et rien que pour ça, il aura gagné ses galons de dessinateur de BD, avec les honneurs et citation pour une ou deux médailles, pour bravoure sous le feu de l’ennemi et comportement héroïque dans l’adversité.

 

 

 

Maintenant, à nous les affres de l’attente des premières critiques, la joie des interviews et des dédicaces – et qui sait, des sommets des charts ?

 

 

 

Quoiqu’il en soit, l’année 2008 est riche de promesses, de nouveaux défis et d’un nombre incalculable d’emmerdes potentielles. Toutes choses que je vous détaillerai bientôt, l’année prochaine.  Avec, si vous êtes sages, quelques explications par le texte et par l’image de la genèse de ce projet.

 

 

 

Toutefois, ce blog ne se transformera pas en un espace promotionnel, loin de là, je vous rassure. J’en veux pour preuve l’inauguration de l’année 2008, qui sera faite sous l’égide de la méthode Chattam. Ou comment réussir en 10 leçons, bien tassées.

 

 

 

C’est promis, il va y avoir du sang sur les murs.

 

 


 
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19 décembre 2007 3 19 /12 /décembre /2007 22:49

La télé, ou le cinéma, c’est très différent de la BD.

  

Au sens, beaucoup, mais alors beaucoup, plus violent.

Par comparaison, négocier avec un éditeur de bande dessinée, c’est jouer à la dinette  avec des Bisounours, que l’on embrasse très fort au passage. (Parce que c’est quand même sympa un Bisounours, surtout en période de bouclage.) Courir nu dans un champ de mine est à peine plus risqué – encore que, cela dépende de l’âge des mines.

 

Sans rire.

 

Quand vous attaquez l’audiovisuel, vous passez directement dans la catégorie méchants, rayon triperie. Du coup, les règles d’engagement changent drastiquement. Parce que tout ce que vous avez toujours entendu sur ce milieu est vrai, à la virgule près.

 

Le plus beau dans tout ça, c’est que vous allez monter à l’abordage avec exactement les mêmes moyens qu’en BD.

 

A savoir aucun.

 

S’il y a un code – plutôt un ensemble de règles incitatives, comme dirait l’autre – tous les coups sont permis. On ne fait généralement pas de quartier, et encore moins de prisonnier.

  

De fait, vous, scénariste, tout ce que vous avez pour vous, c’est votre script. Guère plus, mais guère moins.

Cela vous rend tout à la fois extrèmement vulnérable, mais également potentiellement extrèmement puissant. Tout dépend de quel côté du canon vous décidez de vous placer. (Oui, je le précise : vous décidez d’une bonne partie de l’équation)

 

 

Vulnérable, bien évidemment, parce qu’auteur débutant, vous ne connaissez personne, vous n’avez aucune idée des us et coutumes du milieu, et vous exercez cette activité à la fois très enviée et honnie par le reste de la profession. Rappelez-vous que tout le monde peut écrire, vous aurez une bonne idée des difficultés à venir.

 

Puissant, ai-je dit ? Alors je confirme.

 

Parce qu’un auteur débutant, ça n’existe pas dans l’audiovisuel. Comparaison n’est pas raison, mais : Shane Black, qui vendit le script de l’Arme Fatale pour 1 million de dollars. Il avait 25 ans, et il l’avait envoyé par la poste.

 

C’est le grand avantage de ce médium : à de très rares exceptions près, votre nom ne sera pas mis dans la balance pour la réussite ou non du projet. Du coup, tout ce qui compte, c’est ce qu’il y a sur le papier, ce que vous et vous seul réussissez à démontrer. Vous arrivez avec un produit fini, il est à vous – vous l’avez évidemment déposé au préalable – et à personne d’autre. Et vous en faites ce que vous voulez, avec qui vous voulez.

 

Vous n’êtes pas là pour vous faire connaître.

 

Tout simplement parce que la célébrité, cela ne concerne pas les scénaristes. Faites une croix sur la gloire et sur les filles, la première ne concerne que les acteurs et les réalisateurs, et les secondes les producteurs.

 

Vous êtes là pour l’argent.

 

 Vous n’êtes pas là pour « vous faire les dents ».

 

Merci, vos dents sont suffisamment longues et aiguisées comme ça, et le produit de vos ruminations est dans le script. Vous êtes là pour l’argent. Encore une fois.

 

 lI n’y a pas « ce qui se fait et ce qui ne se fait pas dans le milieu ».

 

Il y a votre script, il y a ce que vous avez décidé d’avoir et il y a ce que les gens qui sont intéressés par votre histoire – il va de soi que l’on parle du cas où il y a négociation ici – sont prêtsà payer pour l’avoir. Et au bout, il y a de l’argent.

