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4 juillet 2007 3 04 /07 /juillet /2007 20:01
Je vous ai laissés sur une révélation fracassante, et vous voilà la langue pendante, les yeux hagards, la tête entre les mains, le coeur au bord d'un suspens insoutenable. Mais chose promise, chose due, je vais mettre fin à vos souffrances.

Quoi, j'en fais trop?
Pardon, j'abrège.

Donc en substance, oui, vous avez accouché vos personnages, vous les avez créés - hé, c'est pour ça qu'on va vous payer! -  façonnés, mitonnés aux petits oignons.Et non, vous n'avez pas le contrôle total de vos personnages. Les gens sont ingrats, que voulez-vous, la vie est ainsi faite, il va falloir faire avec.

De fait, vos personnages sont mûs par leurs envies, leurs objectifs, généralement contrariés sans quoi il n'y aurait pas d'histoire. Ou alors elle serait singulièrement chiante, si vous me passez le mot. Si tout va bien, les désirs et la nature même de vos personnages se rencontrent et s'opposent. Là, vous tenez votre récit, et surtout vous en tenez l'intérêt, ce qui fait que votre lecteur va accrocher à votre histoire, s'identifier aux uns et aux autres.

On crée très souvent ses personnages en interdépendances les uns avec les autres. Je m'explique: un personnage en appelle un autre, et ainsi de suite. Après, selon l'importance qu'on a décidé de leur consacrer dans le récit, ces personnages ont droit à plus ou moins de place. En fait, c'est souvent à ce moment là que les problèmes apparaissent.

Un peu comme si vous ratiez votre casting, si vous voulez.

Là où vous pensiez que ce personnage de mafieu au grand coeur n'allait faire qu'une maigre apparition dans votre récit, vous vous rendez subitement compte qu'il est dommage de le laisser de côté, et vous lui rajoutez une scène. Ou deux. Ce n'est rien de dramatique, vous n'êtes pas en train de perdre le fil de votre récit. Au contraire, il est en train d'apparaître, et ce personnage  représente l'un des meilleurs véhicules de votre propos . (On en revient toujours  là, mais les personnages y sont évidemment intimement liés)

Lorsque vous sentez que quelque chose bloque, reprenez vos personnages séparément, et accordez leur la même attention, quelle que soit l'importance que vous aviez décidé de leur allouer. Faites la comparaison entre ce que vous aviez mis dans leur fiche descriptive - dans laquelle vous aurez idéalement défini leurs buts dans la vie, la façon dont ils se situent dans le monde, ce qu'ils pensent être et ce qu'ils sont en réalité - et la façon dont vous les faites se comporter dans votre histoire telle qu'elle se présente en ce moment de doute abyssal.

Notez les différences. Elles sont parfois minimes, parfois assez significatives. Dans la majorité des cas, laisser le personnage agir "tel qu'il l'entend", c'est à dire en conformité avec la nature dont vous l'aviez doté, résout votre problème. Je ne dis pas que cela vous arrange, car cela peut signifier un rajout de travail, et nous savons tous combien le scénariste est une feignasse exploiteuse de dessinateurs morts de faim et de fatigue. Mais pour le coup, le résultat vaut vraiment la peine de suer un peu sur le clavier. Vous aurez au bout du compte une histoire bien plus fluide, qui vous surprendra peut-être par la direction qu'elle prend. Mais faites confiance à votre personnage.

Et puis il se peut que, alors que rien n'était prévu en ce sens, tandis que vous êtes en train de taper votre scéne au kilomètre, un personnage fasse totalement autre chose que ce que vous aviez défini au départ. C'est spontané, parfois très troublant, et cela sort tout seul sur l'écran - ou le papier, pour les tenants de la vieille école. Là, vous pouvez vous autoriser un petit rictus de jubilation bien mérité.

Cette action impromptue, qui peut fondamentalement changer le sens de la scène, voire de l'histoire, ou simplement en altérer le ton, cette action donc, est le signe que votre histoire vient de passer au vert. Vous allez dérouler sans réel problème jusqu'à la fin. Car vous tenez la preuve que ça y est, vous avez suffisamment itéré, réflêchi, essayé, trituré votre récit et vos personnages, et les pièces du puzzle sont en train de s'assembler "naturellement".

Il n'y a rien de naturel là dedans, bien entendu. C'est exclusivement dû à votre labeur. Mais c'est votre récompense, prenez la comme telle, vous la méritez amplement. Profitez-en, cet état un peu fébrile, très jubilatoire, est sufisamment rare pour qu'on le goûte totalement.

Vous allez pouvoir commencer à écrire.
Plus important encore, vous irez au bout. 

Bien évidemment, cela vaut surtout pour une histoire dite "character driven", par opposition à une histoire dite "story driven". Comme j'ai la flemme de vous expliquer la différence et que cela mérite bien une, voire deux notes, il faudra attendre -pas trop longtemps j'espère. Mais ce ne sera pas pour la prochaine fois.

Non, la prochaine fois, on passe aux choses sérieuses.
La prochaine fois, promis-craché-juré, on attaque le coeur de la meule.

On va parler pognon.

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Published by Henscher
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