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25 mars 2013 1 25 /03 /mars /2013 01:11

Banni_comeback.jpg

 

Bientôt de retour.

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20 février 2012 1 20 /02 /février /2012 21:11


C'est fou comme le temps passe vite, trouvez pas?

 

J'ai failli rater 2011. 

 

 


Bon, d'accord.

 

J'ai raté 2011.

Voire même une partie de 2010, je vous le concède. 

 

En effet, tout auréolé du battage médiatique - tout relatif mais battage quand même - qui a accompagné la sortie du Banni, j'aurais du enchainer. J'aurais du mettre à profit cette fenêtre de pseudo célébrité pour inonder les éditeurs de pitchs plus accrocheurs les uns que les autres, me mettre en ménage avec les dessinateurs les plus sexy du moment, et me retrouver avec deux, trois, quatre, que dis-je, au moins six séries en chantier à la fin de l'été. 2010, toujours. 

 

C'est bien mal connaitre ma propension au doute coupable et à la pondération volontiers procrastinatrice, couplés, il faut bien le reconnaitre, à un amour par trop immodéré pour ce que la production vidéoludique peut nous apporter de meilleur. 

 

Disons-le tout net, ma production s'en est vivement ressentie. 

 

Ajoutez à cela ma sale manie de tenter à toute force de fourguer les projets les moins immédiatement vendeurs aux éditeurs les plus conservateurs, et vous aurez une idée assez précise de l'enchainement d'accidents industriels dont ces deux dernières années ont été jalonnées. 

 

Pour être tout à fait complet, il faudrait préciser que le Seigneur des Couteaux, bien que tous les éléments aient été livrés il y a plus d'un an, est désormais bloqué dans les limbes d'un univers parrallèle dont j'ignore s'il en sortira jamais. 

 

Egalement, le Banni a été victime de ce qu'on appelle pudiquement un accident de la vraie vie, lequel a contraint Tarumbana à lever le pied pendant un long moment. Or, en bande dessinée, dans le marché actuel, ralentir, c'est mourir. 


Si le projet a repris - et de fort belle façon - il est évident que la série ne connaitra jamais le succès quasi mécanique que lui aurait offert une sortie annuelle régulière, succès auquel elle aurait pu prétendre vues les excellentes ventes du premier tome (10 000 ex sortis de caisse, tout de même). Les lois mathématiques du marché sont ainsi faites, on ne brise pas un cercle vertueux impunément et on en paye le prix.

En l'espèce, on restera au succès d'estime, malgré une très bonne presse. 

 

Dont acte, j'ai raté le train. 

 

J'aurais pu en rester là, me contenter de vivre ma vie de golfeur du week end, de père de famille comblé et de script doctor accompli, avec quelques incursions syndicale dans le secteur de la BD. J'aurais même pu fermer ce blog - j'y ai songé parfois, dans un mouvement de rage après un putt raté.

 

Pour faire court, car votre temps est précieux, j'ai été rattrappé par les cheveux par plusieurs inconscients qui ont fait des pieds et des mains pour s'embarquer avec votre serviteur.


Les malheureux, si seulement ils savaient. (En même temps, ils ont insisté, ça leur apprendra)

 

J'ai donc vu débarquer un beau jour deux dessinateurs qui sont tombés amoureux de deux projets impossible à caser, et qui se sont lancés à corps perdu dans la réalisation d'un dossier. Mieux encore, ils sont allés comme des grands démarcher les éditeurs lors du seul festival d'Angoulême auquel j'ai préféré une partie de golf, et ils en sont revenus avec des contacts plus que prometteurs. 

 

En parrallèle, un coscénariste enthousiaste m'a fait une cour assidue et une offre que je n'ai pas pu refuser, m'apportant sur un plateau ce qui pourrait très bien devenir l'oeuvre de ma vie - rien que ça. Ce n'était pas la première fois qu'il tentait de m'attirer dans une écriture à quatre mains, mais jusqu'ici nous n'avions pas trouvé LE projet idoine. 

 

Et, l'avouerais-je?, il a eu foutrement raison d'insister lourdement, puisque je suis désormais à bord d'une des plus belles aventures créatives qu'il m'ait été donné de vivre. Laquelle a en plus de très fortes chances d'aller au bout. Et au pire, on se sera bien marrés.

 

Tout cela, me direz-vous, c'est bien gentil. Trop peut-être, même. Vous vous seriez attendu à une explosion d'acide concentré telle qu'au bon vieux temps, quand je bloguais à la grenade et au cocktail Molotov. 

 

Je vous sens déçus, presque. 

 

 

Hé.

Oh.

On se réveille les enfants, on est toujours chez Tonton Henscher.

 

Il y a de la poussière partout, la peinture a tendance à se barrer et il faudrait passer la tondeuse, mais promis, dès la prochaine note, on repart sur des bases saines et drôlatiques. 

 

Ca tombe bien, c'est 2012, l'année du Dragon, et celle de l'Apocalypse. Si avec ça, il n'y a pas moyen de foutre un joyeux boxon, c'est à plus rien y comprendre. 

 

Donc restez connectés, la prochaine fois, on parlera éditeurs, lemmings et numérique. 

 

Avouez qu'il serait dommage de rater un tel menu. 

 


 


 


 


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26 juillet 2011 2 26 /07 /juillet /2011 23:01

Ce soir, on va faire dans la violence gratuite. 

 

Parce que c'est mon blog, que j'y fais ce que je veux, et que, il faut bien l'avouer, c'est fichtrement rigolo. Et comme je n'ai pas le temps de faire court, cela va être long, en plus d'être douloureux.

 

C'est une histoire fort amusante, bien qu'à la morale navrante, que vient de vivre le patron de l'Immanquable, mensuel qui se propose de prépublier tous les 30 jours des albums fort différents, venant de tous horizons, que ce soit des grands éditeurs, ou de certains, plus modestes, activité fort louable s'il en est. 

 


 

 

Dans l'affaire qui nous intéresse, l'Immanquable se proposait de faire découvrir de jeunes auteurs - je cite "des auteurs ayant déjà publié un ou deux albums" - en publiant des histoires inédites - et complètes -qu'ils auraient dans leurs cartons. Bref, quelques gouttes de sueur, quelques perles de sang, une broutille. Mais attention, que de la qualité, tenue correcte exigée à l'entrée et on a dit pas de baskets. 

 

Ce contenu inédit, il proposait de rémunérer grassement lesdits auteurs au tarif mirobolant de 30 euros par planche. 

 

30 euros, tout compris: dessin, scénario, couleur. 

C'est pas de l'amour ça?

 

Pour donner un ordre d'idée à ceux de nos lecteurs qui seraient novices en la matière, les contrats les moins bien rémunérés - je parle des cas où avance il y a - tournent autour de 50 euros par planche.

 

Pour le scénario, uniquement. 