 

Tout le reste, ce sont des foutaises inventées soit par les scénaristes eux-mêmes pour justifier leurs tarifs exhorbitants, soit par les producteurs – et surtout les chaines de télé – pour se réserver la part du lion.

 

  

On parle beaucoup d’argent dans cette note. Il y a une raison à ça.

 

L’argent, c’est la seule et unique préoccupation qui doit être la votre. Contrairement à ce que vous pensez, c’est la meilleure garantie de pouvoir réaliser votre projet artistique.

 
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2 décembre 2007 7 02 /12 /décembre /2007 23:10
Imaginez.

Avec un ami, éminent scénariste à ses heures perdues, vous avez trouvé un trésor.
Une montagne de thune.
De l'or comme s'il en pleuvait, dépassant vos rêves les plus fous - et Dieu sait pourtant que vous êtes barjo.

Enfin, un trésor, pas tout à fait.

Une carte, plutôt. Avec tout ce qu'il faut d'inscrit dessus, notamment le fameux "X" indiquant l'emplacement d'un Everest de brouzouf, plus que... ah, pardon, ça vous l'avez compris.

Bref.

Pour mettre la main sur ce fameux trésor, il vous faut monter une expédition. Mais c'est long, fastidieux, compliqué, et pour tout dire, vous n'y connaissez pas grand' chose en bateaux.


pirates.jpg


Très rapidement, vous trouvez des gens qui se proposent de vous aider. Ils connaissent des personnes qui peuvent fournir un bateau qui ne prend pas trop l'eau, un homme qui peut à peu près tenir la barre, et pour les détails -l'équipage - ils n'auront qu'à faire une annonce à la criée sur le port. Il ne leur sera pas compliqué de monter un équipage à peu près décent, que vous ne connaîtrez ni d'Eve ni d'Adam mais qu'importe, puis qu'on vous dit qu'ils sont excellents juges de caractère?

C'est un long voyage, dangereux, semé d'embûches, de tempêtes,  et de pirates en tout genre. Vous allez en baver comme tout le monde si ce n'est plus, à briquer le pont, à hisser la grand' voile, à tenter d'échapper à la dysenterie, le scorbut et les rats qui infestent le navire. Car bien que vous ayez la fameuse carte, sur laquelle vous veillez jalousement, y passant une bonne partie de votre temps et une proportion conséquente de votre énergie, vous êtes logés à la même enseigne que le reste de l'équipage.

Vous vous nourrissez de la même ration semi-avariée et vous n'êtes en rien convié aux décisions importantes, que le capitaine et ses seconds prennent bien au chaud dans la cabine du premier  - le capitaine (vous suivez un peu?). Il vous faut également d'éviter les dommages collatéraux des mutineries qui ne manqueront pas d'éclater en chemin, et échapper à la planche aux requins, qui sont paradoxalement plus nombreux à bord que dans l'eau.

C'est émacié, harassé, rincé jusqu'à la racine, mais bien vivant, que vous voyez votre périple toucher à sa fin, en ce jour béni où la vigie annonce que la terre est en vue. Vous pensez que ça y est, c'est fait. La fortune, la gloire et qui sait la postérité, sont votres toutes entières.

Alors qu'en fait, pas du tout.

Car bien que le capitaine et ses seconds n'en aient pas ramé une, ou si peu pour épater la galerie et raffermir leur autorité sur le reste de l'équipage une à deux fois par mois, une fois arrivés, ils deviennent subitement prévenants.

Vous avez travaillé si dur qu'il serait injuste que ce soit toujours les mêmes qui trimment. De fait, ils se proposent tout naturellement d'aller creuser pour vous.

Si vous êtes sages, vous aurez droit à un souvenir ou deux.






Voilà, résumé en peu de mots et dans les grandes lignes d'une métaphore piratesque, ce qui vous attend quand vous vous lancez à l'abordage du monde audiovisuel.

Dans une prochaine note, nous apprendrons ensemble quelques-uns des mots qui vous permettront de survivre sur l'ïle de la Tortue.

A commencer par "Non" ou encore "Il manque un zéro, je crois?". 


Pour les cas d'extrème urgence, il vous restera toujours le fameux "Encore une remarque comme ça, et je fais le tour de la  table  pour te mettre mon poing dans la gueule."  (Selon notre maître à tous, l'excellent Joe Esterhaz)                             
 





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13 novembre 2007 2 13 /11 /novembre /2007 01:27

Je sais.

JE SAIS, j'ai dit.

Ce blog est moribond.

