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7 décembre 2009 1 07 /12 /décembre /2009 23:52
... je n'ai strictement rien écrit sur ce blog. Depuis plus de 6 mois, pour les distraits qui n'auraient pas compté les jours dans l'attente agonisante d'une nouvelle saillie du cru de votre serviteur.

La raison en est finalement assez simple:

Quand on a rien à dire, la meilleure chose à faire est encore de fermer sa grande gueule.

Ce que je fis, avec un certain brio, avouez le. Silence radio complet, plus personne sur les ondes, la paix, enfin!

La vraie raison est évidemment un peu plus complexe, mais elle tient principalement à une expérience que j'ai testée pour vous, et que bien entendu, je vous déconseille de reproduire à la maison. Si je ne suis pas un père pour vous. (En plus, pour fêter la reprise du blog, vous avez droit à une note fleuve)

Je l'avais déjà vu du coin de l'oeil.

J'avais remarqué sa façon pleine de concupiscence de tourner autour des jeunes auteurs, le verbe engageant - sur quatre albums en deux ans - le sourire complice, l'assurance paternaliste - "avec moi coco, quelqu'un va enfin exploiter ton talent" - et la promesse facile - "mais non on ne l'utilise jamais cette clause là, signe donc, on a du champommy au frais".

Ok. Cela fait partie du jeu. Et puis, tant qu'il ne venait pas jouer à ma table, il me semblait fort naturel qu'il récupérat tout ce qui lui semblait digne d'intérêt.

D'accord. J'avais pertinemment compris qu'il allait un jour s'intéresser à ce jeune dessinateur travailleur, plein de rage et de courage, dont les progrès spectaculaires ne pouvaient pas rester ignorés encore très longtemps.

Tout ça, c'est ce qu'on se dit avant. Avant de se retrouver comme un con, son script à la main, sur le bord de l'autoroute, tandis qu'on voit filer et l'éditeur, et le dessinateur - que l'on a soi même poussé à bord du bolide de l'éditeur à grands coups de pompe, notez, tout en étant bien conscient qu'on ne serait pas du voyage.

A ce moment là, croyez le bien, on a comme un goût étrange dans la bouche.

Reste à déterminer si c'est le fait de se retrouver avec son script sur les bras, ou si c'est parce que ce même script n'a pas convaincu ledit éditeur. Même si on se convainc assez facilement que l'éditeur est un béotien qui de toute façon ne comprend rien à rien et n'aurait pas su défendre le projet - forcément génial - que vos petites mains crispées étreignent. (Non, je pleure pas, c'est la poussière soulevée par le départ en trombe de la voiture de sport de l'éditeur.)

Ou est-ce parce que vous pressentez que le projet - pourtant pas mauvais du tout , loin de là - pour lequel l'éditeur a débauché le dessinateur n'ira nulle part, et que c'est un scandale de le voir perdre deux mois pour rien, quand vous auriez pu démontrer que non, décidémment, ça ne passerait pas, ce truc?

Soyons honnêtes.

La vérité vraie, toute nue telle qu'en elle-même et en plein jour, c'est que vous n'avez plus l'habitude. Vous pensez que vous avez suffisamment fait vos preuves. Vous êtes convaincu que désormais, les éditeurs porteront un oeil un peu plus attentif à ce que vous leur proposez. Et au fond de vous, vous ne voulez pas croire qu'ils pourront vous dire non. (Et pourtant, il était bien ce projet, s'il s'était donné la peine de le comprendre, d'en discuter avec vous - car tout cela s'est fait par mail interposé entre le dessinateur et l'éditeur, qui ne vous a pour ainsi dire jamais adressé la parole, le taquin)

Hé ben si. Et un non bien sec, bien ferme, avec ça, façon "tu es gentil mais maintenant, ton pote et moi, on a des choses à faire."

Et ça, vous ne le supportez pas. Au départ, cela vous met dans une colère noire, une rage inextinguible, au cours de laquelle vous vous dites qu'on va bien voir ce qu'on va voir et que vous allez en faire quelque chose qu'ils vont regretter d'avoir décliné.

Au départ.

Ensuite, vous commencez lentement à comprendre. Cela se fait par petites touches, qui s'aditionnent graduellement, jusqu'à former ce grand néant qui vous entoure.

Ce manque d'appétit pour tous ces projets que vous multipliez dans tous les coins, cette lassitude polie qui vous envahit quand vous relisez ce que vous écrivez, cette incapacité à pondre ce petit brûlot politique que vous avez rêvé pendant des mois, et ce sentiment généralisé qu'au bout du compte, à quoi bon tout cela?