 

Vous trouverez sans doute pire chez quelques éditeurs vraiment fauchés - ou très peu scrupuleux - mais ils sont rares. Et dans tous les cas de figure, vous êtes assurés de confortables pourcentages en droits d'auteur, et de la conservation d'un pan non négligeable des droits secondaires, ce qui peut tourner au jackpot dans le cas, assez peu probable il est vrai, où de votre tirage ultra limité sortirait le nouveau best-seller. 

 

Tout fier de son idée, ledit fondateur s'empressa d'envoyer le mail repris par ActuaBD à ses contacts professeurs dans les écoles de BD - qui comme on le sait, pullulent d'auteurs ayant déjà sortis une paire d'albums. Et n'écoutant que son entousiasme délirant, il rajouta des auteurs de ses connaissances, préférant ratisser large. Après tout, pourquoi se priver?

 

Là dessus, il prépara ses valises pour partir en vacances - les esprits chagrins persifleraient en disant que ce n'est pas avec ce qu'il proposait aux auteurs que ces derniers iraient se reposer dans l'ile de Beauté. Que voulez-vous, les gens sont méchants.

 

Que croyez-vous qu'il se produisit? 

 

Hé bien, comme le relate fort justement l'article, bien que partiellement, pour des raisons de place aisément compréhensibles, le mail fit trois fois le tour de ce qu'Internet compte d'auteurs de BD, qui hurlèrent comme un seul homme et une seule femme, au scandale. 

 

A raison, bien entendu. 

 

De cette anecdote rendue savoureuse par l'écho que lui fit Internet, on peut faire au moins deux constats. 

 

Tout d'abord que, contrairement à ce que disent les très mauvaises langues - dont certains journalistes BD et non des moindres, ils se reconnaitront, les coquins - le SNAC BD (indispensable, salvateur et visionnaire, dont il faudra que je vous parle très prochainement), ce ramassis d'auteurs aigris et volontiers marxistes arriérés, n'a pas eu besoin de téléguider, ainsi qu'il le fait à son habitude selon ses détracteurs, la colère de la base.

 

Car voyez-vous, à ce moment là, nous étions en effectifs tellement réduits que sur le coup, nous n'avons pas réagi à cette énième avanie. Nous avons des problèmes bien plus sérieux et plus urgents, et pas assez de bras pour les traiter - volonatires bienvenus, déclarez-vous, je ferai suivre.

 

C'est ballot.

Pour une fois, c'est pas nous.

 

Non, ce sont bien les auteurs, dont une grande majorité n'a aucun lien avec le poil à gratter du 9ème art, qui se sont légitimement insurgés contre un tarif forcément scandaleux, à la limite d'une attitude toute méprisante, visant à sous-entendre que les jeunes auteurs se paient de peu, et surtout de la lumière que l'on daigne projeter sur eux. 

 

D'ores et déjà, la "polémique" qui s'ensuivit - et qui ne touche bien évidemment que le microcosme de la BD - démontre à elle seule le malaise palpable qui règne chez les auteurs, décorellé de toute affabulation dont on accuse généralement le SNAC BD.

 

Nous ne sommes finalement que la caisse de résonnance un peu organisée d'un mouvement beaucoup plus généralisé, et l'expression d'un mal beaucoup plus répandu que ce que à la fois les éditeurs et la presse veut bien reconnaitre. 

 

D'autre part, cette affaire met en lumière le fossé qui sépare désormais même les plus farouches défenseurs de la BD - au premier rang desquels on a toujours trouvé le patron de l'Immanquable, qu'il en soit remercié ici - et les auteurs. Chacun étant en effet tout entier focalisé sur sa propre survie, fut-ce au détriement des autres. 

 

Car le pire dans cette histoire, c'est que la proposition de l'Immanquable fait du sens - payer, même de façon très symbolique, les auteurs, tout en préservant l'équilibre financier déjà fort délicat du magazine.

 

Le plus navrant, c'est que le patron de l'Immanquable pensait réellement bien faire, et se retrouva sincèrement étonné, voire époustouflé, de la virulence des réactions que son projet a suscitées. 

 

Il n'avait tout simplement aucune foutue idée de l'état de délabrement dans lequel se trouve notre profession et partant, il ne pouvait absolument pas prévoir que, se prendre une gifle pareil de la part d'un de ceux qui sont sensés nous soutenir, cela serait en quelque sorte une de ces goutelettes qui font déborder bien des vases, même en pleine sécheresse. Je ne lui jeterai pas la pierre, et personne ne le devrait. 

 

Au contraire, nous devrions le plaindre. 

 

Ce que Frédéric Bosser n'a pas pu prévoir, les éditeurs l'ont encore moins bien compris - ainsi que le non débat sur la BD numérique l'a bien montré. 

 

Ce monde-là, l'ancien monde de l'édition BD, si familier durant ces 50 dernières années, est en train de mourir. Sortez les mouchoirs, ça va très mal se terminer.

 

Ce constat, que quelques grammes de lucidité de manqueront pas de vous démontrer, à la lumière de ce qui se passe en ce moment dans le milieu, s'impose de lui-même. 

 

Cela n'ira pas sans heurt, sans larme, et sans une quantité impressionnante d'hémoglobine sur les murs. Personne n'a dit que ce serait facile. Ni rapide, d'ailleurs. Le système a encore de beaux restes, de quoi agoniser encore 5 ou 10 ans. Mais c'est inéluctable. Les éditeurs, la presse le savent. Il serait grand temps que les auteurs le réalisent, et commencent à prévoir la suite. 

 

Mais puisqu'en France tout finit en chansons, tant que le bateau continuera de flotter, l'orchestre continuera de jouer. 

 

Wanna dance?

 


 



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11 juillet 2011 1 11 /07 /juillet /2011 23:15

Au bout du compte, c'est le golf qui m'a sauvé.

Ou qui vous a condamnés, c'est selon.


 

Je ne m'étais jamais rendu compte à quel point l'écriture avait de nombreux points communs avec mon sport favori. Vous partez de bon matin, rempli d'un espoir délirant, il fait beau, vous êtes d'une humeur à bouffer du lion et une partie du reste de la savane, et l'horizon azuré est riche de promesses de récompenses au delà de votre imagination - que vous avez pourtant redoutablement hypertrophiée. 


 

Forcément, cela ne dure pas. 

Evidemment, les choses ne tardent pas à se gâter. 


 

Vous vous mettez dans des situations impossibles, et la promesse d'une promenade de santé se transforme aussi sec en parcours du combattant au travers d'un enfer dont vous ne soupçonniez pas l'existence. 

 

Au golf, quand tout commence à se détraquer, vous avez beau y faire, vous courez de Charybde en Scylla. Le pire, c'est que vous pouvez toujours vous en prendre à votre club, à la balle, au tracé du parcours, la vérité toute nue, c'est que vous faites partie du problème. C'est même plus que cela, puisqu'en réalité, vous êtes le problème.

 

Hé bien l'écriture, c'est un peu pareil.


C'est même parfaitement identique. 

 

Vous résumer ces 18 derniers mois relèverait un peu de la gageure, et d'un travail de titan que j'aurais du mal à fournir. Mais tout de même. 

