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1 juin 2007 5 01 /06 /juin /2007 00:34
 
Le scandale, c'est que je n'ai rien posté depuis deux jours, bientôt trois.

La flemme, je l'avoue. Entre la gestion de l'interface qui me déroute et l'énergie qu'un blog demande, en plus du boulot et des projets persos, j'ai eu un peu de mal à me tenir à mon objectif d'une note par jour. Résultat des courses, je vais encore pondre une tartine.

Je disais l'autre jour que vendre un projet de BD était la partie la plus facile de l'opération. Et je maintiens.

Je traine souvent sur des forums où de nombreux aspirants scénaristes rêvent tout haut de publier. Et donc d'éveiller l'attention et l'intérêt d'un éditeur. Or cette partie de l'opération leur semble hors de portée, inaccessible à jamais.

En vrai, le plus dur, c'est tout le reste.
Sans rire.

Restons dans la BD et examinons en détail ce qu'il faut pour monter ne serait-ce qu'un embryon de projet.

D'abord il faut une bonne histoire. D'accord, juste une histoire. A quoi reconnait-on une histoire? Généralement, elle prend la forme d'images, de mots, de phrases, récurrentes, qui vous accompagnent tous les jours, qui vous hantent. Vous ne savez pas bien pourquoi, mais il y a cet ensemble obsédant, qui ne vous lâche plus.

Ca, c'est votre histoire.
Généralement, elle est magnifique. Grandiose. Jamais vue. Ca sent l'Oscar et le Goncourt réunis et vous entendez déjà les maîtres de la profession sangloter devant l'éblouissance de votre talent.

Du coup, un beau jour/soir/matin, n'y tenant plus, ça y est, c'est le grand jour. Vous êtes devant votre clavier ou votre feuille de papier. C'est là que les choses se corsent radicalement. Cette histoire que vous avez couvée en votre sein, chérie, cajolée, dont des notes couvrent peut-être des dizaines de feuilles volantes ou bien ce superbe carnet Moleskine que vous emportez partout avec vous, pensant comme moi que l'outil fait l'écrivain, cette histoire, donc, tout à coup, à l'accouchement, elle a subitement une sale gueule.

Elle est toute frippée, bancale, les mots que vous alignez ne lui rendent pas justice ne serait-ce qu'à 10% de ce que vous aviez en tête. Bref, tout d'un coup, vous êtes beaucoup moins convaincu de l'intérêt de la chose. Mais admettons.

Vous êtes du genre pitbull, obstiné, vous irez jusqu'aux bouts de vos rêves, et ce bien que votre raison soit déjà largement entamée, voire achevée pour le compte. Comme moi, vous êtes mondialement reconnu pour votre incapacité crasse à tracer trois traits sans déclencher l'hilarité/l'effroi/la pitié - choisissez ou même mixez le tout, vous saisissez le principe, et la réalité vous tombe dessus comme une tonne de brique. En plus lourd.

Il vous faut un dessinateur.

Les gens ne se rendent pas bien compte de ce que c'est qu'un dessinateur. Tout d'abord c'est un type (ou une fille, pas de sexisme sur ce blog) qui est un peu l'équivalent d'un extra-terrestrre, doublé d'un magicien, croisé avec un autiste. Pour faire simple, son cerveau ne fonctionne pas comme le votre. Vous n'utilisez ni les mêmes outils, ni la même partie du cerveau. En plus, c'est une espèce rare. Les bons dessinateurs, j'entends. Et qui correspondent à l'idée que vous vous faites du trait qui illustrera votre chef d'oeuvre. Ou à défaut, les dessinateurs disponibles.

Bien des collaborations sont le fruit du hasard de la vie, de rencontres chez des amis, très souvent. Internet, de plus en plus, favorise les rencontres scénaristes/dessinateurs, via les forums, et on a vu de très beaux projets se monter et aboutir par ce biais. Donc vous fréquentez les forums, vous écumez les soirées mondaines, et vous trouvez votre perle rare.

Et là, il va falloir le convaincre de la pertinence de votre histoire et de votre projet. Car, contrairement aux idées reçues distillées par les plumitifs jaloux de l'exposition systématique du dessinateur, loin devant le scénariste, les dessinateurs savent lire. Et notamment sur Internet, les dessinateurs sont de plus en plus exigeants. Y compris les débutants.

A raison. En effet, si pour le scénariste, dont je suis le premier à ne pas dévaluer la charge de travail, modifier, retoucher, transformer, se fait par le simple biais d'un traitement de texte, pour un dessinateur, tout de suite, la moindre esquisse requiert une énergie et un temps bien plus important. Du coup, il vaut mieux pour lui qu'il soit complètement habité par l'histoire, souvent écrite par un parfait inconnu qui peut se trouver à l'autre bout du monde, qu'il va mettre en images.

Pour faire simple - car je peux être concis - votre tout premier lecteur et client, c'est le dessinateur. C'est lui qu'il faut convaincre de la force et de l'originalité de votre histoire. A ce stade, l'éditeur doit être le cadet de vos soucis, voire le petit dernier de la fratrie qui n'est même pas né.

Miracle: après des mois de siège constant des forums et des blogs de dessinateurs, vous trouvez un dessinateur appâté par votre projet. Champagne, me direz-vous.

Pas du tout. Vous venez juste d'aborder la partie la plus compliquée, celle que j'aborderai demain, "promis-juré-craché-je le fais": le dessinateur, votre nouveau compère et compagnon de galère, va vous mettre en face de votre pire cauchemar, mais qui est également ce qui va décider de votre qualité de scénariste ou non:
Votre dessinateur a son idée sur votre histoire. Et il a décidé de vous en faire part.
 
 
 

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Published by Henscher
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Abélar 04/06/2007 16:59

On sent bien le vécu, ha,ha... (hum).

Bravo pour ton démarrage de blog, maintenant, il faut tenir le rythme (moi, je n'y arrive pas). Je trouve que les auteurs (scénariste volubiles et dessinateurs autistes) devraient davantage en faire, raconter leur cuisine, ce qui se passe dans leur tête, etc. Donc, bonne idée... et à poursuivre.

Juste un petit détail que tu pourrais corriger, c'est les police style "machine à écrire" (american typewriter, je crois) qui est dure à lire, elle hache le texte. Si tu pouvais utiliser une police plus fluide, plus liante, ce serait bien, surtout vues les tartines.
De même, mais c'est plus une question de goût, si tu pouvait mettre ton texte en drapeau plutôt que justifié, il y aurait bcp moins de gros vides partout.
Conseil de graphiste, quoi.
Bonne continuation.
Nicolas

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