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17 juillet 2007 2 17 /07 /juillet /2007 22:08
Suite de la note précédente. (Vous êtes vernis, ce soir c'est double dose, je viens de terminer le script définitif du tome 1 du Seigneur des Couteaux . Fini. Terminé. Plus toucher. Dans les mains de Fabien désormais, pour nous emmener vers la gloire.)

Vous avez décidé de négocier, en sachant pertinemment que vous n'aviez aucune chance de faire valoir vos droits légitimes (filles à volonté, montagne de coke sur son lit de billets de 1000 dans un écrin de limousine, 20h00 de Claire - Chazal, voyons!).

C'est très courageux.
Sincèrement.
Si.

D'autant plus que l'intégralité des éditeurs européens a refusé votre projet.

Là se pose LA question: que négocier? Ou plutôt, que pouvez vous espérer négocier si les astres vous sont particulièrement favorables.

Règle numéro 1: vous pouvez négocier.

C'est autorisé par la loi, ce n'est pas sale, et pour peu que votre éditeur soit une maison pourvue d'un service juridique digne de ce nom, votre interlocuteur aura l'habitude- ce qui est à la fois un avantage (vous pouvez négocier, il peut presque tout entendre) et un désavantage (vous n'avez absoluement aucune idée de ce que vous êtes en train de faire, lui - ou elle - oui)

Règle numéro 2: dès que cela touche à de l'argent, vous ne pouvez pas négocier.

Que ce soit les droits cinématographiques (potentiellement trèèès juteux), les droits tout court (idem), les produits dérivés (idem), vous ne parviendrez pas à négocier, sauf à recourir à l'option numéro 3 que nous dévoilerons tout à l'heure. L'avance, c'est particulier. Je reste convaincu que vous pouvez demander un peu plus que ce qu'on vous propose, la plupart du temps. La somme avancée est indicative et le négociateur a une marge de manoeuvre, même étroite, lui permettant de remonter un peu ses prix.

Règle numéro 3: quand ça ne coûte rien, vous pouvez négocier.

Nombre de tomes sur lequel vous vous engagez (TOUJOURS signer un contrat par tome, ne JAMAIS signer pour plusieurs albums - en cas de succès, vous serez lié par ce que vous aviez signé et il est par essence beaucoup plus difficile de renégocier un deal qui vous oblige à pondre 4 albums à un prix donné), délai de réponse de l'éditeur pour un deuxième tome, nombre de soumissions du deuxième tome, diverses menues choses sur le droit moral, votre acceptation en cas d'adaptation cinématographique, voire votre participation à l'écriture du film/série animée. (Non, ce n'est pas garanti par défaut, mais cela se "plaide")

Règle numéro 4: ça prendra le temps qu'il faudra.

Renseignez vous autour de vous, prenez l'avis de gens compétents en matière juridique - le Syndicat des Auteurs de BD est très bien, par exemple. Un avocat de votre connaissance c'est encore mieux, mais vous allez le rendre fou à signer un papier de toute évidence scandaleux à ses yeux.  Quoiqu'il en soit, ne faites jamais ça tout seul avec votre co-auteur. Même si cela ne vous permet pas d'obtenir tout ce que vous voudriez, c'est psychologiquement plus facile d'être "entouré". Et si vous avez besoin de 3 semaines pour cela, l'éditeur peut attendre. Je vous l'ai dit, il a l'habitude.

Règle numéro 5: accordez vos violons.

Si vous êtes deux (ou plus), il est impératif que vous vous mettiez d'accord avant et que vous parliez d'une seule voix. Il est normal et logique que la partie d'en face fonde sur le moindre de vos désaccords visibles. C'est le jeu, donc préparez vous en conséquence.

Règle numéro 6: soyez bon perdant.

Vous allez perdre. Vous obtiendrez un ou deux changements mineurs, mais vous vous doutez bien qu'il s'agit d'éléments qui ont pratiquement été placés là pour que vous ayez le sentiment d'avoir obtenu quelque chose. Mais au global, vous n'aurez pas ce que vous voulez. Va falloir non seulement faire avec, mais en plus rester courtois et poli avec le monsieur - ou la dame. Vous êtes un professionnel, rappelez-vous.

Règle numéro 7: conservez et enrichissez votre liste.

Vous allez perdre sur pratiquement toute la ligne, mais avec un peu de chance et beaucoup de travail, vous serez dans une meilleure position pour négocier la prochaine fois. Vous connaitrez mieux l'éditeur,les problématiques qui sont les siennes, et ce qui est réellement important pour vous. Tenez vous au courant des pratiques dans la profession, des tarifs, de ce qui se fait et de ce qu'il ne faut pas faire.

Bref, apprenez le métier, pas à pas, étape après étape, en vous inscrivant dans le long terme.

Règle numéro 8: ce n'est pas (encore) une question d'argent.

Autant il vous faut fuir lorsqu'un éditeur vous assène qu'il ne fait pas ce métier pour l'argent - car cela serait vrai que cela n'enlève rien au fait qu'il y a un contrat entre vous. Si ce n'est pas une question d'argent, pourquoi vous faire signer tous ces papiers alors?

Par contre, ce qui est vrai, c'est que vous ne faites pas ça pour l'argent. Vous faites cela parce que vous avez quelque chose à dire, et que pour le dire, vous avez besoin d'un partenaire qui croit un minimum en ce que vous faites et qui vous aide à toucher un maximum de gens. Et c'est notamment très vrai au départ, où il vous faudra faire des efforts, consentir un grand nombre de sacrifices et travailler d'arrache-pied pour, financièrement, des clopinettes.

Sauf que le succès peut vous tomber dessus. Curieusement, vous vous rendrez vite compte que ce n'est pas l'argent - certes tout de suite plus conséquent - qui compte, dans le succès. Non, bien plus, ce que vous gagnez en vendant 100 000 albums d'un de vos tomes (ou même en deux, trois tomes), c'est une plus grande liberté. Toutes ces portes que vous pensiez fermées s'ouvrent comme par enchantement et les collaborations que vous n'auriez pas pu espérer deviennent possibles.

Et ça, ça n'a pas de prix.


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Published by Henscher
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