 

Tout d'abord le Banni.


Après une campagne marketing du tonnerre qui a inondé le festival d'Angoulême, nous faisant croire, l'espace de quelques jours que ça y était, nous étions des rock stars, une enfilade d'interviews en rafale, et des critiques ma foi plus proches du dithyrambique que de la descente en flammes, en dépit donc de tous ces handicaps qui feraient frémir le premier auteur venu, le bouquin a trouvé le moyen de se vendre. 

 

stand Lombard 2010

(Hé oui, quand même, mine de rien. Tout de suite, on se sent une sorte de Mick Jeager. En plus jeune, et plus barbu)



Plus que correctement, même, puisque la barre symbolique des 10 000 exemplaire a été franchie, soustraction faite des retours - nous sommes donc allés bien au delà dans un premier temps. 

 

Quand on sait qu'un premier album se vend en moyenne entre 1500 et 2000 exemplaires, 10 000, cela vous met sur la carte. S'ils ne l'ont pas lu, les gens en ont entendu parler. 

 

Bref, pour un départ canon, cela se pose un peu là. Vous enchainez avec le tome 2 dans la foulée - la nuance est importante -  et là, la seule limite, c'est l'espace lointain. 

 

Or, fidèles lecteurs, vous le savez aussi bien que moi. De tome 2 du Banni, il n'en fut point dans l'année qui suivit. Et pour tout dire, il n'en est toujours point, à l'heure à laquelle je réanime ce blog aux palettes chargées à 200. 

 

Pas plus qu'il n'est de tome 2 du Seigneur des Couteaux, vous l'aurez également remarqué - et tant de sagacité m'honore, je ne mérite pas un public tel que vous. 

 

Enfin, vous avez encore moins entendu bruisser le microcosme de ma prochaine série, et pour cause: il n'y en a pas. Oh ce n'est pas faute de ne pas avoir fait le tour des éditeurs, surfant sur ma gloriole encore fraiche, battant le fer tant qu'il était tiède. J'ai bien tenté de monter plusieurs projets dans la foulée, mais ils se sont invariablement soit écroulés d'eux-mêmes, soit échoués sur les rives inhospitalières des refus des éditeurs. 

 

A tel point qu'à un moment, j'ai décidé de me replier en bon ordre, et de patienter en faisant le gros dos et en espérant que cela passerait, que mon swing reviendrait, que ma vista sur le green se manifesterait à nouveau. 


 

Ce qui est, je vous l'accorde, une erreur monumentale. 


Quand le bateau prend l'eau, refuser de nager au prétexte que la cabine de première classe ne remplit plus les conditions décrites dans la brochure, n'est pas exactement la façon la plus constructive de résoudre le problème. 


 

Du coup, on boit la tasse.

Ce que je fis, dérechef. 


 

Oh, n'allez pas croire que je suis resté inactif. Si mon clavier a rarement eu l'incomaprable plaisir de ma compagnie, j'ai tout de même assuré les contrats en cours. Ainsi, l'intégrale du Seigneur des Couteaux est-elle livrée, dessins couleurs et textes depuis février, et j'ai bon espoir qu'elle sorte en catimini à la faveur du mois d'août. Ce qui sent le four, puisque, s'il n'y a pas ou peu de sorties durant l'été, il y a encore moins de lecteurs dans les librairies. 

 

Et puis, vous le savez bien, c'est la crise. On vous bassine suffisamment avec ça tous les jours, mais croyez-moi, pas autant qu'on le rabâche aux auteurs. 

 

De même, le tome 2 du Banni avance. Lentement, mais sûrement, son retard étant du à des accidents de la vie dont aucun auteur n'est protégé, et qui prennent parfois le pas sur la table à dessin. Cette excuse ne satisfera sans doute pas les lecteurs, ces bouffis d'ingratitude qui ont déjà oublié cette série et qui feront donc assez peu cas de la suite des aventures d'Hector, mais c'est la seule qui soit. 

 


Notez que j'aurais sincèrement préféré vous avouer que Tarumbana et moi avons passé 12 mois dans les iles, à compter nos dollars et à vivre au soleil de rhum coco et de fruits de la passion. Si seulement! 

 

Même pas. 

 

 

Mais hormis ces deux séries, je n'ai rien écrit pendant un long, long moment, vivant sur le matériau accumulé durant la période où je mulitpliais les projets tous azimuths - ce qui fait quand même une sacrée quantité de texte, me suis-je rendu compte l'autre jour.

Pas plus que je n'ai entrepris de dessinateurs, à de rares exceptions près, dont les résultats se font encore attendre. C'est dire si cela valait la peine de les démarcher. 

 

Je me suis sans doute un peu aigri en cours de route. Juste ce qu'il faut, et temporairement. J'ai surtout beaucoup réfléchi, et j'ai énormément remis en cause un nombre incalculable de priorités, de vérités, de principes sur lesquels je fondais mon activité il y a de cela 18 mois. 

 

Et je me suis remis au golf. 

 


J'ignore ce que j'y ai retrouvé, une certaine tranquilité d'esprit, une forme de sérénité, suffisamment de recul, voire - un comble! - beaucoup d'humilité. Ce que je sais, c'est que lorsque je me suis rassis à mon bureau il y a déjà quelques temps de cela, tout ce que je pensais vrai il y a 18 mois l'était toujours.


Les histoires qui me hantent, les personnages qui me murmurent à l'oreille, mes envies de repartir à l'abordage des directeurs de collection, mon exaspération devant l'indigence de 99% de la production actuelle, mon goût des rencontres avec des artistes inattendus, ma faim de cette infinie liberté qu'on ne trouve que difficilement en dehors de l'écriture, tout cela était là, intact, inaltéré.


Inachevé. 


Alors je me suis remis à écrire. 

 

 

 


 

Et c'est bien fait pour vous.

 


 


 


 


 


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22 janvier 2010 5 22 /01 /janvier /2010 23:58
Méfie-toi de ce que tu désires, tu pourrais fort bien l'obtenir.

Ca, c'est la maxime de votre vieux mentor qui vous trotte dans la tête tandis que vous regardez les deux gusses du marketing qui vous ont fait enfermer, le dessinateur et vous, dans une pièce phoniquement isolée, et qui vous envisagent d'un oeil torve. Et d'un air un peu las, il faut bien le dire.

Faut les comprendre.

Ils n'avaient rien demandé, eux. L'ordre est venu de plus haut, de vous prendre en charge, votre projet, le dessinateur et vous, et de s'assurer que ce que vous trafiquez dans votre coin depuis deux ans commence à rapporter de l'argent. On leur aurait demandé leur avis, ils auraient effectué un salutaire retour aux fondamentaux et se seraient reportés à la règle numéro un, et ils seraient repartis vendre les plus grosses cash machine de l'éditeur, de celles qui leur assurent de doubler leurs primes sur objectif et de continuer à rouler en Porsche break.

Mais non.