Le diagnostic est d'une limpidité minérale. Vous le saviez déjà, mais là vous êtes forcé de l'admettre tout haut.

Créativement, vous êtes crâmé.


Complètement.

Cuit, recuit, carbonisé.
Hou, la grosse surprise.
(L'irremplaçable Greg)

Et vous avez des contrats à honorer.

Alors, me direz-vous, que fait-on dans un cas pareil?

On se fait une raison et on agit en professionnel, mesdames messieurs.

On réduit drastiquement la voilure, on ferme tous les projets non prioritaires, et on reporte ce qu'il nous reste de jus sur les séries signées. Pour lesquelles, Dieu merci, on trouve toujours la ressource nécessaire, même dans la douleur, même au prix de séances devant le clavier qui feraient passer certaines tortures chinoises pour de doux amuse-gueules.

On souffre mais on avance, parce qu'on n'a guère le choix. Et parce qu'on sait au fond de soi qu'on n'a pas fait tout ce chemin pour crever dans le fossé.

Ne vous méprenez pas: je crois que je n'ai jamais été aussi zen et heureux que lors de ces six derniers mois. Il faut dire que la bande d'arrêt d'urgence, c'était courant juillet.

Après, il y a eu le 20 juillet.
Ce qui a considérablement simplifié les choses, car la mise en perspective a été aussi soudaine qu'élémentaire. Toute cette aventure pouvait s'arrêter du jour au lendemain, j'avoue que cela m'était parfaitement égal. Si, si, je vous assure. Oh, je serais passé à côté de mille et une aventures trépidantes dont je vous entretiendrai bientôt, et je l'aurais sûrement regretté, un jour de mauvaise pluie.

Mais très sincèrement, c'était le benjamin de mes soucis à force d'en être le cadet.

Car tout ça, l'écriture, la gloire que l'on cherche vainement ou encore l'argent, si précieux à tout scénariste qui se respecte, tout ça ne durera pas.

La différence, c'est que je sais maintenant que je n'en mourrai pas.

Et rien que pour ça, ces six mois de silence valaient vraiment la peine.

Toutes les bonnes choses ayant une fin, tonton Henscher reprend l'antenne et la plume, pour votre plus grand malheur. Mais vous aimez être un peu rudoyés, avouez le.


...

...


Vous dites? Qu'est-ce que le 20 juillet a de si spécial?

Oh, mille excuses.

La réponse en image - et profitez en, c'est la seule unique que vous verrez jamais - avec ce petit effet de flou criant de vérité, que les meilleurs magazines people nous envient.



La prochaine fois, un sujet totalement différent: le marketing dans la BD, du point de vue de ceux qui le font - le marketing. Curieusement, on sera encore dans l'émotion.

Ou la démonstration par l'absurde que votre serviteur peut parfois faire preuve de compassion.

(Même si, si je trouve l'empaffé qui a collé des pubs partout sur mon blog, il va passer un sale quart d'heure - je suis comme vous, je découvre. Mon conseil: addsblock et Firefox)


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Published by Henscher
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commentaires

Benec 06/01/2010 20:46


Ouh ! le vilain coup de blues heureusement vite chassé.
C'est marrant, je me souviens d'une discussion, aux Furieux, sur l'importance énOOOrme d'être scénariste jusqu'au bout des ongles ... ;))
Profitez bien de ces moments - hélas toujours trop courts - où il dort comme un bienheureux, en toute innocence ... Plus ça grandit, plus ça braille ^^


O'Brian 20/12/2009 13:31


Allez Tonton Papa, faut s'accrocher ! On ne va pas se rendre sans se battre =^.^=


maey 16/12/2009 22:09


Félicitations... à la maman aussi qd même...parce bon, ma femme n'a de cesse de me le répéter le plus gros du boulot...
mais je n'enfoncerai pas de sel dans la plaie, nous savons tous q même dans le domaine de la bd le plus gros du boulot...ce sont les dessineux qui le réalisent!!lol!!
Toujours un plaisir de surfer sur les quelques vagues de ce blog !


Igor Sandman 16/12/2009 16:04


Ben moi qui me lance dans l'écriture BD, c'est encourageant! Donc, note pour plus tard: faire un bébé. Ok c'est noté.
Merci et félicitations!
Igor Sandman


JmZ 10/12/2009 20:53


Ah ben bravo, tu te remets à bloguer parce-que tu as un gamin, c'est sa mère qui va être contente !
Bah félicitation, je comprends complètement ce que tu exprimes dans ta note. Ma fille à 15 mois :)
Et bon courage pour la suite, ça ne fait que commencer !


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