Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
21 octobre 2007 7 21 /10 /octobre /2007 23:58
C'est assez singulier, mais c'est la vérité toute nue.

Vous n'avez pas besoin de particulièrement bien écrire pour publier.  Le talent littéraire serait plutôt un handicap. Paolo, Marc, Maxime et les autres l'ont largement démontré pour nous.

Entrez chez votre libraire favori et chéri (chérissez toujours votre libraire, vous comprendrez pourquoi plus loin dans cette note). Regardez les livres mis en avant, à l'entrée, bien en vue. Ouvrez-en, un, deux, trois. Lisez quelques lignes.

Oui, je sais, c'est atroce.

Ne partez pas vous suicider tout de suite. Si ces livres se vendent, ce n'est pas pour la qualité du style de leurs auteurs, ni pour ce qu'ils apportent comme contribution à la littérature.

Comprenons-nous bien, je ne dis pas que tout ce qui a du succès est mauvais. Et encore moins que ces auteurs ont volé leur succès. C'est même tout le contraire, d'ailleurs, d'un certain point de vue.
Même le petit Maxime C. a un talent fou, qui manque à beaucoup d'entre nous, dans la très vaste majorité.

Tous ces auteurs ont compris et accepté une idée qui peut paraître révulsive à première vue: le talent, c'est un métier. Le succès aussi.

De fait, suer jour et nuit sur votre manuscrit n'a qu'un intérêt très limité.La bataille se gagne toujours à l'extérieur, en terrain découvert, jamais dans l'intimité de votre bureau. Et la victoire décisive s'obtient en fourbissant votre argumentaire de vente. En clair, là où vous pensez vendre des livres, en fait, c'est vous que vous vendez, avant toute chose.

Vous ne vendez pas une histoire, vous vendez une oeuvre, dont la pièce maîtresse n'est autre que vous-même. Vous vendez ce qui fait que vous valez d'être remarqué, porté aux nues, distingué du reste du commun des mortels.

Que vous soyez un architecte qui, passé la quarantaine, a laissé tomber son métier pour se confronter aux affres de la "vraie" création afin de laisser une trace à son fils, et qui a fini par vendre les droits de son premier roman à Steven Spielberg, ou bien un jeune prodige travailleur qui a sorti le polar français de son nombrilisme socialo-glauque et qui a prouvé qu'un auteur français pouvait écrire à l'américaine, la problématique est la même.

Vous vendez une histoire, certes. Mais cette histoire, c'est avant tout la votre.

Si vous ne savez pas pitcher cette histoire là, si vous vous contentez benoitement de penser que la littérature passe avant le reste, que la force de vos mots convaincra le public de vous donner massivement son obole, vous n'y êtes pas du tout.

Au mieux, vous êtes particulièrement optimiste - car le succès peut vous tomber dessus par surprise, sans même que vous l'ayiez demandé ou recherché, si, si, cela arrive. Si la cristalisation d'un succès de librairie de qualité est évidemment délicat à obetnir, il peut bien entendu survenir. Il prend souvent sa source dans un soutien passionné de nombreux libraires, qui auront pris le risque de conseiller et de mettre en avant ce roman écrit par un(e) inconnu plutôt que le dernier best-seller. Cela peut prendre du temps, mais finalement, qu'est-ce qui n'en prend pas?

Au pire, vous allez finir complètement fou. C'est que ça peut faire particulièrement mal, de voir des auteurs à la plume plus que médiocre faire le tour des plateaux télé, vendre les droits de leurs livres vite et mal écrits à des producteurs de cinéma pour des sommes folles. Ca peut finir par vous vriller le cerveau, un truc comme ça.

Faut pas vous faire autant de mouron, au contraire.

De toute façon, tout le venin que vous lâcherez sur ces plumitifs de bas étage, c'est autant d'énergie que vous ne mettrez pas dans votre plume. Ou, plus important, dans la longue course d'obstacles qu'est le chemin vers la publication. Alors cessez de vous lamenter immédiatement et regardez un peu les choses de façon objective.


Vous voulez que je vous dise quel est votre problème avec tous ces soit-disants auteurs?

La jalousie. Pure et simple. (Ouh, que c'est vilain, d'être jaloux comme ça!)

Oh, il ne s'agit pas forcément des millions d'albums ou de livres qu'ils écoulent à chaque fois que leur cerveau produit une demi-idée. Ni de leurs fans énamourés qui propagent la bonne parole à travers le Net, les cons.

Non, ce que vous leur enviez réellement, c'est la dose de confiance, uniquement transportable par porte-container, qu'il leur faut pour se pointer chez un éditeur et lui vendre leur prose. Et cette absence la plus complète - le vide sidéral- de la moindre trace de doute résiduelle dans leur esprit, laquelle leur permet de dire à qui veut l'entendre qu'ils font oeuvre d'écriture. Certains gagnent même des médailles et des prix avec ça.

Tout cela vous fait horreur.
Bravo, c'est tout à votre honneur.
Mais maintenant, soyons sérieux.

Il va falloir vous y mettre, vous aussi.

Il va vous falloir acquérir cette capacité de démonstration totalement décomplexée de l'intérêt littéraire majeur de ce que vous proposez et, plus important encore, de l'intérêt économique KOLOSSAL qu'il représente - pour faire simple, vous êtes la poule aux oeufs d'or.

Oui, je sais. Cela viole un nombre certain et particulièrement élevé de règles de bienséance et de bon goût littéraire.

Ces règles là, il va falloir les oublier.
Et en apprendre quelques unes, simples et radicalement efficaces.
Mais, je vous préviens tout de suite, particulièrement nauséabondes.
Le plus beau, c'est que cela ne veut pas dire que vous écrirez de la merde.
Je vous l'ai dit: tout cela n'a qu'un rapport lointain avec la littérature.

Partager cet article

Repost 0
Published by Henscher
commenter cet article

commentaires

Sév 22/10/2007 14:12

C'est décidé, je sors mon book, le jour de ma mort.
Route bonne.

Présentation

  • : Le blog de Henscher
  • Le blog de Henscher
  • : Mis à jour de façon aléatoire, Fragments est le champ de tir du scénariste Henscher. Il y traite avec un humour féroce des aléas de la vie d'un scénariste débutant (mais publié). Attention aux éclaboussures de vitriol. Et mettez les patins en entrant.
  • Contact

Recherche