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11 juillet 2011 1 11 /07 /juillet /2011 23:15

Au bout du compte, c'est le golf qui m'a sauvé.

Ou qui vous a condamnés, c'est selon.


 

Je ne m'étais jamais rendu compte à quel point l'écriture avait de nombreux points communs avec mon sport favori. Vous partez de bon matin, rempli d'un espoir délirant, il fait beau, vous êtes d'une humeur à bouffer du lion et une partie du reste de la savane, et l'horizon azuré est riche de promesses de récompenses au delà de votre imagination - que vous avez pourtant redoutablement hypertrophiée. 


 

Forcément, cela ne dure pas. 

Evidemment, les choses ne tardent pas à se gâter. 


 

Vous vous mettez dans des situations impossibles, et la promesse d'une promenade de santé se transforme aussi sec en parcours du combattant au travers d'un enfer dont vous ne soupçonniez pas l'existence. 

 

Au golf, quand tout commence à se détraquer, vous avez beau y faire, vous courez de Charybde en Scylla. Le pire, c'est que vous pouvez toujours vous en prendre à votre club, à la balle, au tracé du parcours, la vérité toute nue, c'est que vous faites partie du problème. C'est même plus que cela, puisqu'en réalité, vous êtes le problème.

 

Hé bien l'écriture, c'est un peu pareil.


C'est même parfaitement identique. 

 

Vous résumer ces 18 derniers mois relèverait un peu de la gageure, et d'un travail de titan que j'aurais du mal à fournir. Mais tout de même. 

 

Tout d'abord le Banni.


Après une campagne marketing du tonnerre qui a inondé le festival d'Angoulême, nous faisant croire, l'espace de quelques jours que ça y était, nous étions des rock stars, une enfilade d'interviews en rafale, et des critiques ma foi plus proches du dithyrambique que de la descente en flammes, en dépit donc de tous ces handicaps qui feraient frémir le premier auteur venu, le bouquin a trouvé le moyen de se vendre. 

 

stand Lombard 2010

(Hé oui, quand même, mine de rien. Tout de suite, on se sent une sorte de Mick Jeager. En plus jeune, et plus barbu)



Plus que correctement, même, puisque la barre symbolique des 10 000 exemplaire a été franchie, soustraction faite des retours - nous sommes donc allés bien au delà dans un premier temps. 

 

Quand on sait qu'un premier album se vend en moyenne entre 1500 et 2000 exemplaires, 10 000, cela vous met sur la carte. S'ils ne l'ont pas lu, les gens en ont entendu parler. 

 

Bref, pour un départ canon, cela se pose un peu là. Vous enchainez avec le tome 2 dans la foulée - la nuance est importante -  et là, la seule limite, c'est l'espace lointain. 

 

Or, fidèles lecteurs, vous le savez aussi bien que moi. De tome 2 du Banni, il n'en fut point dans l'année qui suivit. Et pour tout dire, il n'en est toujours point, à l'heure à laquelle je réanime ce blog aux palettes chargées à 200. 

 

Pas plus qu'il n'est de tome 2 du Seigneur des Couteaux, vous l'aurez également remarqué - et tant de sagacité m'honore, je ne mérite pas un public tel que vous. 

 

Enfin, vous avez encore moins entendu bruisser le microcosme de ma prochaine série, et pour cause: il n'y en a pas. Oh ce n'est pas faute de ne pas avoir fait le tour des éditeurs, surfant sur ma gloriole encore fraiche, battant le fer tant qu'il était tiède. J'ai bien tenté de monter plusieurs projets dans la foulée, mais ils se sont invariablement soit écroulés d'eux-mêmes, soit échoués sur les rives inhospitalières des refus des éditeurs. 

 

A tel point qu'à un moment, j'ai décidé de me replier en bon ordre, et de patienter en faisant le gros dos et en espérant que cela passerait, que mon swing reviendrait, que ma vista sur le green se manifesterait à nouveau. 


 

Ce qui est, je vous l'accorde, une erreur monumentale. 


Quand le bateau prend l'eau, refuser de nager au prétexte que la cabine de première classe ne remplit plus les conditions décrites dans la brochure, n'est pas exactement la façon la plus constructive de résoudre le problème. 


