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17 juillet 2007 2 17 /07 /juillet /2007 21:28
Ce soir, c'est la fête à la maison, champagne et rab' de petits fours pour tous. Et pour cause.

Un éditeur a décidé de signer votre BD.

Sonnez trompettes, chantez angelots, ça y est: à vous la gloire et la fortune. La fortune, vous dites?

C'est encore à voir.

Je ne voudrais pas vous casser le moral une fois de plus - bien que je m'y emploie plus ou moins régulièrement (oui, j'ai été tenu éloigné de mon blog ces dernières semaines) - mais le pognon, dans la BD, y'en a pas. En tout cas, pas tout de suite.

Je ne vais pas vous dévoiler ici le montant d'une avance à la planche pour le Seigneur des Couteaux, mais ça ne fait pas lourd. Dans le métier, les prix oscillent entre rien du tout (pour les petites maisons) et des sommes assez confortables - on a parlé de 600 € par planche pour le dessinateur de Spirou, par exemple. Mais dans tous les cas, rien de vraiment mirifique.

Bref, vous ne ferez pas fortune dans la BD, ne rêvez pas. Donc se lancer dans ce genre d'aventure, que ce soit pour un scénariste ou un dessinateur, ne se fait pas par appat du gain.

J'ai dit ne rêvez pas, donc gardez les pieds sur terre et soyez réalistes: vous êtes peut-être assis sur une montagne de fric. Donc vous êtes obligés de vous préparer au succès, afin de ne pas être dépassé le jour où il vous tombera dessus sans crier gare. Tout en continuant à envisager que vous ne vendrez pas plus d'albums que vous connaissez de personnes - il est grand temps de vous faire un maximum d'amis.

Ce qui nous ramène à votre éditeur, lequel vous tend ce contrat tant espéré avec un sourire engageant. Il y a encore deux mois, deux jours, deux heures, voire deux secondes - avant ce coup de fil/mail fatidique et libérateur- on vous l'aurait dit que vous n'y auriez pas cru. Forcément, vous exultez.

Ensuite, vous lisez le contrat. Je préconise de faire cela au calme, seul dans votre coin. Non, je dis ça pour épargner les oreilles de votre entourage.

Parce qu'après une première lecture, vous allez hurler.
Notez, à la seconde lecture, vous hurlerez encore plus, parce que vous aurez mieux compris à quel point les conditions proposées à un auteur débutant sont scandaleuses.

Droits ridicules, main-mise de l'éditeur sur tout ce qui dépasse (produits dérivés notamment), provision pour retours (en gros vous payez une partie des frais de retours de l'album que les commerciaux de l'éditeur auront vendu à votre place), droits cinématographiques, on vous a fait la totale.

Mais avec le sourire, précisons le. Ca ne console pas, mais c'est déjà ça.

Vous avez deux options, trois si vous avez le coeur bien accroché, une volonté de fer chevillée au corps, des principes sur lesquels vous ne transigez pas et/ou (mais là c'est royal coco) plusieurs autres éditeurs pendus à vos basques, le chéquier à la main.

Première option: vous signez sans discuter. C'est une faute de goût évidente. Si vous n'avez évidemment pas de moyen de pression sur un éditeur qui tient votre destin créatif dans sa main, il est inenvisageable de ne rien dire, de ne poser aucune question, dérangeante de préférence, en mettant le doigt là où ça fait mal pour vous et où, de toute évidence, on se fiche ouvertement de votre pomme. D'une part, c'est un très mauvais signal à envoyer à l'éditeur. Vous êtes un professionnel nom de Dieu, et le contrat est un des moments clef où vous allez pouvoir, que dis-je, où vous DEVEZ le démontrer. Ratez cette marche, et il sera dès lors normal et légitime pour votre éditeur de vous rouler dessus et de faire une marche arrière pour s'assurer que vous ne bougez plus.

En plus, ça va vous causer un ulcère, donc mieux vaut verbaliser tout cela.

Ce qui nous amène à la deuxième option: vous faites une liste avec votre co-auteur s'il y en a un, et vous hiérarchisez les problèmes. Oui, va falloir la moitié d'une nuit et d'un bloc-note pour les lister tous, mais c'est important.

Croyez moi, à ce moment là, votre exultation du début est définitivement passée. Elle ne reviendra, si tout va bien, qu'à la sortie de l'album. Entre les deux, vous serez coincé en Enfer, pour un salaire de misère. 

Votre liste dressée, vous allez négocier.
Ou faire mine de.

Vous n'avez évidemment aucune chance.

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Published by Henscher
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