Il a fallu qu'un éditeur ait cette lubie de leur refiler dans les pattes les deux énergumènes qui les regardent avec de grands yeux brillants, comme s'ils avaient vu la Vierge. Eux, en retour, voient des mois difficiles en perspective de l'autre côté de l'immense table de réunion. Car ils savent pertinemment comment cela va se passer.

Bien malgré leur volonté, ils vont créer des monstres.


Par nature, les auteurs débutants ont la même dose de scrupules qu'un troupeau de rats à moitié crevés, et un sens des réalités que le mot "bouffées délirantes" peinerait à décrire. Et ça ne va pas s'arranger avec le temps.

Ils en ont tellement bavé des ronds de chapeau par le passé, encaissé tellement de coups, de refus cinglants non argumentés, de silence sans fin et de ce mépris froid comme la mort de directeurs de collection confortablement installés en haut de la chaine alimentaire, qu'ils vont - presque - bien légitimement vouloir prendre leur revanche sur le monde entier.

Et comme de juste, ils vont commencer par le marketing, en petits ogres affamés de reconnaissance qu'ils sont. Surtout le scénariste, là, qui se prend pour un auteur parce qu'il a deux ou trois neurones à peu près fonctionnels, lui accordant quelques centimètres de recul sur ce qu'il fait. Donnez-lui un ongle et il vous arrachera les deux bras. Et il aura encore faim. Des monstres, vraiment. Ca ne va pas être beau à voir.

Super. Pile ce dont on avait besoin pour animer la journée. Ca tombe bien, on avait rien à faire de vraiment urgent.

La preuve de ce qu'ils avancent en leur for intérieur: les deux auteurs commencent à lancer des idées de titre de musique pour habiller le teaser à peu près décent que l'équipe a réussi à monter, avec le contenu désastreux qu'ils ont trouvé en ouvrant l'album. Avec leurs propositions tous azimuths, il y aurait de quoi nourrir la moitié de la Sacem pendant trois générations de Rolling Stones - des artistes qui vivent longtemps, donc, avec un train de vie pharaonesque.

Meeeerveilleux. Ils commencent fort. Vont me plaire ces deux là. On n'a pas fini de rigoler. Bon c'est pas tout ça, on va quand même essayer un peu de pédagogie élémentaire, il y a urgence, là.

Dans ce cas là, rien ne sert de brusquer les auteurs. Au contraire, il faut leur parler doucement, calmement, et leur sourire, dans le doute. D'autant que le scénariste a l'air limite teigneux, partagé entre la conscience aigüe qu'il a de vendre son âme au système et la conviction intime qui est la sienne qu'il pourrait vendre ce foutu bouquin bien mieux que tout le monde dans cette pièce, si on lui laissait le champ libre, et le budget marketing d'Avatar.

T'as raison, coco. Touche à la caisse et je te brise les doigts. On verra bien si tu fais toujours autant le malin dans le terrain vague qui te sert de tribune internet.

Ca, c'est à peu de choses près - quelques nuances ici et là - le message que vous avez clairement perçu au milieu des explications du type qui est en face, résumant quel est le rôle de qui, et de fait, qui décide de l'accroche de la campagne de pub pour le bouquin. (C'est rigolo, il devient tout vert quand il dit "campagne de pub")

Tu vas voir qu'ils vont nous faire le coup du 4 par 3, que pour qu'un bouquin soit un évènement, il faut aller le provoquer, l'évènement, il faut aller le chercher avec les dents. Beeen tiens. On voit que c'est pas toi qui règles les honoraires du dentiste.

Prudemment, vous sondez le terrain en lançant quelques pistes d'idées promotionnelles qui auraient de la gueule, estimez vous. Vous battez rapidement en retraite. Le regard numéro 3 que vous lancent les gars en face achève de vous convaincre que finalement, cela sera plutôt pour le tome 2.

Si déjà on arrive à vendre votre tome 1, mes petits. Et c'est pas gagné. Franchement, comment voulez vous qu'on bosse avec ça? Une BD de genre, s'adressant à un public de niche, dans le contexte actuel de l'édition, dépressif à force d'être déprimé? Non, c'est vraiment pas gagné.

Celui des deux qui semble être le chef se râcle la gorge et commence son speech:

"Bon. On a eu une idée. Vous nous dites ce que vous en pensez, mais ça pourrait être sympa de donner dans le décalé, façon culture internet, le média de demain où errent la plupart de vos lecteurs potentiels. Vous connaissez Chuck Norris?"

Et c'est ainsi que commença notre collaboration avec le marketing du Lombard.
Ou que cela aurait pu commencer.

En "vrai", ça s'est super bien passé. A tel point que si on se plante, ce sera pour nous, car  pour le coup, on a eu droit à une promo de première classe.

Je ne vais pas vous sortir la liste de ce qu'ils ont fait pour le Banni. Ni du temps qu'ils y ont consacré et du soin qu'ils y ont apporté. Et encore moins des mails interminables qu'ils ont enduré de notre part, où nous chipotions sur tout - votre serviteur, surtout, il faut l'admettre, conséquence du temps libre superflu dont est généreusement pourvu tout scénariste qui se respecte.

En tout cas pas aujourd'hui, jour de sortie officielle du bouquin, dans toutes les bonnes crèmeries. Peut-être que plus tard, je vous dresserai un tableau détaillé de ce à quoi peut ressembler le travail d'un véritable éditeur, car j'ai pu voir ça de très près pendant deux ans.




Je tenais cependant à dire ici combien leur aide fut précieuse, leur soutien inconditionnel, leurs ressources d'une ingéniosité  jamais prise en défaut et leur enthousiasme entier dès notre première rencontre.


Un grand merci, donc, les gars, et plus globalement à toute l'équipe du Lombard, pour  nous avoir emmenés juqu'ici!

Et maintenant, mesdames messieurs les lecteurs, trève de sentimentalisme, vous avez l'une des meilleures BD de 2010 qui vous attend dans les bacs, alors foncez!



La prochaine fois, on parlera de la meilleure façon de lire ce que vous n'avez jamais dit: on va causer interviews, et comment survivre aux retombées de cet exercice hautement périlleux.



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22 janvier 2010 5 22 /01 /janvier /2010 23:29
Pour la plupart des auteurs, et à plus forte raison les débutants, le marketing est un concept étrange, dont on entend beaucoup parler, mais qu'on ne voit jamais.

Au point qu'on finit par le réduir à une sorte de mythe, là bas, quelque part aux confins du Merveilleux Pays des Auteurs qui Vendent.

Par contre, il va de soi que c'est l'un des arguments massue que tout éditeur digne de ce nom vous assènera dans un grand sourire Ultrabright:

"Attention coco, ici on est pas chez Damido, on fait pas du home staging comme chez les autres toulonnais d'en face. Chez nous, ça va être le tout grand truc, Hollywood, mais en dix fois mieux. On va vous faire une promo planétaire mondiale, que même les Martiens viendront de Jupiter pour s'entretuer pour un ticket de dédicace."

