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2 octobre 2007 2 02 /10 /octobre /2007 21:42
Aujourd'hui, on va causer littérature.

Mais avant, quelques mots sur mon nouvel ami imaginaire, appellons le Maxime. Maxime C. Parce que ça fait classe, le C. Et vous allez voir, tout est lié, y compris ma dernière note. 

Maxime C., c'est un peu mon idole. Une sorte de modèle. Un exemple à suivre pour nous tous, auteurs en herbe qui tentons péniblement mais consciencieusement de produire quelques modestes histoires, en espérant y insuffler une once de talent et de sens. Voire, d'y tenir un propos à peu près intéressant. 


A nous tous, donc, puisque je m'inclus dans la masse laborieuse, Maxime C. a montré la voie. 


Il l'a même carrément tracée au bulldozer. 


Il va de soi que je n'ai jamais eu le plaisir de le rencontrer, mais il a l'air d'un garçon charmant. Du moins, si j'en juge par la splendide photo pleine page couleur qui ouvre mon nouveau livre de chevet - appellons le l'Ame du Mal. Certes, la photo en question a tout de la gravure de mode tirée tout droit d'un catalogue des 3 Suisse des années 80. Et la Suisse, il doit connaître, vues les palanquées d'ouvrages qu'il fourgue au public à chaque nouvelle sortie. 

Un bulldozer, vous dis-je. Mais attention, avec un petit air coquin et une belle gueule, pour  mieux vous accueillir dans son livre, mesdames.


Le-Petit-Maxime.jpg

Certes, le petit Maxime n'est pas exempt de quelques maladresses, mais elles sont très probablement dues à son statut de jeune auteur débutant, donc je ne vais pas en parler.

Ou alors très brièvement, car il faut rétablir quelques contre-vérités assez injustes.

Par exemple, je ne mentionnerai pas ses avant-propos systématiques expliquant combien il a travaillé dur sur son nouveau livre, annonce qu'il répète fort oportunément -pour le lecteur un peu distrait - dans son après-propos, en fin d'ouvrage. 

Dans la même veine, je passerai sous silence l'extrème inélégance consistant à ne donner que les initiales des gens qui ont contribué à l'écriture de son roman. C'est à mon avis plus le fait d'une délicatesse décidément bien rare chez les auteurs modernes, afin de préserver le légitime désir d'anonymat de ces quidams. Rien à voir, donc, avec l'impérieuse nécessité quasi égotique de ne voir figurer en toutes lettres que ses seuls noms et prénoms, plusieurs, un maximum de fois, partout, dans son livre. 

Ce que vous êtes mauvaises langues, tout de même. 


Enfin, je jetterai un voile pudique sur l'amour que le petit Maxime C. porte au Scrabble. (Marque déposée)
C'est cette passion torride pour ce jeu responsable de la mort d'innombrables dictionnaires ayant finis en projectiles improvisés, qui le pousse à toujours choisir les mots les plus riches pour définir ses personnages, leurs actions ou leur environnement.

C'est bien cela, et non une morgue et un mépris certains envers le lecteur lambda, qu'il s'agit d'épater à chaque chapitre, chaque paragraphe, chaque ligne, qui décide de ses choix du mot le plus compliqué, le plus abscond possible. 

Et puis, sinon, comment distinguer l'auteur du lecteur, si ce dernier n'est pas un tant soi peu (et généreusement) éduqué? Hein, je vous le demande?

Voyez comme vous êtes: le petit Maxime C. ne veut que votre bien.
Voire même, votre illumination.

C'est d'ailleurs pour ça qu'il a compulsé les mêmes livres et les mêmes films que votre serviteur, probablement à la même époque. Et c'est dans un grand élan de générosité humaniste qu'il a tout régurgité dans le désordre mais à peu près sous la même forme: Seven, le Silence des Agneaux, Bone Collector, Lovecraft, tout Thomas Harris, et une partie de Millenium.

Du même coup, il vous épargne la peine de tout lire et de tout voir. Un peu la même oeuvre de salubrité intellectuelle publique que, je ne sais pas moi, mettons, le Reader's Digest.

Hé, il y a mis du coeur, alors soyez gentils. Il le dit lui-même: il a même pris des cours de criminologie, rien que pour vous! Il a soigneusement pris des notes, qu'il vous fait même partager à longueur de chapitres, si c'est pas adorable, ça.

Oh,vous avez idée de ce que c'est difficile de prendre des notes à la fac? Non, sérieusement, avec les profs qui débitent leur cours à la mitrailleuse, qui ne prennent pas de question parce que sinon ce serait trop long?

Avouez qu'il vous fait une fleur, Maxime. (Oui, maintenant que vous le connaissez mieux, on peut l'appeler Maxime)

Oui, je sais, j'étais censé parler littérature.
Mais avant, je termine sur le petit Maxime.

Il a tracé la voie au bulldozer, disais-je.
Et je le redis: ce garçon a un talent fou.

Oh, certes pas pour l'écriture.