Vous soupçonnez ma feignasserie habituelle d'en être responsable - en même temps que, pêle-mêle Wow, Halo 3, Assassin's Creed (oui, j'ai mes entrées), un p'tit poker de temps en temps, et mes séances de rattrappage cinéma sur Canal.

Je vous comprends, et vous n'auriez pas tort. Je suis presque prêt à vous concéder que vous frôlez la vérité. A part pour Wow - comme quoi tout passe, tout lasse.

Alors, oui, j'ai un certain nombre de notes en sommeil (lire, quelque part dans mon esprit dérangé) qui attendent d'être pondues, telles que "Lettre d'amour (vache) à un éditeur", "Le succès: comment l'obtenir en 10 leçons iconoclastes" ou encore la très attendue -n'en doutons pas - "Ode aux martyrs de la création: une bafouille sur les conjoint(e)s de scénaristes".


C'est promis, vous les aurez. Un jour. Prochain. Si vous êtes sages, et que j'en ai le courage. Promis, j'ai dit - et je tiens toujours mes promesses, cette note va vous le prouver, paradoxalement.


Cela dit.


D'une part, il est près d'une heure du matin, et je suis en train de vous mitonner une petite note. Voyez bien que je pense à vous, tout de même, mauvaises langues que vous êtes.

D'autre part, parfois, je travaille. Je vous jure, ça m'arrive.

D'accord, c'est pas fréquent, mes différents collaborateurs en savent quelque chose, les pauvres. Mais ça m'arrive, je le souligne.

Tiens, d'ailleurs, en parlant de ça - mes collaborateurs, pas ma feignasserie caractérisée frisant le cas clinique - j'en ai une bien bonne.


Pour bien comprendre cette anecdote, il faut rebrousser chemin dans ce blog et revenir aux débuts, lorsque seuls Internet et moi-même connaissions l'existence de ce blog. (Il se dit ici et là que cela a changé - modestement, cela dit)


C'était lors de ma fameuse semaine de la promo - qui sera prochainement enrichie d'une deuxième semaine, avec du rab' pour les amis, anciens et nouveaux.

J'y déclamais ma flamme à un jeune réalisateur surdoué, auquel je promettais monts et merveilles, et le script qui allait révolutionner le 7ème art. Un coup à nous faire entrer direct au Panthéon des plus grands, où nous irions piller le frigo de Fritz Lang et manger, avec les doigts et en en mettant partout, les deux pieds sur la table basse d'Orson Welles en saccageant le canapé de Stanley Kubrick. Rien que ça.

Je l'avoue, j'ai menti.

Plutôt, non. Ce n'est pas que j'aie menti tant que cela - d'accord, un peu quand même - mais "techniquement", j'ai un peu exagéré les choses.

C'est qu'il fallait le garder sous le charme, le jeune homme, afin de le faire patienter. Notez que de ce point de vue là, cela a marché, parce qu'il a patienté près de 6 longs mois. 6 mois durant lesquels il a rongé son frein. S'il m'a souvent relancé dans les premières semaines qui suivirent ma note, par la suite, ses coups de fil se sont espacés dans le temps. A la fin, c'est même moi qui devais l'appeler pour avoir de vagues nouvelles. J'ai pensé que j'étais tranquille, qu'il avait finalement renoncé à attendre quoique ce soit de votre humble serviteur. Bref, que je m'en étais encore sorti par un habile tour de passe-passe dont je suis coutumier, et pratiquement l'inventeur patenté, avec marque déposée, et tout le Saint Frusquin.

Sauf que je me trompais lourdement. Un coup à en défoncer la balance, je vous assure.

Il est revenu à la charge, le bougre, à la fin de l'été, plus affamé que jamais, plus volontaire, un véritable forcené de la touche "rappel".

Ironiquement, il a trouvé le moyen de me coller un autre réalisateur dans les pattes, qui cherchait (et cherche toujours, le projet est en cours, avec l'excellent Zaz à la manoeuvre comme co-scénariste) à développer une série télévisée, à vendre à une grande chaîne. Ou une moins grande. Et même pourquoi pas, une moyenne. Voire une toute petite.

Croyez le ou pas, ça, ça vous prend un temps fou. La série télé, j'entends. Ca vous omnibule, ça vous obsède, surtout quand vous biberonnez de la série US de qualité extra tous les jours ou presque - en tout cas très souvent.

Bref, vous l'aurez compris, vous avez à coeur de sortir le meilleur de vous-même, toutes ces idées génialissimes qui vont faire grimper le prix du spot de 30 secondes de pub les soirs de diffusion en prime-time.

Du coup, se concentrer sur un petit court de rien du tout, un petit polar fait avec des bouts de ficelle, c'est tout de suite beaucoup plus compliqué.

Et pourtant.