Beaucoup d'auteurs sont morts d'avoir cru à ce bobard. Ou ils sont allés si loin dans la folie qu'ils sont de toute façon irrécupérables pour le métier. Et ça tombe bien, leurs bouquins ne se sont pas vendus. Signe qu'il y a bel et bien une justice karmique.

Quid, donc, des belles promesses que l'on vous fit lors de ce jour béni que fut la signature du contrat de votre projet? Hé bien elles s'évaporent peu à peu, au fur et à mesure que la sortie approche, à une vitesse proportionnelle au nombre de fois où vous relancez votre éditeur à ce sujet bien précis - quand vous arrivez à le joindre, s'entend.

Avant que vous ne réalisiez ce qui se passe, le livre est sorti et se noie dans la masse des parutions, toujours trop nombreuses, et ce malgré tous vos efforts pour le faire exister par vos propres moyens dans les forums et via des sites dont la seule maintenance seule va bouffer la moitié de votre - maigre- avance sur droits.

Il faut bien comprendre que le principe même du marketing dans le monde de l'édition est une savante démonstration par l'absurde, qui revient à dire que pour vendre un bouquin, il faut d'abord s'assurer qu'il se vende.

Partant de là, la règle de base consiste à ne jamais mettre d'argent sur un nouveau projet issu des cerveaux dérangés d'auteurs complètement inconnus. Si ledit projet venait à se vendre convenablement, et donc à connaitre une suite, l'attitude à adopter est celle d'un attentisme prudent et d'un resserrement des cordons de la bourse.

Car, et vous en conviendrez, finalement, si ça vivote sans assistance respiratoire, pourquoi gâcher de l'oxygène?

Quand une série s'installe dans le paysage de façon solide et durable, le marketeux s'assure que lui revient sa part, afin de provisionner. Pour les mauvais jours. Ou pour le diner d'équipe, c'est selon.

Enfin, quand le marketeux est assuré de voir revenir 10 sur 1 euro qu'il va dépenser en geignant que dès qu'ils ont un peu de succès, les auteurs deviennent de vraies divas, alors il est temps de faire quelques réunions afin d'envisager ou pas de faire un peu de pub.

Grosso modo, exagération comprise, le marketing dans la BD, c'est ça.



Ou tout du moins le pensais-je, tout content que j'étais de vous concocter quelques petites notes assassines sur le sujet.

Sauf que parfois, c'est la tuile.

Vous tombez sur un éditeur qui a décidé de croire en votre bouquin, et de lui accorder la promotion qui va avec. Et là, croyez le ou non, mais vous entrez dans une toute nouvelle dimension, avec pour effet immédiat la perte instantanée de tous vos repères, et d'une dizaine de notes de blog potentielles, au bas mot.

Pourquoi croyez-vous que ce blog se soit subitement asséché?

Tout à coup, c'est toute une image publique que vous devez reconstruire, empêché que vous êtes de râler de tout votre saoul en long en large et en travers. Pire que tout: vous glissez tout à coup dans le camp adverse. Vous faites désormais partie du système que vous avez si longtemps récusé et villipendé de vos petits doigts potelés sur ce clavier plus si jeune, mais toujours fidèle au poste.

Tout à coup, votre éditeur s'intéresse à ce que vous faites.
Et là, c'est le début des vrais problèmes.

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7 décembre 2009 1 07 /12 /décembre /2009 23:52
... je n'ai strictement rien écrit sur ce blog. Depuis plus de 6 mois, pour les distraits qui n'auraient pas compté les jours dans l'attente agonisante d'une nouvelle saillie du cru de votre serviteur.

La raison en est finalement assez simple:

Quand on a rien à dire, la meilleure chose à faire est encore de fermer sa grande gueule.

Ce que je fis, avec un certain brio, avouez le. Silence radio complet, plus personne sur les ondes, la paix, enfin!

La vraie raison est évidemment un peu plus complexe, mais elle tient principalement à une expérience que j'ai testée pour vous, et que bien entendu, je vous déconseille de reproduire à la maison. Si je ne suis pas un père pour vous. (En plus, pour fêter la reprise du blog, vous avez droit à une note fleuve)

Je l'avais déjà vu du coin de l'oeil.

J'avais remarqué sa façon pleine de concupiscence de tourner autour des jeunes auteurs, le verbe engageant - sur quatre albums en deux ans - le sourire complice, l'assurance paternaliste - "avec moi coco, quelqu'un va enfin exploiter ton talent" - et la promesse facile - "mais non on ne l'utilise jamais cette clause là, signe donc, on a du champommy au frais".

Ok. Cela fait partie du jeu. Et puis, tant qu'il ne venait pas jouer à ma table, il me semblait fort naturel qu'il récupérat tout ce qui lui semblait digne d'intérêt.

D'accord. J'avais pertinemment compris qu'il allait un jour s'intéresser à ce jeune dessinateur travailleur, plein de rage et de courage, dont les progrès spectaculaires ne pouvaient pas rester ignorés encore très longtemps.

Tout ça, c'est ce qu'on se dit avant. Avant de se retrouver comme un con, son script à la main, sur le bord de l'autoroute, tandis qu'on voit filer et l'éditeur, et le dessinateur - que l'on a soi même poussé à bord du bolide de l'éditeur à grands coups de pompe, notez, tout en étant bien conscient qu'on ne serait pas du voyage.

A ce moment là, croyez le bien, on a comme un goût étrange dans la bouche.

Reste à déterminer si c'est le fait de se retrouver avec son script sur les bras, ou si c'est parce que ce même script n'a pas convaincu ledit éditeur. Même si on se convainc assez facilement que l'éditeur est un béotien qui de toute façon ne comprend rien à rien et n'aurait pas su défendre le projet - forcément génial - que vos petites mains crispées étreignent. (Non, je pleure pas, c'est la poussière soulevée par le départ en trombe de la voiture de sport de l'éditeur.)

Ou est-ce parce que vous pressentez que le projet - pourtant pas mauvais du tout , loin de là - pour lequel l'éditeur a débauché le dessinateur n'ira nulle part, et que c'est un scandale de le voir perdre deux mois pour rien, quand vous auriez pu démontrer que non, décidémment, ça ne passerait pas, ce truc?

Soyons honnêtes.

La vérité vraie, toute nue telle qu'en elle-même et en plein jour, c'est que vous n'avez plus l'habitude. Vous pensez que vous avez suffisamment fait vos preuves. Vous êtes convaincu que désormais, les éditeurs porteront un oeil un peu plus attentif à ce que vous leur proposez. Et au fond de vous, vous ne voulez pas croire qu'ils pourront vous dire non. (Et pourtant, il était bien ce projet, s'il s'était donné la peine de le comprendre, d'en discuter avec vous - car tout cela s'est fait par mail interposé entre le dessinateur et l'éditeur, qui ne vous a pour ainsi dire jamais adressé la parole, le taquin)

Hé ben si. Et un non bien sec, bien ferme, avec ça, façon "tu es gentil mais maintenant, ton pote et moi, on a des choses à faire."