Non, au niveau littéraire, on frise les pâquerettes, entre une intrigue tellement convenue qu'on a l'impression de se retrouver dans un pitch-meeting à Hollywood durant les années 90, période faste des thrillers gentillets tels que Copycat ou La Toile de l'Araignée. et, il faut bien l'admettre, le roman à l'eau de rose dans la plus grande tradition du genre - la meilleure. Le tout sur fond d'images toutes plus... inventives les unes que les autres - lisez le à haute voix à votre conjoint(e), fou rire garanti, vous sauvez votre soirée après une engueulade bien copieuse. Je vous donne un exemple parce que je vous vois douter:

"L'orage grondait un félin titanesque. La nuit était déjà bien avancée et l'éclairage relativement tamisé de la bibliothèque - forcément occulte, NdR - n'aidait pas à conserver toute sa vivacité intellectuelle.
A plusieurs reprises, Brolin -
c'est le héros, Josh(ua) Brolin, NdR  -se surprit à mélanger les lignes qu'il lisait, devinant avec retard que ses paupières glissaient sur ses yeux comme un rideau de magasin que l'on ferme.
Juliette était animée de cette excitation estudiantine, celle qui gagne le chercheur lorsqu'il sent les combinaisons s'assembler au fur et à mesure qu'il engrange les informations. Jusqu'ici, elle n'avait rien trouvé mais la fièvre du rat de bibliothèque s'était emparée de son corps et de son esprit. Les pages succombaient les unes après les autres, sous ses doigts habiles. Ses yeux engloutissaient les mots comme on vide un verre d'eau après l'effort."

Après, ils baisent au milieu des grimoires occultes, donc je jetterai un voile pudique sur la scène. Il faudra aller vérifier par vous mêmes, bande de petits coquins. (Promis Nerval, tu auras la réponse avant tout le monde)

Je sais pas vous, moi je trouve ça assez audacieux, léger.
Aérien.
A la limite de l'aérianité - aérianitude? - du Kinder Bueno (marque déposée). J'ai tapé comme ça au débutdu chapitre 50.
 
Cela dit, à peu près n'importe quel chapitre aurait fait l'affaire.

A part , peut-être, le prologue, étrangement bien troussé, avec la méthode Stephen King respectée avec la plume sur la couture du pantalon. Et le final, un chouille surprenant - le petit Maxime a plus d'estomac qu'il ne le laisse penser de prime abord.

Par contre, il cherche toujours son style.
Enfin j'espère.

Même si je sais que non. Et c'est bien là qu'il est fort, le petit Maxime.

Car cet exemple criant de vérité - rien d'inventé, que du vécu au bord d'une piscine pendant mes vacances en Turquie, sous un parasol me protégeant d'un soleil de plomb - illustre à merveille la démonstration que je vous ferai dans ma prochaine note.

A savoir:

Pour être publié, il ne suffit pas de savoir écrire.
C'est même extrèmement secondaire.
Ne riez pas, c'est désespérant pour l'esthète.
Mais c'est une excellente nouvelle pour tous les autres:
écrire n'est jamais que 20 à 30% du travail.

Et encore, à la louche.


Note: Maxime Chattam n'est probablement pas une marque déposée, mais on est jamais sûr de rien. Par contre, l'Ame du Mal et l'extrait qui en est tiré, issu de la page 350 de l'édition parue chez Pocket (Michel Laffon), bref, tout le bousin, c'est de et à eux, et pas à moi. Ni à vous. Pareil pour la photo. Tous droits réservés à leurs responsables...euh..auteurs et ayants-droits respectifs.

Note 2 (si je veux d'abord): comme je suis sport, je vous mets l'adresse de son site. Un modèle du genre. Pour ceux qui aiment. Pour les autres, c'est rigolo. Souvent. Bref, tout ça ici: www.maximechattam.com/fr/intro.php










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Published by Henscher
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O'Brian 14/05/2009 09:54

Je me suis marrer ce matin en arrivant Gare de Lyon et en découvrant les affiches de la campagne de pub pour le nouveau bouquin de "Maxime Guy Sylvain Drouot" dit Chattam : "La Promesse des ténèbres".
L'accorche affirme : "Vous voulez le pire ? Vous l'aurez."
=^.^=
Malheureusement je n'avais rien sur moi pour faire une photo...

Ed 02/10/2008 05:14

Magnifique !!! Je me marre à chaque fois que je te lis mon cher Hensher !
Tu aurais fait un sacré critique littéraire... Enfin, rien n'est perdu, tu peux encore te lancer dans cette voie... ;)
Je ne connaissais pas ce cher Maxime mais grâce à toi, c'est chose faite... Et cela m'épargnera un achat inconsidéré lors d'une visite à ma librairie préférée.

Lau/Zegatt 07/09/2008 13:48

Ah ah ! Henscher, tu m'as mis en joie pour la journée avec ce petit extrait.
Si je peux me permettre, prends le temps de lire Florian Zeller également. En particulier "La fascination du pire". Ca se lit en deux, trois jours au plus.
Faut bien se forcer un peu en même temps. Et puis ça s'oublie encore plus vite.
Enfin, le fond s'oublie. Parce que la qualité, on se souvient qu'elle est médiocre. Mais sincèrement, c'est l'une de nos étoiles montantes de la littérature française qui rassure sacrément quant aux qualités de nos pauvres petits textes.

Arnoux 15/10/2007 10:24

Héhé, je l'ai lu le bouquin duquel est tiré l'extrait, car je me suis commise avec Maxime dans ma course folle au nouveaux talents du polar... Et je l'avais trouvé bien lourd déjà à l'époque. C'est réconfortant de voir que c'est une opinion partagée.
Bonne continuation.

Caro 09/10/2007 10:06

Le lien était indispensable !
la bio est pleine d'enseignements : 4 pages pour arriver à ses 10 ans pas mal !!!

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