 

Du coup, on boit la tasse.

Ce que je fis, dérechef. 


 

Oh, n'allez pas croire que je suis resté inactif. Si mon clavier a rarement eu l'incomaprable plaisir de ma compagnie, j'ai tout de même assuré les contrats en cours. Ainsi, l'intégrale du Seigneur des Couteaux est-elle livrée, dessins couleurs et textes depuis février, et j'ai bon espoir qu'elle sorte en catimini à la faveur du mois d'août. Ce qui sent le four, puisque, s'il n'y a pas ou peu de sorties durant l'été, il y a encore moins de lecteurs dans les librairies. 

 

Et puis, vous le savez bien, c'est la crise. On vous bassine suffisamment avec ça tous les jours, mais croyez-moi, pas autant qu'on le rabâche aux auteurs. 

 

De même, le tome 2 du Banni avance. Lentement, mais sûrement, son retard étant du à des accidents de la vie dont aucun auteur n'est protégé, et qui prennent parfois le pas sur la table à dessin. Cette excuse ne satisfera sans doute pas les lecteurs, ces bouffis d'ingratitude qui ont déjà oublié cette série et qui feront donc assez peu cas de la suite des aventures d'Hector, mais c'est la seule qui soit. 

 


Notez que j'aurais sincèrement préféré vous avouer que Tarumbana et moi avons passé 12 mois dans les iles, à compter nos dollars et à vivre au soleil de rhum coco et de fruits de la passion. Si seulement! 

 

Même pas. 

 

 

Mais hormis ces deux séries, je n'ai rien écrit pendant un long, long moment, vivant sur le matériau accumulé durant la période où je mulitpliais les projets tous azimuths - ce qui fait quand même une sacrée quantité de texte, me suis-je rendu compte l'autre jour.

Pas plus que je n'ai entrepris de dessinateurs, à de rares exceptions près, dont les résultats se font encore attendre. C'est dire si cela valait la peine de les démarcher. 

 

Je me suis sans doute un peu aigri en cours de route. Juste ce qu'il faut, et temporairement. J'ai surtout beaucoup réfléchi, et j'ai énormément remis en cause un nombre incalculable de priorités, de vérités, de principes sur lesquels je fondais mon activité il y a de cela 18 mois. 

 

Et je me suis remis au golf. 

 


J'ignore ce que j'y ai retrouvé, une certaine tranquilité d'esprit, une forme de sérénité, suffisamment de recul, voire - un comble! - beaucoup d'humilité. Ce que je sais, c'est que lorsque je me suis rassis à mon bureau il y a déjà quelques temps de cela, tout ce que je pensais vrai il y a 18 mois l'était toujours.


Les histoires qui me hantent, les personnages qui me murmurent à l'oreille, mes envies de repartir à l'abordage des directeurs de collection, mon exaspération devant l'indigence de 99% de la production actuelle, mon goût des rencontres avec des artistes inattendus, ma faim de cette infinie liberté qu'on ne trouve que difficilement en dehors de l'écriture, tout cela était là, intact, inaltéré.


Inachevé. 


Alors je me suis remis à écrire. 

 

 

 


 

Et c'est bien fait pour vous.

 


 


 


 


 


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Published by Henscher
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commentaires

Obrian 23/08/2011 12:55


Tiens, ça fait plaisir de voir que tu es encore vivant =^.^=
Faudrait trouver un moment pour causer à l'occaz, je suis sûr que tu as plein d'autres choses à raconter ;-)

A+ !


Nerval 12/07/2011 14:33


Cool, bonne nouvelle note pour ressusciter ce blog !


Ed 12/07/2011 08:47


Plus qu'heureux de te retrouver dans cette note qui fleure bon "le scénariste qui en veut et qui va casser la baraque !". Heureux également de savoir que tu t'es remis au golf... euh, à
l'écriture... Et que tu risques de nous pondre encore quelques albums qui feront de toi, n'en doutons point, le futur Mick Jagger de la BD.
Tiens bon la barre camarade ! Je n'ai point oublié le Banni ! Pire, je l'attends !!! Quand je pense qu'après tu taxes tes lecteurs d'un manque de fidélité ! ;-)


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