Et ça, vous ne le supportez pas. Au départ, cela vous met dans une colère noire, une rage inextinguible, au cours de laquelle vous vous dites qu'on va bien voir ce qu'on va voir et que vous allez en faire quelque chose qu'ils vont regretter d'avoir décliné.

Au départ.

Ensuite, vous commencez lentement à comprendre. Cela se fait par petites touches, qui s'aditionnent graduellement, jusqu'à former ce grand néant qui vous entoure.

Ce manque d'appétit pour tous ces projets que vous multipliez dans tous les coins, cette lassitude polie qui vous envahit quand vous relisez ce que vous écrivez, cette incapacité à pondre ce petit brûlot politique que vous avez rêvé pendant des mois, et ce sentiment généralisé qu'au bout du compte, à quoi bon tout cela?

Le diagnostic est d'une limpidité minérale. Vous le saviez déjà, mais là vous êtes forcé de l'admettre tout haut.

Créativement, vous êtes crâmé.


Complètement.

Cuit, recuit, carbonisé.
Hou, la grosse surprise.
(L'irremplaçable Greg)

Et vous avez des contrats à honorer.

Alors, me direz-vous, que fait-on dans un cas pareil?

On se fait une raison et on agit en professionnel, mesdames messieurs.

On réduit drastiquement la voilure, on ferme tous les projets non prioritaires, et on reporte ce qu'il nous reste de jus sur les séries signées. Pour lesquelles, Dieu merci, on trouve toujours la ressource nécessaire, même dans la douleur, même au prix de séances devant le clavier qui feraient passer certaines tortures chinoises pour de doux amuse-gueules.

On souffre mais on avance, parce qu'on n'a guère le choix. Et parce qu'on sait au fond de soi qu'on n'a pas fait tout ce chemin pour crever dans le fossé.

Ne vous méprenez pas: je crois que je n'ai jamais été aussi zen et heureux que lors de ces six derniers mois. Il faut dire que la bande d'arrêt d'urgence, c'était courant juillet.

Après, il y a eu le 20 juillet.
Ce qui a considérablement simplifié les choses, car la mise en perspective a été aussi soudaine qu'élémentaire. Toute cette aventure pouvait s'arrêter du jour au lendemain, j'avoue que cela m'était parfaitement égal. Si, si, je vous assure. Oh, je serais passé à côté de mille et une aventures trépidantes dont je vous entretiendrai bientôt, et je l'aurais sûrement regretté, un jour de mauvaise pluie.

Mais très sincèrement, c'était le benjamin de mes soucis à force d'en être le cadet.

Car tout ça, l'écriture, la gloire que l'on cherche vainement ou encore l'argent, si précieux à tout scénariste qui se respecte, tout ça ne durera pas.

La différence, c'est que je sais maintenant que je n'en mourrai pas.

Et rien que pour ça, ces six mois de silence valaient vraiment la peine.

Toutes les bonnes choses ayant une fin, tonton Henscher reprend l'antenne et la plume, pour votre plus grand malheur. Mais vous aimez être un peu rudoyés, avouez le.


...

...


Vous dites? Qu'est-ce que le 20 juillet a de si spécial?

Oh, mille excuses.

La réponse en image - et profitez en, c'est la seule unique que vous verrez jamais - avec ce petit effet de flou criant de vérité, que les meilleurs magazines people nous envient.



La prochaine fois, un sujet totalement différent: le marketing dans la BD, du point de vue de ceux qui le font - le marketing. Curieusement, on sera encore dans l'émotion.

Ou la démonstration par l'absurde que votre serviteur peut parfois faire preuve de compassion.

(Même si, si je trouve l'empaffé qui a collé des pubs partout sur mon blog, il va passer un sale quart d'heure - je suis comme vous, je découvre. Mon conseil: addsblock et Firefox)


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29 mai 2009 5 29 /05 /mai /2009 22:09
Lorsque vous signez votre contrat d'édition pour la trilogie qui va vous rendre - forcément - richissime et adulé par la moitié de l'univers, c'est l'une des premières choses que l'on va vous dire. (S'entend, après "Ah cette clause là? Non mais fais pas attention, de toute façon on s'en sert jamais.")

Tous, de votre éditeur chéri et adoré, à l'attachée de presse, en passant par le marketing ou le technicien de surface, vous répètent le même mantra à l'envie, la même loi visiblement fondamentale:

"De toute façon, on ne peut commencer à juger du succès réel d'une série qu'à partir du troisième tome."

Une variante souvent entendue également sonne à peu près comme ceci:

"Pas d'inquiétude, tu es dans une maison sérieuse. Chez nous, on va au bout des séries. Pas comme Jules de chez Smith en face."

Comme la logique adore s'inviter dans l'histoire et toucher ses 10% au passage, moins d'un an plus tard, ce sont exactement les mêmes qui vous "proposent" tout naturellement de passer à un dyptique.

C'est un joli mot, dyptique.

A la fois très mode, savant, élégant, rassurant et particulièrement rémunérater au Scrabble. C'est vous dire s'il a tout pour lui. Par contre, il n'a rien pour vous. Rien de bon, en tout cas.

Car pour les étourdis ou les dessinateurs qui nous auraient rejoints en cours de note, dans dyptique, il y a "deux". Soit 33% de moins de tout que dans 3. (Quand je me tue à vous répéter que la littérature est le plus sûr chemin vers les mathématiques)

Derrière ce joli mot, sexy en diable, qui fleure bon le Café de Flore et la mieux-disance intellectuelle - un peu comme un bon article dans Teknikart ou sur Du9 - derrière son joli minois de façade, donc, se cache une véritable saleté. En tout cas, pour le scénariste averti que vous êtes.

Parce que vous, votre chiffre, c'est le trois.

C'est très bien le trois, ça fait mouche à tous les coups, c'est terrien, bien campé sur ses appuis, c'est limite un nombre sacré (les trois étapes de l'oeuvre alchimique, par exemple).

Mais rien à faire. Le dyptique, il séduit tout le monde, le rat.

Il séduit l'éditeur, qui vous en fait la proposition sous couvert de "ne pas vous épuiser inutilement" sur un projet qui "de toute façon ne se vendra jamais" - et qui accessoirement lui coûtera plus cher si vous vous cramponnez à votre troisième tome.

Il séduit le dessinateur, cette incommensurable feignasse, qui voit son nombre d'heures passées devant la table à dessin fondre comme neige au soleil, synonyme d'un temps de sommeil à nouveau normal pour la première fois depuis trois ans.

Cerise sur le gâteau, il va pouvoir se lancer beaucoup plus tôt dans ce projet teeeellement personnel dont il rêve en secret depuis que vous lui avez mâché tout le boulot en le lançant grâce à votre script. Un projet qu'il compte bien mener à son terme tout seul comme un grand, sans l'aide de personne, et surtout pas la votre.

Mais le dyptique ne limite pas ses ravages à votre entourage immédiat. Car s'il est de petite constitution, il est gourmand, le bougre.