Quoiqu'il en ait toujours pensé et dit (haut et fort), François sait que ce court est toujours resté en tâche de fond dans mon esprit déjà pas mal occupé. Je me demande parfois, ces jours-ci, où je trouve encore de l'espace mémoire. J'avoue qu'il y a des moments où je sature et où je débranche le PC pour aller allègrement (ou rageusement, c'est selon mon taux de réussite) "fragger" du Ricain de 12 ans à la chaine, sur Halo 3. (Xbox 360, sachez reconnaitre l'ennemi, chers amis scénaristes)

Mais je m'égare - comme d'habitude.

Tout cela pour dire que par un concours de circonstances fort opportun – le Destin prend systématiquement 10% dans ce genre d'histoire, selon la formule consacrée du regretté Greg – soit, à savoir, l'occurence d'un week end prolongé et l'échec de François à décrocher la réalisation d'un clip d'une star finissante qui n'arrête pas d'essayer de revenir, je me suis retrouvé vissé sur une chaise, dans un café enfumé et glauque à souhait, François à mes côtés, à dérouler un script, une bonne fois pour toutes.

Quand je dis une bonne fois pour toute, il a quand même fallu attendre 24 heures, tard dans la nuit le samedi soir, pour que j'y mette un point final. Et l'envoyer à François qui, ravi, pouvait enfin se mettre à tirer des plans sur la comète dans son coin. Au moins, cela allait-il l'occuper pour un moment. Pensé-je.

A raison, mais pas dans le bon sens.

Je m'explique: le lundi suivant, soit donc 48 heures après mon point final, je recevai un appel entousiaste de François – auquel j'avais demandé de me tenir au courant, j'ai appris à tuer mes enfants, mais j'apprécie quand même d'être convié à l'enterrement. Qui m'annonçait triomphalement qu'il venait d'inonder Paris avec mon script, à direction de tout ce qu'il compte de connaissances dans le milieu du cinéma. Et croyez moi, ça fait un paquet de gens.

En vrai?

Je l'admets: cela m'a terrorisé. Pas longtemps, mais je l'avoue, j'ai flippé ma mère, comme on dit.

Comprenons-nous: cette histoire, je l'ai portée pendant des mois, si ce n'est un an, désormais. Alors la savoir lâchée à tous les vents, avec la perspective peu engageante de me griller auprès de tous mes contacts dans le cinéma – à savoir, ceux de François – dès le premier essai.

Hé ouais. Henscher, il fait son malin comme ça, mais en vrai, il est comme tous les scénaristes: un grand anxieux.

Contre toute attente, les premiers retours – des acteurs – ont été bons. Très bons, même. Limite entousiastes, se dit-il. Et puis, 72 heures plus tard, nous avions un producteur également entousiaste, qui a annoncé d'emblée qu'il voulait le traitement du long métrage à suivre, et plus vite que ça.

Oui, tout ça en moins d'une semaine.

Alors, me direz-vous, qu'est-ce que cela change, concrètement, dans la vie d'un scénariste?

Hé bien pas grand' chose. Vraiment.

Parce que maintenant, il va falloir trouver les financements, ce qui n'est pas gagné car le petit bijou est assez cher à faire. Rien que ça, c'est une montagne en soi, dont je ne doute pas cependant que mes chers producteur et réalisateur sauront la gravir allègrement – allez les gars, je suis de tout coeur avec vous.

Il y a pire: maintenant, j'ai un traitement de 20 à 30 pages à pondre.

Je vous ai déjà dit que la série télé me bouffait tout mon temps? Qu'il faut que je m'assure que Fabien, en pleine bourre dans la ligne finale de la colo du Seigneur des Couteaux, garde le rythme? Que je dois des pages à d'autres dessinateurs et que dans tout ça, j'ai eu une idée de génie, un coup à prendre Hollywood d'assaut à moi (presque) tout seul?

Bref, vous le voyez, sous mes faux airs de ne pas y toucher, parfois, je bosse.

Et vous savez quoi?
Hé bien ça fait un bien fou!

Parole de feignasse.

Les plus attentifs - également les plus courageux - auront cependant retenu l'information la plus importante, plus ou moins subtilement cachée dans cette note tardive. Si, si, il y en a une, relisez ce qu'il y a plus haut. En plus, c'est une bonne nouvelle. Allez, je vous la fais courte:

Après la BD, tonton Henscher met les deux pieds dans l'audiovisuel.
Jusqu'ici, on n'avait pas spécialement pleuré avec les petits Mickeys.
Et d'après ce que j'ai pu entr'apercevoir du 7ème art...

... c'est maintenant qu'on va réellement se fendre la poire.

 

 

 

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