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3 juin 2007 7 03 /06 /juin /2007 18:43
 
Avant de reprendre ma longue litanie sur la relation complexe qui existe entre un scénariste et un dessinateur, quelques mots. En quelque sorte, le prologue qui aurait du amorcer ce blog et que, dans ma brillante absence de la moindre notion du sens de l'organisation le plus élémentaire, j'ai complétement oublié de punaiser en pense-bête à l'usage des rares mais d'autant plus précieux lecteurs de ce blog.

Mon ami Jibé - un garçon plein de qualités, j'aurai l'occasion de vous toucher deux mots à son sujet lors de ma future semaine de la promo - me faisait remarquer hier soir qu'un lecteur attentif aurait pu déceler des accents quelques peu partenalistes dans mon blog. Quelque chose du genre: "Asseyez -vous les enfants, Tonton Henscher va vous expliquer la vie d'un scénariste chevronné."

A la réflexion, et bien qu'il m'en coûte d'accorder un quelconque crédit à l'analyse de texte d'un dessinateur, il n'a pas tort.

De fait, autant clarifier les choses: mon expérience de scénariste reste limitée. Elle se cantonne à un album en cours de réalisation - une pensée ici pour Fabien Rondet, qui sue eau et sang pour ma..euh..notre plus grande gloire - et une solide tripotée de titres plus prestigieux les uns que les autres, auxquels j'ai apporté ma patte, à des niveaux très divers, dans le jeu vidéo.

Cela étant dit, entre ma tendance au bavardage impénitent et l'aisance avec laquelle d'aucuns s'auto-proclament des sommités dans le domaine, et ce sans avoir jamais rien produit, je me dis qu'apporter ma pierre à l'édifiece, que dis-je, un petit bout de gravier minime et sans conséquence, ne peut pas faire de mal.

De même, vous aurez compris que mes diatribes sur les dessinateurs ne sont qu'une façon pudique de leur témoigner tout l'amour que j'ai pour eux. Et ça tombe bien, qui aime bien châtie bien. On peut donc parler carrément d'amour fou de ma part.

Ca, c'est fait.
Maintenant, revenons à nos moutons.

Nous avions laissé notre apprenti scénariste face à sa première épreuve vraiment déterminante, à savoir, l'avis du dessinateur.

La critique, même dans sa forme la plus constructive, est toujours la chose la plus difficile à recevoir pour un scénariste. Ca, et découvrir que quelqu'un a déjà eu la même idée que lui, et l'a en plus traitée avec infiniment plus de talent, le misérable.

C'est à un tel point qu'il n'est pas rare que le scénariste impose sa vision à la fois des personnages, de l'histoire, jusqu'au découpage même. A ce stade, toute modification est proscrite et tombe directement dans la catégorie du blasphème doublé d'un crime de lèse-majesté suffisamment grave pour mériter au minimum le bris de quelques doigts. (Oui, moi aussi je préfère "brisage", mais mon dictionnaire m'indique que "bris" est le seul mot autorisé s'approchant un tant soi peu de l'idée que j'essaye d'exprimer. Et mon dictionnaire a toujours raison, ma mauvaise foi ne connaissant aucune borne uniquement lorsque je joue au Scrabble)

Autant en prendre votre parti tout de suite: vous n'avez aucune chance contre votre dessinateur.

(Seule dérogation à cette règle sacro-sainte: vous êtes un scénariste qui vend sur son nom. Ils ne sont pas nombreux, nous les connaissons tous ici et nous les saluons au passage, en les félicitant pour ce succès bien mérité - et en taisant d'autant plus la jalousie qui nous étreint de ne pas être à leur place.)

Rappelez-vous. Le dessinateur peut faire des choses essentielles que vous êtes incapables de faire. Comme dessiner, par exemple. Il sait, en recevant votre découpage, si d'une part cela peut marcher, et si d'autre part cela lui plaît. Il est donc important que vous preniez son avis en compte. Ce qui ne signifie pas modifier votre scénario en fonction de chacune de ses remarques, loin de là, malheureux.

Non, l'important, ce n'est pas la rose, c'est d'établir une réelle discussion entre les deux auteurs. On en vient au coeur du sujet: si vous avez conçu votre projet de A à Z - ou si vous croyez l'avoir fait - détrompez-vous. Vous n'avez rien fait de vraiment déterminant, à part jeter quelques mots sur le papier, ce que tout le monde peut faire, avec certes plus ou moins de talent, mais vous saisissez l'idée. De fait, votre BD ne va exister que grâce à votre dessinateur, et grâce à votre collaboration avec lui. Et c'est sur cette note réjouissante que je m'en vais conclure, en promettant de finir de traiter ce sujet quelque part dans la semaine prochaine, avant la fameuse semaine de la promo. (Un jour, une note, un coup de projecteur sur quelqu'un bourré de talent, et que j'aime bien en plus.)

Votre scénario en tant que tel n'a aucun intérêt, aucune valeur.
Vous avez créé quelque chose qui n'existe pas.




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Published by Henscher
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Jibé 04/06/2007 09:49

Qui ?! Moi ? J'aurais dis une chose pareille ??!! T-T-T...
C'est dingue ce que me font dire quelques sushis arrosés de bière nippone ! :)

Bon, mais plus sérieusement, c'est assez juste ce que tu dis là. SAUF QUE ( et oui !), ben les tonnes de gribouillis d'un dessineux de BD, stockées sagement dans ses cartons à dessins remontant au doux âge de ses études, n'ont pas plus d'intérêt et de valeur, finalement, sans une réelle histoire. Une bonne histoire. Pour insuffler l'étincelle de vie vitale à ces gribouilles.
Pour qu'elles existent enfin, aux yeux de tous.
C'est un peu comme une histoire de couple en somme : on n'existe pas l'un sans l'autre !!

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  • : Mis à jour de façon aléatoire, Fragments est le champ de tir du scénariste Henscher. Il y traite avec un humour féroce des aléas de la vie d'un scénariste débutant (mais publié). Attention aux éclaboussures de vitriol. Et mettez les patins en entrant.
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