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26 juillet 2011 2 26 /07 /juillet /2011 23:01

Ce soir, on va faire dans la violence gratuite. 

 

Parce que c'est mon blog, que j'y fais ce que je veux, et que, il faut bien l'avouer, c'est fichtrement rigolo. Et comme je n'ai pas le temps de faire court, cela va être long, en plus d'être douloureux.

 

C'est une histoire fort amusante, bien qu'à la morale navrante, que vient de vivre le patron de l'Immanquable, mensuel qui se propose de prépublier tous les 30 jours des albums fort différents, venant de tous horizons, que ce soit des grands éditeurs, ou de certains, plus modestes, activité fort louable s'il en est. 

 


 

 

Dans l'affaire qui nous intéresse, l'Immanquable se proposait de faire découvrir de jeunes auteurs - je cite "des auteurs ayant déjà publié un ou deux albums" - en publiant des histoires inédites - et complètes -qu'ils auraient dans leurs cartons. Bref, quelques gouttes de sueur, quelques perles de sang, une broutille. Mais attention, que de la qualité, tenue correcte exigée à l'entrée et on a dit pas de baskets. 

 

Ce contenu inédit, il proposait de rémunérer grassement lesdits auteurs au tarif mirobolant de 30 euros par planche. 

 

30 euros, tout compris: dessin, scénario, couleur. 

C'est pas de l'amour ça?

 

Pour donner un ordre d'idée à ceux de nos lecteurs qui seraient novices en la matière, les contrats les moins bien rémunérés - je parle des cas où avance il y a - tournent autour de 50 euros par planche.

 

Pour le scénario, uniquement. 

 

Vous trouverez sans doute pire chez quelques éditeurs vraiment fauchés - ou très peu scrupuleux - mais ils sont rares. Et dans tous les cas de figure, vous êtes assurés de confortables pourcentages en droits d'auteur, et de la conservation d'un pan non négligeable des droits secondaires, ce qui peut tourner au jackpot dans le cas, assez peu probable il est vrai, où de votre tirage ultra limité sortirait le nouveau best-seller. 

 

Tout fier de son idée, ledit fondateur s'empressa d'envoyer le mail repris par ActuaBD à ses contacts professeurs dans les écoles de BD - qui comme on le sait, pullulent d'auteurs ayant déjà sortis une paire d'albums. Et n'écoutant que son entousiasme délirant, il rajouta des auteurs de ses connaissances, préférant ratisser large. Après tout, pourquoi se priver?

 

Là dessus, il prépara ses valises pour partir en vacances - les esprits chagrins persifleraient en disant que ce n'est pas avec ce qu'il proposait aux auteurs que ces derniers iraient se reposer dans l'ile de Beauté. Que voulez-vous, les gens sont méchants.

 

Que croyez-vous qu'il se produisit? 

 

Hé bien, comme le relate fort justement l'article, bien que partiellement, pour des raisons de place aisément compréhensibles, le mail fit trois fois le tour de ce qu'Internet compte d'auteurs de BD, qui hurlèrent comme un seul homme et une seule femme, au scandale. 

 

A raison, bien entendu. 

 

De cette anecdote rendue savoureuse par l'écho que lui fit Internet, on peut faire au moins deux constats. 

 

Tout d'abord que, contrairement à ce que disent les très mauvaises langues - dont certains journalistes BD et non des moindres, ils se reconnaitront, les coquins - le SNAC BD (indispensable, salvateur et visionnaire, dont il faudra que je vous parle très prochainement), ce ramassis d'auteurs aigris et volontiers marxistes arriérés, n'a pas eu besoin de téléguider, ainsi qu'il le fait à son habitude selon ses détracteurs, la colère de la base.

 

Car voyez-vous, à ce moment là, nous étions en effectifs tellement réduits que sur le coup, nous n'avons pas réagi à cette énième avanie. Nous avons des problèmes bien plus sérieux et plus urgents, et pas assez de bras pour les traiter - volonatires bienvenus, déclarez-vous, je ferai suivre.

 

C'est ballot.

Pour une fois, c'est pas nous.

