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14 janvier 2008 1 14 /01 /janvier /2008 23:14
Ne vous excitez pas, je n'ai strictement aucune idée de ce que je vais bien pouvoir vous dire ce soir. Mais puisque c'est de saison, on va causer un peu succès, et la voie la plus rapide - que dis-je, l'Autoroute - pour y accéder.

Nous avons déjà vu deux ou trois astuces de grand débutant pour bien se faire voir du public - choisir son meilleur profil, réciter sa leçon avec application, et bien souligner combien l'ouvrage défintif sur la question que le lecteur tient entre ses mains est le fruit de longues et minutieuses recherches.

D'accord.
Mais ça, ça ne vaut que le prix du papier et de l'encre.

Vous pouvez faire mieux.

En BD, en tant que scénariste, vous avez un ennemi héréditaire, votre dessinateur. Servez-vous en.

Vous avez couché sur le papier l'une des cinq histoires mythiques qui marquent une décennie, quand ce n'est pas l'album de la génération. La fulgurance de votre propos vous éblouit vous-même et vous sortez tout juste d'une longue transe, nécessaire au retour de ce long voyage qu'est toute quête narrative ascétique telle que la votre.

Et vous découvrez votre première critique.
Assassine, forcément.

Qui plus est, dans un magazine incontournable pour tout fan de BD qui se respecte.

Ce même magazine qui avait publié cette lumineuse interview de vous-même en double page, juste entre l'énième biographie interdite d'Hergé et les planches du dernier Loisel, vous consacrant, à juste titre, comme la star d'entre les stars que vous avez toujours été.

Vous dites? Non, le dessinateur n'avait pas pris part à l'interview.

Et c'est bien normal. L'homme - ou la femme - de lettres, c'est vous. De plus, il est fortement déconseillé de mêler un dessinateur à toute conversation de grandes personnes où sont employés des termes un peu trop techniques pour lui. Ca a tendance à le déstabiliser, et ça fait tourner les planches comme le lait.

(Bref, préservez absoluement votre dessinateur de tout ce qui est interview et discussion sur les droits d'auteurs.)

Le mot que vous cherchez est "dénégation plausible" ou "manoeuvre de contingence". En gros, courage, fuyez. En plus, ça va être facile.

Car pour vous couvrir, vous avez le meilleur allié du monde, toujours prêt à vous soutenir: votre dessinateur.

Expliquez à qui veut bien l'entendre qu'au départ, votre histoire était bien plus complexe que cela, avec des personnages riches en contradiction et confondants d'humanité, lesquels vivaient des aventures hors du commun - on parle de budgets astronomiques, là.

N'oubliez pas de préciser que le premier lecteur, avant toute chose, c'est le dessinateur. Et qu'en tant que tel, il a eu une énorme influence sur les choix défintifs. Bref, en sous-main, les gens qui comptent comprendront à quel point ce sagouin a massacré votre chef d'oeuvre.

En plus, vous l'aurez tellement sevré pendant les longs mois de réalisation et de promotion de l'album, le baillonnant durant les dédicaces, qu'il sera chaud comme la braise et montera au créneau. Comme un seul homme.

Et c'est bien l'objectif de l'opération. Vous désolidariser totalement de lui, et le laisser prendre les coups.

Vous y gagnez sur tous les tableaux.

D'abord, parce qu'indépendamment d'une bonne ou une mauvaise critique, vous pouvez tout à fait vendre un album. Et bien le vendre.

Ensuite, parce que votre dessinateur sera tellement touché dans son orgueil qu'il voudra à toute force se refaire sur le tome 2. Vous allez bénéficier d'un deuxième tour gratuit.

De plus, vu qu'il refusera désormais tout contact avec la presse, cela vous laisse le champ libre pour rafler un maximum d'exposition. Profitez-en, c'est pour vous, c'est offert par la maison.

Enfin, parce qu'échaudé par l'expérience, il écoutera plus docilement vos remarques et en tiendra d'avantage compte que par le passé.  Et ça, ça n'a pas de prix.

Dans le doute, à la sortie du tome 2, recommencez.
Car c'est comme le bon vin, ça se bonnifie avec le temps.

Dans une prochaine note, nous étudierons comment vous arranger pour tirer parti du cas inverse.








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Published by Henscher
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commentaires

Djib 15/01/2008 07:21

Un sadique vous dis-je.
C'est homme est un sadique.
Doublé d'un sacré esclavagiste en plus...
Loués soient ses dessinateurs !! :)

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  • : Mis à jour de façon aléatoire, Fragments est le champ de tir du scénariste Henscher. Il y traite avec un humour féroce des aléas de la vie d'un scénariste débutant (mais publié). Attention aux éclaboussures de vitriol. Et mettez les patins en entrant.
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