Il s'attaque aussi aux lecteurs, ces Arpagons des temps modernes, incapables d'apprécier à sa juste valeur la saga en douze volumes que vous aviez en tête, et qui, élevés qu'ils l'ont été par la télévision, ont désormais la capacité d'attention d'un demi tourteau moribond, zappant d'une série à l'autre. Avec si possible pas trop de texte et des images simples à comprendre. Tout ça pour pas cher.

Et cela tombe bien, le dyptique est d'un rapport qualité/prix/investissement intellectuel des plus redoutables.

Le dyptique fait également plaisir à vos confrères, qui vous chanteront ses louanges sur tous les tons. Puisque le dyptique les assure que vous ne viendrez pas polluer une troisième fois leurs rayonnages en librairie. Sait-on jamais, des fois que cela décolle, vous risqueriez de prendre de la place bien au-delà du commercialement raisonnable.


Enfin, bien plus important, le dyptique séduit la Littérature, car il lui épargne de subir d'avantages d'outrages de votre part.

Vous devez penser qu'on doit se sentir un peu seul dans cette situation.

C'est un doux euphémisme.

Ceci, d'autant plus que ce genre de décision tombe généralement au meilleur moment. Quand vous en êtes grosso modo à plus de la moitié de votre script, et que vous avez ouvert une demi cinquantaine de portes, fidèlement retranscrites par le dessinateur.


Les réactions apparentes varient selon les auteurs.

Intérieurement, c'est une autre histoire. Une image valant mille mots, cela a tendance à donner quelque chose dans ce goût là:



Evidemment, le professionnel que vous êtes a tôt fait de reprendre la main. Et d'aligner les chiffres. Bien sûr, ça ne colle pas.

Bien entendu, les deux feuillets - 16 planches - supplémentaires que vous accorde royalement votre éditeur avec un grand sourire, comme s'il venait de vous ramener un grand Prix d'Angoulême ou une adaptation par une major hollywoodienne, bien entendu cette maigre rallonge ne va pas suffir à faire rentrer tout ce que vous aviez prévu de longue date.

En d'autres termes: il va falloir couper, coco.

Cela va vous valoir quelques saines nuits blanches, des remises en question quotidiennes, et des aigreurs d'estomac gratinées. Vous allez souffrir en vous résolvant à faire disparaitre des pans entiers du développement psychologique de vos personnages principaux. Vous sentirez votre coeur saigner en renonçant à cette folle séquence d'action, forcément inoubliable, prévue en 10 pages dans le tome 3. Vous aurez des suées à la simple idée des portes que de toute façon vous devrez laisser grandes ouvertes.

Puis finalement, vous accepterez.

Vous boirez le calice jusqu'à la lie, car au fond, vous restez ce bisounours incapable de claquer la porte et de laisser en plan les (trop rares) lecteurs qui attendent une conclusion digne de ce nom.

Et vous chercherez une solution.



Notez bien que contrairement aux apparences, faire court, ça prend un temps incroyable. Mais il faut le voir comme un excellent exercice de concision, de transitions malines et d'ellipses plus ingénieuses les unes que les autres.

Qui plus est, le dyptique a ceci pour lui que, comme il clôt un cycle, il constitue tout à coup le cadeau idéal pour la période des fêtes, les anniversaires, les communions, mariages et bar mitzvah. Bref, il peut s'avérer singulièrement rémunérateur.

Effet collatéral intéressant, il peut également hâter la fin d'une collaboration difficile avec un dessinateur ingérable - et finalement, ne le sont-ils pas tous un peu?

Vous aurez compris que je suis d'une injustice flagrante et d'une méchanceté gratuite, à dessein. C'est tout de même beaucoup plus gouleyant comme ça. 

Ledit dessinateur est en train de s'échiner sur des planches que je ne mérite pas tellement elles sont magnifiques, et le tome 2 du Seigneur des Couteaux sortira normalement cette année, à l'automne, comme un grand, en face des monstres sacrés, et il vendra chèrement sa peau.


En définitive, contre toute attente, le dyptique est votre meilleur allié dans ce métier de fous.

Mais plus important que tout, il est un rappel utile: tout ça, signer, être payé pour raconter des histoires, aller faire le malin en dédicace, et ramener votre fraise sous prétexte qu'on vous a attribué un badge vous désignant comme un auteur, tout ça donc, tout ce dont vous avez si longtemps rêvé et que vous vivez enfin, cela peut s'arrêter du jour au lendemain.

Ca aussi, il faut l'accepter.

Et cela passe par une nécessaire prise de conscience de cet état de fait. Pile-poil la leçon que se propose de vous donner cette sale petite teigne que tout le monde appelle dyptique. N'en doutez pas, loin de vous pourrir la vie, il se pourrait bien qu'il vous la sauve.

Mais, tout comme les vacances loin de tout sont le meilleur remède à la réception de comptes d'auteur calamiteux, il existe un antidote idéal à la digestion difficile que représente la réduction de votre série à sa portion congrue. C'est ce dont je vous entretiendrai prochainement, en vous racontant ce qu'il se passe vraiment dans les coulisses des festivals BD.



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27 mai 2009 3 27 /05 /mai /2009 00:27
C'est encore l'excellent Harold Fay qui le dit le mieux.







Un petit appéritif, avant une reprise complète de l'activité de ce blog, dans le courant de la semaine.

Si vous êtes sages (ce dont je ne doute pas) et si je suis discipliné (comment ça, vous en doutez?).

Où je vous démontrerai que finalement, passer de trois à deux tomes, c'est bien mieux pour tout le monde. Mis à part le scénariste. Mais qui a jamais dit que ce serait facile?

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3 février 2009 2 03 /02 /février /2009 22:30
D'ordinaire, je ne suis pas d'un naturel très superstitieux.

Mais tout de même.

L'année dernière, à la même époque, j'avais cru comprendre que mon séjour angoumoisin (un bien vilain mot pour une aussi jolie ville), que ce séjour donc m'avait plutôt réussi. A moi, et à Tarumbana. (Lequel vient de changer son site, que je vous encourage à aller consulter, il a une sacrée allure)

Du coup, que croyiez-vous que j'ai fait le week end dernier?

Tout à fait, ça n'a pas raté.
J'y suis retourné.

Rien n'a changé, toujours autant de monde dans les rues, dans les allées, toujours les mêmes hordes d'auteurs ou d'aspirants auteurs emplis du même espoir fou que vous, venus chercher la même chose.

Autant de raisons de leur souhaiter de passer sous un bus, avec toute l'amitié confraternelle dont vous pouvez faire montre. Car soyons honnête,  les collègues, c'est bien. Quand ils ne signent pas, c'est mieux.

Car voyez-vous, si rien n'a changé à Angoulême, il y flotte pourtant comme un petit air de panique, et une odeur de sang, celle charriée par les projets annulés, et la situation actuelle de l'édition; Mais si, vous savez bien, la fameuse Crise dont on ne cesse de nous rabattre les oreilles et dont vous avez entendu parler plus que moi.