 

Non, ce sont bien les auteurs, dont une grande majorité n'a aucun lien avec le poil à gratter du 9ème art, qui se sont légitimement insurgés contre un tarif forcément scandaleux, à la limite d'une attitude toute méprisante, visant à sous-entendre que les jeunes auteurs se paient de peu, et surtout de la lumière que l'on daigne projeter sur eux. 

 

D'ores et déjà, la "polémique" qui s'ensuivit - et qui ne touche bien évidemment que le microcosme de la BD - démontre à elle seule le malaise palpable qui règne chez les auteurs, décorellé de toute affabulation dont on accuse généralement le SNAC BD.

 

Nous ne sommes finalement que la caisse de résonnance un peu organisée d'un mouvement beaucoup plus généralisé, et l'expression d'un mal beaucoup plus répandu que ce que à la fois les éditeurs et la presse veut bien reconnaitre. 

 

D'autre part, cette affaire met en lumière le fossé qui sépare désormais même les plus farouches défenseurs de la BD - au premier rang desquels on a toujours trouvé le patron de l'Immanquable, qu'il en soit remercié ici - et les auteurs. Chacun étant en effet tout entier focalisé sur sa propre survie, fut-ce au détriement des autres. 

 

Car le pire dans cette histoire, c'est que la proposition de l'Immanquable fait du sens - payer, même de façon très symbolique, les auteurs, tout en préservant l'équilibre financier déjà fort délicat du magazine.

 

Le plus navrant, c'est que le patron de l'Immanquable pensait réellement bien faire, et se retrouva sincèrement étonné, voire époustouflé, de la virulence des réactions que son projet a suscitées. 

 

Il n'avait tout simplement aucune foutue idée de l'état de délabrement dans lequel se trouve notre profession et partant, il ne pouvait absolument pas prévoir que, se prendre une gifle pareil de la part d'un de ceux qui sont sensés nous soutenir, cela serait en quelque sorte une de ces goutelettes qui font déborder bien des vases, même en pleine sécheresse. Je ne lui jeterai pas la pierre, et personne ne le devrait. 

 

Au contraire, nous devrions le plaindre. 

 

Ce que Frédéric Bosser n'a pas pu prévoir, les éditeurs l'ont encore moins bien compris - ainsi que le non débat sur la BD numérique l'a bien montré. 

 

Ce monde-là, l'ancien monde de l'édition BD, si familier durant ces 50 dernières années, est en train de mourir. Sortez les mouchoirs, ça va très mal se terminer.

 

Ce constat, que quelques grammes de lucidité de manqueront pas de vous démontrer, à la lumière de ce qui se passe en ce moment dans le milieu, s'impose de lui-même. 

 

Cela n'ira pas sans heurt, sans larme, et sans une quantité impressionnante d'hémoglobine sur les murs. Personne n'a dit que ce serait facile. Ni rapide, d'ailleurs. Le système a encore de beaux restes, de quoi agoniser encore 5 ou 10 ans. Mais c'est inéluctable. Les éditeurs, la presse le savent. Il serait grand temps que les auteurs le réalisent, et commencent à prévoir la suite. 

 

Mais puisqu'en France tout finit en chansons, tant que le bateau continuera de flotter, l'orchestre continuera de jouer. 

 

Wanna dance?

 


 



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Published by Henscher
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Deshauteurs 13/09/2011 16:00


Bonjour j'ai découvert votre blog grâce à Madd.
Votre note est très intéressante cela dit ça manque d'une conclusion que voulez vous dire par il est temps que les auteurs se rendent compte que le monde de la BD à changé, quels conclusions en
tirer, comment évoluer dans le bon sens selon vous. Bah du coup c'est un peu la même question que le lecteur précédant.

Je lis vos note avec beaucoup d'intérêt il est rare qu'un scénariste exprime ainsi sur le milieu de la BD.


Super-batou 05/09/2011 19:35


Tu soulèves un problème intéressant mais n'en donne aucune solution (ce n'est pas une critique, hein, juste un constat). Pas même une piste de solution. Quelle marche à suivre selon toi?
Cordialement.


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