Sauf que la crise, elle a commencé plus tôt dans l'édition, et cela fait un petit moment qu'elle se manifeste chez les éditeurs. Evidemment, les auteurs sont aux premières loges pour écoper des plus gros morceaux de schrapnel. Sinon, ça ne serait pas drôle.

Et croyez-moi, en ce moment, on se marre tous les jours.

C'est donc dans cette saine ambiance de fin du monde généralisée que vous vous retrouvez à arpenter les allées, avec un seul but, une seule mission, un seul crédo.

Traquer l'éditeur.

Et comme vous êtes superstitieux, vous refaites les choses dans le même ordre.

(Je dis "vous" pour mieux vous associer à l'intensité de l'action, aucunement pour me dédouaner. C'est donc bien moi qui ai fait cette virée à Angoulême, mais vous qui y participez à travers cette modeste retranscription à côté de laquelle Waterloo était une aimable plaisanterie.)

Vous commencez par le même éditeur qui, l'année précédente, vous avait détruit les genoux, qualifiant votre projet de folie suicidaire éminament invendable.

Vous enchainez par le même éditeur qui, toujours prêt à vous faire plaisir, vous confirme que ce n'est pas pour sa maison mais que de toute évidence, c'est du solide tendance artillerie lourde et que cela trouvera sans problème son éditeur.

Ca n'a pas l'air comme ça, mais lorsque vous faites un bilan de début de parcours du combattant, tout semble plutôt se dérouler selon le plan initialement prévu. A ce moment là, il est évident pour vous que toute cette histoire va particulièrement bien se terminer.

C'est également à ce moment que vous vous souvenez que vous êtes assis à une terrasse de café, en face d'un personnage singulier, qui ne partage pas franchement votre entousiasme délirant. Il faut dire que lui, depuis le début du parcours, il en a pris plein la figure. En vrai, ce sont ses genoux que l'on a broyés - ce qui explique la pause que vous ne vous seriez pas accordée si vous aviez été seul.

Je parle évidemment du dessinateur du projet.

Lui, il a pris cher. Après avoir sué sang et encre sur les planches du projet, après avoir mis sa légendaire timidité de côté, il a accepté de croire à vos encouragements répétés ("Tu vas faire pleurer Loisel, coco") et il a accepté de vous suivre dans votre entreprise ("Puisque je te dis que j'ai déjà des fans chez Dupuis"). Le fou.

Assis devant son café, il se repasse en boucle les innombrables remarques négatives que lui ont fait tous les interlocuteurs que vous avez rencontrés jusque là, et vous explique par A + B pourquoi ce projet n'ira jamais nulle part, et comment il aurait mieux fait de faire plombier.

Il faut lui reconnaitre ça, il a tout pris en pleine figure, pour pas un rond, alors que vous avez été particulièrement  épargné. L'injustice est flagrante, bien que facile à expliquer.

D'abord, parce que vous savez faire un pitch sexy.

Ensuite, parce que le pitch, à peu de choses près, les éditeurs s'en fichent comme de leur première sortie - ce qui ne lasse pas d'étonner le dessinateur, qui aimerait bien, lui, que vous montriez un peu plus de solidarité - bref, que vous preniez aussi un peu des coups, histoire qu'il puisse souffler.

Enfin, parce qu'après avoir entendu les noms des deux éditeurs majeurs qui vous ont déjà fait confiance, vos interlocuteurs se sont totalement désintéressés de vous, et pour cause: vous ne faites pas partie du problème éventuel.

Non, le problème, c'est le dessinateur, et son manque d'expérience, criant selon eux quand ils pointent les imperfections et erreurs, réelles (rarement) ou imaginaires (souvent), qu'ils voient dans les planches que vous leur présentez.

Du coup, pour l'éditeur, le dessinateur fait une proie facile sur laquelle concentrer les critiques, afin de justifier la tiédeur de sa réaction, en réalité plus motivée par la trouille abyssale de se tromper en acceptant un projet trop risqué que par son manque de qualité. Ce qui se confirme quand, toujours prêt à aider, vous enfoncez le clou à côté, calme comme un bonze, en pointant à votre tour les incohérences du discours de l'éditeur.

Notez que c'est facile pour vous. Des projets, vous en avez à la pelle, comme autant de chances au tirage. Le dessinateur, lui, a beaucoup plus à perdre. Et cela ne lui est jamais apparu aussi clairement qu'en ce moment.

D'accord, je dramatise un peu.

Mais avouez que ça aurait moins de goût si je vous disais que tout s'est déroulé sans accro, que les éditeurs nous ont accueillis à bras ouverts, et qu'aucun dessinateur n'a été blesssé dans la vente de ce projet.

Je sais bien qu'au fond de vous, ce qui vous intéresse, c'est combien on en a bavé, combien cela a été dur, le nombre de fois que nous nous sommes retrouvés à terre, pour mieux nous relever, la volonté chevillée au corps, avec une foi encore plus ardente, refu après refus. Et les hectolitres de sang, de larmes et de sueur que nous y avons laissés.

Malheureusement, la réalité est autrement moins excitante.

Angoulême est une gigantesque foire, un beau miroir aux alouettes, mais l'expérience finit par parler. De fait, on sent moins les coups après avoir enchainé les éditeurs, nos propres réponses, notre propre argumentation est plus affutée, notre propos plus acéré.

A la fin du périple, alors que vous quittez le festival fourbu, sans aucune promesse, rien que de vagues perspectives après retravail complet de l'intégralité du projet - devinez qui va devoir se recoltiner les planches? Un indice: ce n'est pas le scénariste - la vérité, donc, c'est que vous vous êtes bien marrés.

Quelle que soit l'issue de toute cette histoire -qui reste à écrire - la beauté de la chose, c'était bel et bien cette plongée au coeur de la meule, avec votre meilleur pote à vos côtés, et de faire comme vous vous l'étiez toujours promis, il y a de cela déjà très longtemps, d'affronter ce baptême du feu sans trembler et sans vous renier.

Ceci, d'autant plus que je suis convaincu que cela a toutes les chances de payer.

A suivre, donc. Pas tout de suite, je le confesse. D'abord, parce que le dessinateur est une feignasse pantentée qui a cette lubie assez singulière de tenter de vouloir remplir son frigo en dessinant pour des magazines. Ensuite, parce que les éditeurs aiment bien prendre leur temps pour décider de vous dire non.

Enfin, parce que ce blog prend des allures de jachère lunaire en raison d'un empilement de projets, que je vous présenterai bientôt, c'est promis, en exclusivité mondiale. Ou au moins franco-belge.

Allez, bien parce que c'est vous, un aperçu d'un petit nouveau dans la galaxie Henscher. Vous n'avez pas fini d'entendre parler de ces deux là, et d'un certain Harold Fay.



La prochaine fois, je vous entretiendrai d'un sujet qui me tient à coeur, particulièrement en ce moment vu que j'ai les deux pieds dedans. Je  vous expliquerai comment vous pouvez survivre au retard grandissant de votre tome 2, et comment, par la même occasion, défendre votre tome 3.

Quand je vous disais que c'était la guerre, là dehors.











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